(Paris et Washington) Le pic de la pandémie semblait se profiler lundi dans certains pays d’Europe meurtris par le nouveau coronavirus, qui malgré le confinement de près de la moitié de l’humanité a poursuivi sa progression, notamment aux États-Unis, où l’heure est à la mobilisation générale.

Michel MOUTOT, Charlotte PLANTIVE et les bureaux de l’AFP dans le monde
Agence France-Presse

Symbole des efforts entrepris, un navire-hôpital de 1000 lits est arrivé à New York pour désengorger les hôpitaux de la mégalopole, où des hôpitaux provisoires ont aussi été érigés, dans un centre de conférences ou sous des tentes montées en plein Central Park.  

Quelque 37 000 morts dans le monde, le cap des 11 000 morts franchi en Italie, 812 nouveaux décès en 24 heures en Espagne, et 418, un record, en France : le macabre bilan de l’épidémie a continué à s’alourdir.  

Deuxième pays le plus touché au monde avec 7340 décès, l’Espagne connaît pourtant un ralentissement continu du nombre de morts, laissant penser que le pic de l’épidémie approche.  

En attendant, la vigilance reste de mise et les autorités ibériques ont limité à trois le nombre de participants à un enterrement.

Soulignant la « férocité étonnante » avec laquelle le virus a frappé l’Europe, le Fonds monétaire international a estimé lundi qu’une « profonde récession » en 2020 sur le Vieux continent était « un fait acquis ».  

Locomotive de l’Europe, l’économie allemande pourrait se contracter de 2,8 % cette année, selon le scénario retenu par le Comité des sages économiques qui conseillent le gouvernement.  

Alors que la ville de New York, épicentre de la pandémie aux États-Unis, compte désormais plus de 36 000 cas et 790 morts, Wall Street a décidé d’être optimiste : le Dow Jones a confirmé son rebond avec une hausse de 3,19 % à la clôture.

La Bourse de New York a entraîné dans le vert la plupart des marchés européens, malgré une série de sombres prédictions.  

Prier à domicile

Plus de 3,4 milliards de personnes étant astreintes à rester chez elles, soit 44 % de la population mondiale, les transports sont au point mort, et la demande de pétrole aussi.

Mais la surabondance de l’offre, en pleine guerre des prix entre l’Arabie saoudite et la Russie, tire les cours de l’or noir vers le bas. Le président américain Donald Trump s’est d’ailleurs entretenu lundi à ce sujet, ainsi que sur la manière de juguler la pandémie, avec son homologue russe Vladimir Poutine.

Lequel a appelé les quelque 12,5 millions de Moscovites à « prendre au sérieux » le confinement qui leur est imposé depuis ce lundi.  

La puissante Église orthodoxe a autorisé ses fidèles à prier à la maison. « Vous pouvez être sauvés sans aller à l’église », a déclaré son patriarche, Kirill.

À Harare, où la police zimbabwéenne patrouillait massivement pour faire respecter le confinement, des habitants se désolaient de l’arrêt brutal des moyens de transport, qui les empêche de se rendre à leur travail.

Or « je ne peux pas nourrir ma famille ici si je ne travaille pas », a témoigné Most Jawure.  

En attendant le pic

Partout où la COVID-19 fait des ravages, on guette fébrilement le pic du taux de mortalité, annonciateur d’un reflux et d’un désengorgement des services de réanimation.

En Italie, pays qui enregistre le record mondial de décès (plus de 11 500, pour plus de 100 000 cas recensés), le confinement commence à produire des résultats encourageants après trois semaines.

PHOTO GUGLIELMO MANGIAPANE, REUTERS

Le drapeau de l’Italie affiché sur le Palais du Quirinal, à Rome

« Nous pouvons espérer atteindre le pic dans sept ou dix jours, puis, raisonnablement, une décrue de la contagion », a déclaré le vice-ministre italien de la Santé Pierpaolo Sileri.  

Pas question pour autant de relâcher l’effort : les autorités ont prolongé le confinement « au moins jusqu’à Pâques », le 12 avril.  

En France, où plus de 3000 personnes ont succombé au virus à l’hôpital, dont un nombre record de 418 au cours des dernières 24 heures, les soignants sont au bout du rouleau.  

« Ce matin, en me réveillant, je pleure. En déjeunant, je pleure. En me préparant, je pleure […] Là, dans les vestiaires de l’hôpital, je sèche mes larmes. J’inspire. J’expire. Les gens dans les lits pleurent aussi et c’est à moi qu’il incombe de sécher leurs larmes », témoignait sur Facebook, Élise, infirmière à Besançon, dans l’est du pays.  

Aux États-Unis, qui recensent le plus grand nombre de cas confirmés (160 000 et près de 3000 morts), l’épidémie s’accélère dans la région de New York, mais aussi en Louisiane, ou encore à Chicago et Detroit, et le pic est encore loin.

Le président Trump a estimé que le mois d’avril serait « vital ». Mais il s’est voulu optimiste sur la préparation du pays, annonçant l’envoi en Italie de 100 millions de dollars de matériel médical en surplus et bientôt, grâce à la montée en puissance de la production, de respirateurs artificiels dans les États européens les plus frappés.

Pour éviter la propagation de la maladie, les autorités affichent leur fermeté.

Un célèbre pasteur évangélique de Floride a ainsi été arrêté pour avoir célébré l’office de manière « répétée » avec des centaines de fidèles malgré le confinement. Et le gouverneur du même État a refusé de laisser débarquer un paquebot, le Zaandam, qui se trouve en mer des Caraïbes avec quatre morts et des dizaines de malades à bord.

« Loi coronavirus »

En Hongrie, l’opposition craint que la pandémie ne serve de prétexte au pouvoir pour réduire encore les libertés publiques. Le premier ministre Viktor Orban a obtenu le feu vert du Parlement pour légiférer par ordonnances dans le cadre d’un état d’urgence à durée indéterminée.

PHOTO ZOLTAN MATHE, AP

Le premier ministre hongrois Viktor Orban

La « loi coronavirus » prévoit ainsi cinq ans de prison pour punir la diffusion de « fausses nouvelles » sur le virus ou les mesures du gouvernement, alors que les rares médias indépendants du pays font régulièrement l’objet de telles accusations.

Même quand le pic sera dépassé, le retour à la normale sera long. Ainsi, le Mondial de l’Auto, le grand salon de l’automobile qui ne devait pourtant se tenir qu’en octobre à Paris, est annulé.  

Quant aux Jeux olympiques de Tokyo 2020, ils se tiendront bien, mais pas avant le 23 juillet 2021, soit quasiment un an après la date initialement prévue, ont annoncé lundi les organisateurs.