La Constitution des États-Unis est claire sur le sujet : «Avec l'avis et l'accord du Sénat, il (le président) nommera les ambassadeurs, les autres titulaires de postes diplomatiques et les consuls, les juges de la Cour suprême...»

Publié le 15 févr. 2016
Richard Hétu

Barack Obama contreviendrait donc à son devoir constitutionnel en n'employant pas les quelques 340 derniers jours de sa présidence pour nommer un successeur à Antonin Scalia, mort samedi. Et le Sénat se trouverait tout aussi fautif en refusant d'examiner cette nomination pour la confirmer ou la rejeter.

Or, si l'on se fie au chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, les républicains ne tiendront même pas une audition sur la nomination du successeur du juge Scalia et encore moins un vote. Il s'agit, de sa part, d'un affront stratégique à la Constitution des États-Unis, comme l'explique le New York Times dans cet article.

McConnell sait qu'il soulèverait l'indignation des électeurs conservateurs si le Sénat à majorité républicaine confirmait le choix éventuel du président. Il préfère être aujourd'hui critiqué par les démocrates et les éditorialistes en se cachant derrière une excuse qui ne trompe personne.

«Le peuple américain devrait avoir son mot à dire dans la sélection du prochain juge de la Cour suprême», a-t-il déclaré samedi dans un communiqué. «Par conséquent, ce poste restera vacant jusqu'à ce que nous ayons un nouveau président.»

La stratégie de McConnell est évidemment risqué. En bloquant la nomination du successeur de Scalia, les républicains pourraient notamment rendre encore plus vulnérables leurs sénateurs sortants dans des États clés comme le New Hampshire, l'Illinois, l'Ohio, le Wisconsin et la Pennsylvanie, entre autres. Ils possèdent aujourd'hui une majorité de six sièges au Sénat.

Et Obama pourrait renforcer l'image radicale des républicains en nommant un juge fédéral ayant déjà été confirmé à l'unanimité par le Sénat. C'est notamment le cas de Srikanth Srinivasan et Jane Kelly, qui font partie de ses choix potentiels.

Rappelons qu'un Sénat à majorité démocrate avait confirmé Anthony Kennedy en 1988, dernière année de Ronald Reagan à la Maison-Blanche. Comme tous les sénateurs républicains à l'époque, McConnell avait voté en faveur de Kennedy.