A moins de deux semaines de l'ouverture des jeux Olympiques de Pékin, le 8 août, la Chine utilise l'événement comme prétexte pour renforcer sa répression contre les défenseurs des droits de l'Homme et vider la capitale des «indésirables», a déploré lundi Amnesty International.

Polly Hui

«Les autorités ont utilisé les jeux Olympiques comme un prétexte pour poursuivre, voire intensifier les mesures et les pratiques existantes qui ont conduit à des violations très répandues des droits de l'Homme», juge Amnesty, dans un rapport présenté lundi à Hong Kong.

«La répression contre les défenseurs des droits de l'Homme, les journalistes et les avocats s'est renforcée en raison de l'organisation des jeux Olympiques à Pékin», estime l'organisation de défense des droits de l'Homme basée à Londres.

«A moins d'un changement radical de la part des autorités, l'héritage des jeux Olympiques ne sera pas positif pour les droits de l'Homme en Chine», a mis en garde Amnesty.

Amnesty appelle le Comité olympique international (CIO) et les dirigeants politiques à être plus exigeants envers Pékin, mettant en garde contre des mesures encore plus répressives après les jeux Olympiques.

Amnesty énumère cinq mesures pour améliorer la situation des droits de l'Homme dans le pays, déjà présentées dans une lettre ouverte adressée au président chinois Hu Jintao.

Amnesty appelle la Chine à «libérer l'ensemble des prisonniers d'opinion, empêcher la police de procéder à des détentions arbitraires de signataires de pétitions, rendre publiques la totalité des statistiques sur la peine de mort et mettre en oeuvre un moratoire sur les exécutions».

Amnesty souhaite également que Pékin offre aux médias «une liberté totale» et rende compte de «tous ceux qui ont été tués ou interpellés à la suite des manifestations de mars 2008 au Tibet».

Durant la préparation des jeux Olympiques, les autorités ont accentué l'usage de la détention administrative, notamment sur les militants des droits de l'Homme et les signataires de pétitions, ainsi que sur les mendiants, dénonce Amnesty.

En janvier, poursuit Amnesty, Pékin a lancé une campagne contre «les activités illégales qui ternissent l'image de la ville et troublent l'ordre social».

En mai, les autorités ont adopté une loi de «rééducation par le travail».

En juin, les autorités de Shanghai ont ordonné aux militants et aux signataires de pétitions de se rendre à la police chaque semaine et ne ne pas quitter la ville sans autorisation ou se rendre à Pékin durant les Jeux.

La persécution contre les journalistes s'est également intensifiée, selon Amnesty, qui cite des statistiques du Club de la presse étrangère de Chine faisant état de 230 cas de journalistes, dont le travail a été entravé cette année par des interférences des autorités, contre 180 cas un an plus tôt.

Pour Amnesty, «le danger est qu'après les Jeux Olympiques, les violations des droits de l'Homme se poursuivent ou s'intensifient avec une attention encore moindre de la communauté internationale».