Le nombre de personnes forcées de fuir leur foyer pour échapper à la guerre et à la persécution ne cesse d’augmenter partout sur la planète, approchant un total sans précédent de 80 millions en 2019, alors que les perspectives de retour se détériorent.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

La situation inquiète le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), qui presse la communauté internationale en général, et les pays riches en particulier, d’en faire plus pour permettre à ces populations fragilisées de retrouver une vie normale dans des délais raisonnables.

« On ne peut attendre des gens qu’ils vivent dans la tourmente pendant des années sans possibilité de rentrer chez eux ou de se bâtir un avenir là où ils se trouvent. Nous devons adopter une attitude fondamentalement novatrice et davantage accueillante à l’égard de ceux qui fuient », a plaidé jeudi le chef du HCR, Filippo Grandi, à l’occasion de la sortie du rapport annuel de l’organisation.

PHOTO FABRICE COFFRINI, AGENCE FRANCE-PRESSE

Filippo Grandi, haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés

En raison notamment de conflits qui se poursuivent en Syrie, au Yémen et en Afghanistan, on relevait, à la fin de 2019, 26 millions de réfugiés, 4 millions de demandeurs d’asile en attente de statut, 46 millions de personnes déplacées dans leur propre pays et 3,6 millions de Vénézuéliens exilés qui sont comptabilisés séparément.

Ce total, en hausse de près de 10 millions par rapport à 2018, signifie qu’une personne sur 97 à l’échelle de la planète était touchée, comparativement à une personne sur 159 en 2010 et une personne sur 174 en 2005.

Le HCR explique en partie cette tendance par le fait que le nombre de personnes qui réussissent à rentrer après une période d’exil forcé a sensiblement diminué au cours de la dernière décennie alors que le nombre de personnes demandant protection continue d’augmenter.

Deux millions de demandes d’asile additionnelles ont été enregistrées l’année dernière directement par les États ou le HCR. Près de la moitié ont été relevées dans la région des Amériques, y compris aux États-Unis et au Canada, qui en ont enregistré respectivement 301 000 et 58 400.

Changements climatiques et COVID-19

« Le monde est clairement passé d’une décennie de solutions à une décennie de déplacements prolongés », relève le rapport annuel, qui s’inquiète notamment de l’impact à plus long terme du réchauffement climatique sur l’évolution du nombre de personnes déplacées.

Les changements climatiques peuvent venir exacerber notamment l’insécurité alimentaire dans des zones de conflit, forçant des familles à prendre la route dans des circonstances difficiles.

La pandémie de COVID-19, qui a amené nombre de pays, dont le Canada, à fermer leurs frontières, est aussi susceptible, à plus court terme, de réduire la mobilité des personnes dans le besoin, souligne-t-on.

Le HCR relève que les pays en développement accueillent actuellement 85 % des réfugiés recensés, une part « disproportionnée » par rapport aux pays riches.

La Turquie, qui compte 3,6 millions de réfugiés, venus principalement de Syrie, est le pays qui en regroupe le plus. Elle est suivie par la Colombie, qui accueille un important contingent de Vénézuéliens, et le Pakistan.

Programme de réinstallation des réfugiés

Le programme de réinstallation des réfugiés constitue, au dire du HCR, une façon pour les États de « manifester leur solidarité » avec les pays accueillant le plus grand nombre de personnes déplacées tout en venant en aide à des individus particulièrement vulnérables qui ne peuvent recevoir une protection adaptée à leurs besoins où ils se trouvent.

Près de 108 000 réfugiés ont pu en profiter l’année dernière, contre 81 000 en 2018, dont 30 100 qui sont venus au Canada, pays en ayant accueilli le plus dans le cadre de ce programme, devant les États-Unis (27 500) et l’Australie (18 200).

Au total, moins de 0,5 % des réfugiés ont pu être réinstallés, déplore le HCR, qui précise que 29 pays ont participé au programme en 2019 comparativement à 35 l’année précédente.

Le retour dans leur pays d’origine demeure, précise l’organisation onusienne, la solution privilégiée par la majorité des réfugiés, mais la situation sur le terrain rend souvent cette option difficile, voire impossible lorsque les conflits s’étirent dans le temps.

Dans les années 90, 1,5 million de réfugiés pouvaient, bon an, mal an, rentrer chaque année, mais ce nombre a chuté à 385 000 dans la dernière décennie.

En 2019, 317 000 réfugiés ont pu le faire, ce qui reflète cette tendance à la baisse et un « changement de réalité » inquiétant.

« Un grand nombre de personnes dont se préoccupe le HCR demeurent dans des situations précaires en matière de protection avec peu d’espoir de trouver une solution durable », conclut le rapport.