Un peu comme le tumulte du Printemps arabe, la colère provoquée par une vidéo anti-islam diffusée sur l'internet fait tache d'huile en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Après l'Égypte et la Libye, le Yémen a été hier le théâtre de manifestations antiaméricaines violentes qui ont fait au moins cinq morts chez les protestataires.

Mis à jour le 14 sept. 2012
Richard Hétu, collaboration spéciale LA PRESSE

Deux jours après les attaques contre les missions diplomatiques américaines du Caire et de Benghazi, des centaines de manifestants ont pris d'assaut l'ambassade des États-Unis à Sanaa, la capitale yéménite. Certains d'entre eux ont réussi à pénétrer dans l'enceinte de l'ambassade, où ils ont brûlé un drapeau américain et des voitures. Ils n'ont cependant pas pu accéder au bâtiment principal, ayant été dispersés par les forces de sécurité yéménites, qui ont tiré en l'air et lancé des grenades lacrymogènes.

Des protestataires se sont également rassemblés devant des missions diplomatiques américaines au Maroc, au Soudan et en Tunisie, où les forces de sécurité ont également fait usage de gaz lacrymogènes pour les mettre en fuite. Des manifestations ont également eu lieu à Bagdad, à Téhéran et, pour la troisième journée d'affilée, devant l'ambassade des États-Unis du Caire.

Pendant ce temps, en Libye, les autorités locales ont annoncé l'arrestation de quatre suspects dans le cadre de l'enquête sur l'attaque contre le consulat américain de Benghazi qui a coûté la vie à quatre Américains, dont l'ambassadeur Christopher Stevens. Aucune information n'a été divulguée sur l'identité des personnes arrêtées.

À Washington, Hillary Clinton a non seulement condamné les attaques anti-américaines mais également la vidéo qui a provoqué la colère de musulmans du monde arabe et d'ailleurs. «Cette vidéo est dégoûtante et répréhensible, a-t-elle déclaré lors d'une intervention au département d'État américain. Le gouvernement des États-Unis n'y est pour rien du tout.»

De son côté, Barack Obama a téléphoné aux dirigeants de l'Égypte et de la Libye pour parler avec eux de sécurité. Il a notamment mis en garde son homologue égyptien contre un «vrai gros problème» si jamais son gouvernement ne protégeait pas l'ambassade américaine au Caire.

Lors d'une interview accordée à la chaîne latino Telemundo, le président américain a également affirmé que le gouvernement égyptien actuel n'était ni l'allié ni l'ennemi des États-Unis.

«La situation est toujours fluide, mais nous nous attendons à ce qu'ils réagissent au fait que nous avons insisté pour que notre ambassade soit protégée, que notre personnel soit protégé», a dit le chef de la Maison-Blanche.

«Et s'ils agissent d'une façon prouvant qu'ils n'assument pas ces responsabilités, comme tous les autres pays où nous avons des ambassades, je pense que cela va constituer un vrai gros problème.»

Nakoula Basseley, alias Sam Bacile?

Nakoula Basseley Nakoula, un Californien copte âgé de 55 ans vivant dans la banlieue de Los Angeles, admet être le directeur de l'entreprise qui a produit le film antimusulman L'innocence des musulmans. Mais il nie en être le réalisateur.

Qu'à cela ne tienne, plusieurs médias américains le soupçonnent de s'être présenté à des journalistes comme un agent immobilier israélo-américain appelé Sam Bacile et d'avoir réalisé le film controversé après avoir amassé 5 millions de dollars auprès de donateurs juifs.

Nakoula, qui a déjà été condamné à 21 mois de prison pour fraude bancaire et à un an de prison pour avoir tenté de fabriquer de la méthamphétamine, est également connu sous le nom de Bacily Nakoula. L'Associated Press a par ailleurs établi un lien entre le numéro de téléphone portable qu'un de ses journalistes a utilisé pour joindre Sam Bacile et la résidence de Nakoula.

Après avoir été identifié par les médias, Nakoula a demandé la protection de la police.