Trois jours après l'annonce de l'arrestation de Radovan Karadzic, les enquêteurs serbes tentaient toujours de mettre des noms sur les soutiens dont a bénéficié l'ex-chef politique des Serbes de Bosnie au cours de ses 13 années de cavale. Et de lever le voile sur le vrai Dragan Dabic, fausse identité derrière laquelle s'était retranché l'un des hommes les plus recherchés au monde.

Dusan Stojanovic

Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie s'est refusé jeudi à toute spéculation sur la date du transfert à La Haye du psychiatre de formation, accusé d'être le cerveau des pires massacres commis en Europe depuis la Seconde guerre mondiale. «Nous attendons d'être informés par les autorités de Belgrade», a souligné la porte-parole Olga Kavran.

En attendant, la Serbie a continué sur la voie du rapprochement avec l'Union européenne, illustré par l'arrestation surprise de Karadzic: Belgrade a annoncé le retour des ambassadeurs -qu'il avait rappelés- dans les pays de l'UE ayant soutenu l'indépendance du Kosovo. Cette décision servira la Serbie dans sa tentative d'intégrer un jour le bloc des Vingt-Sept, a précisé le chef de la diplomatie Vuk Jeremic. Le retrait des ambassadeurs visait à protester contre 20 des pays membres de l'UE qui ont reconnu l'indépendance de l'ex-province serbe proclamée en février.

Jeudi, Radovan Karadzic attendait d'être extradé vers les Pays-Bas en prévision de son procès devant le TPIY, alors que son avocat a une nouvelle fois contesté que le criminel de guerre présumé âgé de 63 ans avait été appréhendé lundi près de Belgrade, comme l'ont annoncé les autorités. Me Sveta Vujacic a maintenu que son client avait été arrêté vendredi dans un bus qui circulait dans un faubourg de la capitale, avant d'être transféré vers une destination inconnue où il a été retenu trois jours durant.

D'après l'avocat, l'ancien président de la «Republika Srpska» lui a demandé d'intenter une action en justice contre ses ravisseurs présumés et a soutenu que trois personnes avaient été témoins des faits.

Une mesure considérée comme une nouvelle manoeuvre destinée à retarder le plus possible le transfert aux Pays-Bas du suspect, sous le coup de onze chefs d'accusation, notamment pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

En début de semaine, l'avocat de Karadzic avait annoncé qu'il ferait appel de son extradition vendredi, terme du délai légal de 72 heures dont il dispose pour s'opposer à ce transfert. Karadzic ne pourra pas être remis au TPIY avant qu'un tribunal de Belgrade n'examine l'appel déposé par son avocat.

Depuis la nouvelle de son arrestation, plusieurs informations contradictoires ont circulé au sujet du vrai «Dragan Dabic», identité que s'était choisi Karadzic pour ses années de clandestinité, outre la longue barbe blanche et la pratique de la «médecine douce».

D'après des responsables serbes, Dabic serait mort en 1993 à Sarajevo. Des médias serbes ont rapporté qu'il s'agissait d'un combattant serbe décédé durant le conflit bosniaque (1992-95). Mais selon d'autres sources, c'est un civil qui a été tué par les forces bosno-serbes assiégeant la capitale bosniaque pendant la guerre.

Bruno Vekaric, porte-parole du procureur serbe chargé des crimes de guerre, s'est refusé à toute spéculation. «Il y a sept Dragan Dabic à Sarajevo, morts ou vivants», a-t-il dit par téléphone à l'Associated Press.

D'après lui, Karadzic a obtenu les faux papiers sous le régime de feu Slobodan Milosevic, à Ruma, une ville au nord de Belgrade. Et il semble qu'un commandant paramilitaire de la région ait joué un rôle. Ce dernier, Slobodan Medic, est actuellement jugé pour son implication présumée dans le massacre de quelque 8000 musulmans bosniaques à Srebrenica en 1995.

Ceux qui ont aidé l'ex-chef bosno-serbe à se soustraire à la justice seront arrêtés et poursuivis, a en tous cas averti M. Vekaric, en espérant pouvoir également utiliser ce réseau de soutien pour mettre la main sur le dernier fugitif de poids recherché par le TPIY, l'ancien bras droit de Karadzic, le général Ratko Mladic.

«L'essentiel, c'est de boucler l'histoire de La Haye», a-t-il souligné en référence au TPIY. «Quiconque a aidé Karadzic a commis un acte criminel, et ils le savent.»