(Washington) Les États-Unis et la Russie vont reprendre dans deux semaines les négociations sur le contrôle des armements, mais le débat reste vif sur le rôle de la Chine, qui résiste aux invitations de Washington.

Francesco FONTEMAGGI
Agence France-Presse

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov a confirmé mardi qu’il rencontrerait le 22 juin à Vienne la délégation américaine menée par le négociateur Marshall Billingslea.

« Je pense que c’est une bonne nouvelle » dans un « contexte très sombre », a estimé le diplomate russe lors d’une conférence virtuelle organisée par le cercle de réflexion américain Council on Foreign Relations.

« La balle est dans le camp américain, et nous devons entendre haut et fort ce que veut ce gouvernement, s’il juge possible de faire quelque chose de positif et pas seulement de démanteler les traités ou accords de contrôle des armements les uns après les autres », a-t-il ajouté.

Donald Trump a retiré les États-Unis de trois accords internationaux en la matière : celui sur le nucléaire iranien, le traité INF sur les missiles terrestres de moyenne portée, et le traité Ciel ouvert, ou Open Skies, visant à vérifier les mouvements militaires et les mesures de limitation des armements des pays signataires.

Dans les deux derniers cas, le président américain a accusé Moscou de violer ces textes.

Au cœur des futures négociations américano-russes : le traité bilatéral New Start conclu en 2010, qui vient à expiration début 2021 — juste après la fin de l’actuel mandat de Donald Trump, candidat à sa réélection en novembre.  

Il est considéré comme le dernier accord nucléaire encore en vigueur, contenant les arsenaux des deux pays en dessous de leurs sommets de la Guerre froide.

« Grande Muraille du Secret »

« Le traité New Start souffre de graves faiblesses en termes de vérification », a prévenu Marshall Billingslea dans un discours le mois dernier, laissant présager des tractations compliquées.

Surtout, l’administration Trump veut inclure Pékin dans cette renégociation.  

En mai, l’ambassadeur Billingslea avait martelé que le président Trump ne voulait pas d’accord qui ne reflète pas « une nouvelle ère », pour tourner la page de la logique binaire de la Guerre froide.  

L’émissaire du milliardaire républicain avait clairement accusé la Chine d’être, « comme la Russie », engagée dans « une course aux armements » et de vouloir « accroître ses forces nucléaires » pour « intimider les États-Unis » et leurs alliés.

« La Chine a répété à plusieurs reprises qu’elle n’avait aucune intention de participer à cette prétendue négociation sur le contrôle des armements », a balayé mardi d’un revers de main Hua Chunying, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. « Cette position est très claire. »

L’ambassadeur Billingslea a immédiatement invité Pékin à reconsidérer sa position. « Pour obtenir le statut de grande puissance, il faut se comporter de manière responsable », a prévenu le négociateur américain, fustigeant « une Grande muraille du secret » dressée autour de l’arsenal chinois.

En mai, il avait dit s’attendre à ce que Moscou aide Washington à convaincre Pékin de participer aux négociations.

Fin de non-recevoir de la part de Sergueï Riabkov.

« Nous ne nous attendons pas à ce que sa position change dans un futur proche », a dit mardi le vice-ministre russe, ajoutant que Moscou ne ferait rien pour faire changer d’avis à Pékin.

« Reste à savoir si les États-Unis pensent que ça vaut le coup de continuer le dialogue avec la Russie, ou si la participation chinoise est un impératif absolu pour eux », a-t-il ajouté.

Et à l’avenir, suggère-t-il, une fois un accord trouvé sur New Start, il faudra effectivement élargir la discussion, mais aussi aux alliés européens des Américains dotés de l’arme nucléaire, la France et le Royaume-Uni.

Washington et Moscou disposaient en 2019 de plus de 6000 ogives nucléaires chacun, contre 290 pour Pékin, 300 pour Paris et 200 pour Londres, selon l’Arms Control Association, une organisation indépendante américaine.

En attendant, les autorités russes confirment leur offre pour éviter l’échec : une extension du traité tel quel, afin d’utiliser les cinq années suivantes pour débloquer les négociations.

A Washington, experts et opposition démocrate appellent Donald Trump à saisir cette proposition pour ne pas se réveiller, en février, dans une course aux armements plus dangereuse que jamais.

Mais ils se montrent sceptiques sur les vraies intentions de la Maison-Blanche, soupçonnée de brandir le prétexte chinois pour faire capoter cet autre traité-clé.