Ce que veut Poutine

Avec tout ce qui s'est passé la semaine dernière à Washington, l'audition de William Browder, pdg du fonds d'investissement Hermitage Capital, devant la commission judiciaire du Sénat est passée largement inaperçue. Elle a pourtant permis d'entendre un témoignage explosif qui pourrait expliquer pourquoi Vladimir Poutine et son régime ont tant misé sur Donald Trump.

À la tête de son fonds, Browder a été pendant un certain temps le plus important investisseur étranger en Russie. Il est cependant devenu persona non grata dans ce pays en 2006. Selon l'hebdomadaire britannique The Economist, le Kremlin n'appréciait pas ses interventions qui menaçaient le flot d'argent «aux bureaucrates corrompus et à leurs complices du milieu des affaires».

Une chose est certaine : Browder a fortement encouragé l'administration Obama à adopter la loi Magnitsky, du nom de son ancien avocat, qui est mort dans des circonstances nébuleuses dans une prison de Moscou en 2009 après avoir mené une enquête révélant les actions frauduleuses de responsables russes. La loi américaine a instauré des sanctions économiques contre les responsables russes soupçonnés d'être impliqués dans la mort de Sergueï Magnitsky.

Lors de son témoignage devant la commission judiciaire du Sénat, Browder a affirmé que le principal objectif de Poutine était l'abrogation de la loi Magnitsky et la levée des sanctions qui l'empêchent d'avoir accès à ses milliards de dollars déposés dans des banques internationales. Je cite un extrait du témoignage du financier américano-britannique (voir la vidéo qui coiffe ce billet) :

«Je crois que Vladimir Poutine est l'homme le plus riche du monde. Je pense que sa fortune s'élève à 200 milliards de dollars. Cet argent est stocké dans des banques à travers le monde, aux États-Unis et ailleurs. Le but du régime de Poutine est de commettre des crimes terribles pour obtenir cet argent, et il ne veut pas que cet argent reste gelé. Il est donc personnellement visé par la loi Magnitsky. C'est une question très personnelle, très vénale, et c'est pourquoi cela le préoccupe tant.»

Lors de son témoignage, Browder s'est longuement étendu sur le rôle de l'avocate russe Natalia Veselnitskaya pour obtenir l'abrogation de la loi Magnitsky. Veselnitskaya, qui a rencontré Donald Trump fils, Jared Kushner et Paul Manafort à la tour Trump le 9 juin 2016, travaille directement pour le Kremlin, selon le financier. L'avocate a dit aux médias qu'elle avait abordé lors de cette rencontre le programme d'adoption d'enfants russes par des couples américains.

Rappelons que la Russie a mis fin à ce programme en représailles de la promulgation de la loi Magnitsky en 2012. Aussi, quand les Russes parlent d'adoption, c'est un euphémisme pour les sanctions imposées contre des responsables russes.

À noter que Trump lui-même a admis que Poutine lui avait parlé du «programme d'adoption» lors de leur deuxième tête-à-tête à Hambourg.

Bien entendu, Poutine ne pouvait pas prévoir que son plan pour aider Trump se retournerait contre lui dans une certaine mesure. Se méfiant de la complaisance du président américain à l'égard de la Russie, le Congrès vient d'adopter de nouvelles sanctions contre le pays de Poutine.




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