(Paris) Les pays membres de l’Union européenne ont décidé à l’unanimité mardi d’interdire pendant 30 jours les entrées de personnes n’appartenant pas au bloc afin d’endiguer la pandémie de nouveau coronavirus, a annoncé Angela Merkel.

Agence France-Presse

Les pays membres de l’UE sont « tous d’accord pour imposer une interdiction » d’entrée, « avec quelques exceptions » mineures, a déclaré lors d’une conférence de presse la chancelière allemande à l’issue d’une réunion avec les autres dirigeants des pays européens menée en vidéoconférence, précisant que cette interdiction serait valable 30 jours.

« L’Allemagne va mettre cette décision en œuvre immédiatement », a prévenu la chancelière.

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La chancelière allemande Angela Merkel a annoncé l’interdiction d’entrée pendant 30 jours de personnes n’appartenant pas au bloc.

Les exceptions doivent concerner les ressortissants de pays tiers ayant un droit de séjour de longue durée dans un pays de l’UE. Ceux qui ont une raison urgente d’entrer — par exemple, des funérailles ou une audience de tribunal — devront être munis de justificatifs, a de son côté précisé le ministère de l’Intérieur allemand.

L’UE va par ailleurs « coordonner », selon Mme Merkel, le retour des nombreux Européens bloqués à l’étranger par les nombreuses restrictions et interdictions de circulation imposées face à la propagation de la pandémie.

Même si, à Bruxelles, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a fait briller une lueur d’espoir en indiquant attendre un vaccin contre la COVID-19 « avant l’automne », œuvre du laboratoire allemand CureVac, à Londres des scientifiques ont dit craindre pour la Grande-Bretagne une catastrophe avec des centaines de milliers de morts et un système de santé submergé.

Les experts s’accordent à dire que seules des politiques de « distanciation sociale », c’est-à-dire isoler les gens les uns des autres pour éviter qu’ils ne se contaminent et propagent la maladie, peuvent enrayer la progression de la pandémie.  

En Europe, nouvel épicentre de la maladie détectée en décembre en Chine, la France et ses 67 millions d’habitants ont donc entamé à la mi-journée un confinement général après l’Italie et l’Espagne.

À Paris, comme dans toutes les villes du pays, les rues se sont vidées. Les rares passants et automobilistes sont désormais requis de remplir un formulaire afin, en cas de contrôle par les forces de l’ordre, de démontrer qu’ils respectent les règles strictes édictées pour le confinement, prévu pour deux semaines renouvelables.  

Guerre économique aussi

Dans un pays quasiment à l’arrêt, un lieu symbolique comme Lourdes (Sud-Ouest) a fermé son sanctuaire catholique, qui accueille d’ordinaire des pèlerins du monde entier.  

Comme dans la plupart des pays, les craintes grandissent de voir les hôpitaux débordés et manquer de matériel.  

À Genève, l’Organisation mondiale de la santé a demandé aux pays européens de prendre les mesures « les plus audacieuses » face à la pandémie, rappelant qu’elle faisait désormais plus de morts dans le reste du monde qu’en Chine.  

Les 27 dirigeants de l’Union européenne se sont retrouvés mardi en sommet extraordinaire par visioconférence afin de se concerter sur la fermeture des frontières extérieures de l’Union, proposée lundi par la Commission.

La « guerre » au virus se déroule aussi sur le terrain de l’économie. Gouvernements et banques centrales montent au créneau pour soutenir les marchés ainsi que les entreprises.

Paris se dit prêt à recourir à des nationalisations « si nécessaire » et prévoit désormais une entrée en récession de son économie. Rome a décidé de nationaliser la compagnie aérienne Alitalia en grande difficulté.

À Washington, le secrétaire au Trésor a évoqué « un plan de relance économique très important », comportant notamment l’envoi sous deux semaines de chèques aux Américains affectés. Il n’a pas précisé de chiffre, mais la presse américaine a évoqué la somme d’environ 850 milliards de dollars.

Élections reportées

Les métropoles mondiales ferment restaurants, bars, discothèques et cinémas. Écoles, universités, musées gardent portes closes, les annulations d’événements se multiplient. À Las Vegas, les célèbres hôtels et casinos, qui accueillent chaque année des millions de visiteurs, ont fermé leurs portes.  

L’Union des associations européennes de football (UEFA), a annoncé le report de la coupe d’Europe des Nations à 2021. Au Japon, les festivités autour du relais de la flamme olympique, qui doivent commencer le 26 mars, ont été réduites. En France, la mythique course cycliste Paris-Roubaix, qui devait se courir le 12 avril, a été reportée, comme le tournoi de tennis de Roland-Garros, déplacé en septembre.  

Dans le monde, la maladie COVID-19 a tué au moins 7063 personnes, avec plus de 180 090 cas d’infection, selon un bilan établi par l’AFP à 5 h HE à partir de sources officielles. Mais nombreux pays ne testant plus désormais que les cas nécessitant une prise en charge hospitalière, le nombre des personnes infectées est probablement bien supérieur.

Il y a désormais plus de décès recensés ailleurs dans le monde qu’en Chine continentale (respectivement 3837 et 3226), point de départ de la pandémie.  

Les pays les plus touchés après la Chine sont l’Italie avec 2158 morts pour 27 980 cas, l’Iran avec 988 morts (16 169 cas), l’Espagne avec 491 morts (11 178 cas), et la France avec 148 morts (6633 cas).

L’Italie n’a pas « encore atteint le pic » de contagion, a averti son premier ministre.

En Espagne, le gouvernement a prévenu que le confinement de la population risquait de durer. En Allemagne, les habitants sont appelés à « rester à la maison » et à renoncer aux vacances.

Au Brésil, l’état d’urgence a été déclaré à Rio et Sao Paulo, les deux plus grandes villes du pays.  

En Grèce, les autorités ont décidé de prendre des mesures de confinement pour au moins 14 jours pour les migrants se trouvant dans des camps à travers le pays : seul le personnel de ces centres sera autorisé à y pénétrer et les demandeurs d’asile ne pourront en sortir qu’en cas d’urgence.