(Paris) « Un geste fort » qui « ne changera rien au quotidien » des couples LGBT mais peut « faire reculer l’homophobie » : après les propos du pape François en faveur de l’union civile pour les homosexuels, les fidèles gais et lesbiennes restent prudents et ne s’attendent pas à une révolution de l’Église catholique.

Romain FONSEGRIVES Agence France-Presse

« C’est un grand soulagement d’entendre ce message d’universalité et d’amour », lâche Jean-Baptiste (qui ne souhaite pas donner son nom) en région lyonnaise.  

Dans un documentaire présenté mercredi au Festival international du cinéma de Rome, le pape estime que « les personnes homosexuelles ont le droit d’être en famille. Ce qu’il faut, c’est une loi d’union civile, elles ont le droit d’être couvertes légalement ».

Pratiquant, marié depuis 2015, Jean-Baptiste reconnaît que cette déclaration « ne changera rien » pour son couple, mais salue « un geste fort » dans lequel il discerne « une porte ouverte pour la suite ».

« Le pape François est isolé et sa position n’est pas partagée par l’ensemble des évêques, mais j’ai l’optimisme de penser que ça encourage la frange de l’Église la plus ouverte », se réjouit celui qui a réussi à faire discrètement bénir son mariage par un prêtre du sud de la France.

Éprouvés par l’opposition virulente de la Manif pour tous ces dernières années, qu’ils estiment avoir été encouragée par le clergé, plusieurs autres couples homosexuels contactés par l’AFP saluent « une avancée » qui « fait chaud au cœur ».

Avec ces propos, le pape argentin se démarque de la position conservatrice de Benoît XVI qui, pendant son pontificat (2005-2013), s’était toujours opposé à l’union homosexuelle et à son assimilation au mariage.  

PHOTO VATICAN MEDIA VIA AFP

Le pape François

En revanche, il ne change en rien le dogme du mariage catholique qu’il continue de réserver aux couples formés d’un homme et d’une femme.

« Le pape nous classe dans une union de seconde zone et il reste dans l’affichage, l’incantatoire », relativise François (qui refuse de donner son patronyme), un fidèle parisien de la paroisse Saint-Eustache.

« Faire exister les couples »

« Concrètement entre hier et aujourd’hui, rien n’a changé », ajoute ce cadre, spécialisé dans les ressources humaines. « L’Église de France bénit des vélos et des iPhones, mais refuse de bénir des couples de même sexe. »

Le pape « parle de notre droit à être en famille », remarque ce père de deux enfants. « Ce qu’il aurait pu faire pour le favoriser, sans rien changer aux textes, c’est dire que tous les enfants de couples homosexuels sont les bienvenus pour se faire baptiser ».

S’il a fait baptiser ouvertement ses deux jumeaux, nés d'une mère porteuse aux États-Unis, le quadragénaire « reste une exception ». « Dans les trois quarts des paroisses, on vous propose un baptême en catimini parce que vous n’êtes pas une famille comme les autres », peste-t-il.

« L’Église avance beaucoup trop lentement mais j’ai fait ma paix avec ça », rit Elisabeth Saint-Guily. Mariée à Géraldine depuis 2013, cette fidèle d’une bourgade rurale du Nord aspire à ce que leur amour « soit considéré à égalité avec celui des hétéros, comme un signe de l’amour de Dieu », mais doute que « cela arrive de [s]on vivant ».

Cette formatrice en lycée agricole de 38 ans applaudit « le buzz » créé par cette petite phrase. « C’est très positif au niveau social, ça peut faire reculer l’homophobie des catholiques et de la société ».

« François a déjà dit des choses positives sur les homosexuels en tant que personnes, mais là il y a une autre avancée », remarque-t-elle. « Il parle des couples homosexuels, il les fait exister dans le langage institutionnel, alors que jusqu’ici c’était un impensé. »

Musicienne pour les messes de sa paroisse, elle apprécie « l’approche pastorale du pape qui parle pour lutter contre l’exclusion ».

« Cela ne change rien aux textes » — le catéchisme de l’Église catholique continue de considérer les actes homosexuels comme « intrinsèquement désordonnés » —, concède celle que son diocèse a déjà refusé d’inclure dans un projet bénévole parce qu’elle était « homosexuelle et militante ». « Mais je m’en fiche, la doctrine, ce n’est pas ce qui me fait vivre. »

Pour elle, « l’étape suivante, c’est une condamnation claire des violences homophobes par le pape. Car en Pologne ou en Afrique, il y a des appels à la persécution au sein de la communauté catholique. »