Publié le 8 mars 2017
Richard Hétu

Dans la version cinématographie du livre All the President's Men de Bob Woodward et Carl Bernstein, le numéro deux du FBI, Mark Felt, alias «Deep Throat», interprété par Hal Holbrook, donne un conseil inoubliable à Woodward, interprété par Robert Redford : «Just follow the money.»

Selon «Deep Throat», en suivant les traces de l'argent allant des hommes de Richard Nixon aux cambrioleurs du Watergate, les journalistes du Washington Post allaient pouvoir démêler l'écheveau d'un scandale sans précédent dans l'histoire de la présidence américaine.

Quatre décennies plus tard, des journalistes ont commence à appliquer le même conseil dans le cas de Donald Trump. Certaines de leurs découvertes pourraient permettre de comprendre pourquoi le président hésite ou refuse de faire la lumière non seulement sur ses liens avec la Russie mais également avec tous les pays où son empire fait des affaires. Des liens qui seraient susceptibles d'être dévoilés dans le cadre d'une enquête en bonne et due forme menée par le Congrès ou un procureur indépendant.

Des liens qui pourraient même incriminer le président, si l'on se fie à une investigation publiée dans le numéro courant du New Yorker. Sous la plume d'Adam Davidson, l'hebdomadaire décrypte le partenariat de Trump avec deux politiciens extrêmement corrompus d'Azerbaïdjan qui ont construit à Bakou, capitale de leur pays, une tour portant le nom du président américain.

Fait à noter : les frères Madamov, les politiciens en question, ont l'habitude de faire affaires avec une société iranienne liée aux Gardiens de la révolution islamique, qui se sert d'eux pour procéder à du blanchiment d'argent.

Selon le New Yorker, en concluant une entente d'affaires avec les Madamov, Trump pourrait avoir enfreint la Loi sur les pratiques corrompues à l'étranger ainsi que les sanctions américaines contre l'Iran. Dans les deux cas, une société américaine ne peut pas dire qu'elle ne savait pas que son partenaire étranger était corrompu et que les fonds dont celui-ci disposait provenaient d'une société iranienne. Selon la loi américaine, la société américaine doit faire preuve de diligence raisonnable sur ces questions.

Des peines de prison et des lourdes amendes sont souvent infligées aux gens d'affaires qui ignorent cette loi et ces sanctions.

Le sénateur démocrate d'Ohio Sherrod Brown, membre de la commission bancaire du Sénat, réclame une enquête sur le projet de Bakou qui a été abandonné par Trump après son élection à la présidence.

Interrogé avant-hier par Rachel Maddow de MSNBC, le journaliste du New Yorker soupçonne que plusieurs autres partenariats de Trump à l'étranger présentent des problèmes sur le plan juridique, notamment en Turquie, en Indonésie et au Brésil.

Les liens de Trump avec la Russie se caractérisent évidemment par leur opacité. Mais le fondateur et rédacteur en chef du site Talking Points Memo avance ici certaines hypothèses conservatrices expliquant la très grande sollicitude du président à l'égard de la Russie et de Vladimir Poutine de même que le manque de franchise de membres de l'entourage de Trump concernant leurs contacts avec l'ambassadeur de Russie à Washington.

Trump ne voudrait pas que des enquêteurs se mettent un jour à poser des questions sur les Paul Manafort, Michael Cohen, Felix Sater et Tevfik Arif, ses associés qui ont brassé des affaires avec des Russes ou des Ukrainiens (avec ou sans lui).

«Il y a trop d'argent sale, trop de choses qui sont peut-être légales au sens le plus strict mais au sujet desquelles il est nécessaire de mentir, trop de magouilles, trop de personnages louches», écrit Marshall.

Pour aller au fond de l'affaire russe, le conseil de «Deep Throat» semble de nouveau d'actualité : Follow the money.