Un échange acerbe entre l'ambassadeur des États-Unis en Afghanistan et le président afghan Hamid Karzaï soulève des interrogations sur les relations entre Washington et son allié, à deux jours de la conférence de Londres sur l'avenir du pays.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Le président Karzaï n'est pas un partenaire stratégique adéquat», se plaignait en novembre dernier l'ambassadeur Karl Eikenberry, dans des propos rapportés mardi le New York Times, citant un «câble» adressé par le diplomate à l'administration Obama.

«M. Karzaï continue de refuser d'assumer ses responsabilités, que ce soit en matière de défense, de gouvernance ou de développement», soulignait l'ancien général de corps d'armée un mois avant que le président Barack Obama annonce l'envoi de 30 000 GI's supplémentaires dans ce pays.

«Lui et ses proches ne veulent pas que les États-Unis partent et ne sont que trop heureux de nous voir nous impliquer davantage», poursuivait le diplomate, avertissant que tant que ce «problème» ne serait pas résolu, les progrès réalisés avec les nouvelles troupes ne seraient que «brefs».

Le président afghan Hamid Karzaï a répondu vertement à ces critiques, affirmant qu'il n'avait pas l'intention de se «soumettre à la volonté américaine».

«Si le partenariat signifie se soumettre à la volonté américaine, alors cela, bien sûr, ne peut pas être le cas», a déclaré M. Karzaï à l'issue d'un mini-sommet sur l'Afghanistan organisé mardi à Istanbul.

«Mais si le partenariat signifie une coopération entre deux pays souverains, l'un bien sûr très pauvre et l'autre très riche (...) alors nous sommes partenaires», a ajouté M. Karzaï devant la presse, juste avant la réunion jeudi à Londres de 65 pays qui doivent fixer les objectifs à long terme dans le pays, en particulier la délicate question de la réconciliation avec les insurgés.

M. Karzaï sera présent à Londres face à la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton.

Les réserves de M. Eikenberry à l'égard du président afghan ne sont pas nouvelles et avaient déjà fait surface l'an dernier pendant le débat sur l'opportunité d'envoyer plus de troupes américaines en Afghanistan.

Il s'opposait alors à la demande du commandant des forces américaines et de l'OTAN, le général Stanley McChrystal, d'envoyer des renforts, ce que le président Barack Obama a finalement annoncé le 1er décembre avec l'envoi de 30 000 soldats supplémentaires d'ici l'été 2010.

Dans le document publié par le New York Times, M. Eikenbery précisait ses critiques. 

«Envoyer des troupes supplémentaires va repousser le jour où les Afghans vont reprendre le pouvoir et rendre difficile, si ce n'est impossible, de retirer nos troupes dans un délai raisonnable», écrivait-il. «Un rôle accru des Américains et des étrangers dans la sécurité et la gouvernance augmentera la dépendance des Afghans, au moins à court terme».

Or, pour l'ambassadeur américain, la stratégie adoptée pour défaire les talibans et les insurgés doit reposer sur un pouvoir afghan qui «assume et exerce sa souveraineté afin de servir l'objectif d'un Afghanistan stable, pacifié, un minimum autosuffisant et renforcé contre les groupes terroristes transnationaux».

Selon lui, la solution réside aussi dans une coopération accrue avec le Pakistan voisin afin de stabiliser ce pays, où de nombreux talibans et insurgés ont établi leur base arrière.