(Londres) La militante suédoise pour le climat Greta Thunberg estime que le monde a passé un « point de basculement social », évoquant le mouvement « Black Lives Matter » ou le réchauffement climatique, dans une entrevue diffusée samedi sur BBC News.

Agence France-Presse

« C’est toujours le combat pour la justice », a déclaré l’adolescente de 17 ans au sujet du mouvement qui a suivi la mort de George Floyd, Afro-Américain tué par des policiers aux États-Unis.

« On dirait qu’on a passé une sorte de point de basculement social, où les gens commencent à réaliser qu’on ne peut pas continuer à détourner le regard, on ne peut pas mettre ces choses sous le tapis, ces injustices ».

« On ne peut pas détourner le regard de ce que notre société a ignoré depuis si longtemps, qu’il s’agisse d’égalité, de justice ou de développement durable », a-t-elle poursuivi.

Elle entrevoit des signes montrant que l’on assiste à un « réveil », que « les gens commencent à trouver leur voix, à comprendre en quelque sorte qu’ils peuvent effectivement avoir un impact ».

De nouvelles manifestations contre le racisme ont rassemblé des centaines de personnes samedi à Glasgow, ainsi qu’à Londres.

Greta Thunberg, devenue une porte-parole et un symbole du mouvement de la jeunesse dans la lutte contre le réchauffement de la planète, estime néanmoins que « la crise écologique et climatique ne peut pas être résolue avec les systèmes politique et économique actuels », « ce n’est pas une opinion, c’est un fait ».

À ses yeux, la seule chose positive qui pourrait émerger de la crise du nouveau coronavirus est la manière dont sont gérées les crises mondiales : « cela montre que pendant une crise, vous agissez, et vous agissez avec la force nécessaire », a-t-elle déclaré.

Elle a développé la même idée dans une entrevue à la radio publique suédoise samedi, estimant que la pandémie avait ouvert « une nouvelle dimension ».

« Nous agissons subitement au niveau nécessaire », a-t-elle estimé.

Dans cette intervention, lors de laquelle elle confie avoir reçu de nombreuses menaces, elle a affirmé avoir dû annuler un voyage en Chine, prévu début juin, à cause des restrictions liées à la lutte contre la pandémie.

« Aller en Chine est quelque chose que je veux faire depuis longtemps […] si les autorités chinoises osent me laisser entrer dans le pays », a-t-elle dit.

Elle a évoqué également des déplacements avortés au Japon et en Corée du Sud.

L’adolescente a aussi fustigé la vacuité des discours des dirigeants dans la lutte contre le changement climatique, estimant que « nos empereurs sont nus ».

« Quand on parle de la crise climatique, les dirigeants peuvent dire n’importe quoi, il n’y a pas de question complémentaire », a-t-elle dit à la radio suédoise.

« On n’attend des réponses de personne […] le plus doué pour emballer et vendre son message gagne », a-t-elle ironisé.

Depuis mi-mars, Greta Thunberg, instigatrice des « grèves de l’école pour le climat », appelle à porter le mouvement en ligne, faisant valoir les recommandations des autorités sanitaires qui appellent à limiter les rassemblements.

Chaque vendredi, elle publie sur ses réseaux sociaux une photo d’elle et de son célèbre panneau « grève de l’école pour le climat ».