La course à la direction du parti centriste Kadima a formellement démarré mardi en vue du remplacement de son chef, le premier ministre Ehud Olmert, qui a brandi la hache de guerre contre Tzipi Livni, favorite pour lui succéder.

Charly Wegman

Par un vote de 91 membres de ses membres sur un total de 180, le comité central du Kadima, réuni dans la nuit de lundi à mardi, a modifié sa charte, levant ainsi le dernier obstacle qui empêchait la tenue de ses primaires.

«La date précise du scrutin doit encore être arrêtée», a indiqué le porte-parole du parti, Schmouel Dahan.

Les instances de la formation ont d'ores et déjà prévu qu'il se tiendrait à la mi-septembre et que les candidatures à la direction du parti devaient être soumises d'ici la mi-août.

Entretemps, l'hostilité entre M. Olmert et sa ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni, donnée en tête des derniers sondages pour la direction du Kadima, a éclaté au grand jour.

«Je crains pour l'avenir de l'État d'Israël, si Livni arrive au pouvoir. Elle est incapable de prendre des décisions. Elle est influençable et n'a pas confiance en elle-même», a-t-il déclaré à des proches dans des propos rapportés mardi par tous les médias.

«Elle perd les pédales pour rien, au point d'en trembler. Croyez-moi, elle n'est pas capable de mener une politique», a-t-il encore dit en la qualifiant en outre Mme Livni de «traîtresse» et de «menteuse».

Ni au Kadima ni à la présidence du Conseil, ces propos n'ont été confirmés ou infirmés.

«La dernière des choses à faire de la part du chef du gouvernement, c'est d'attaquer Tzipi Livni, une candidate légitime à la direction du parti Kadima qu'il faut renforcer», a en revanche déclaré à la radio publique le ministre de l'Environnement, Gidéon Ezra.

Ces développements se sont produits alors que l'homme d'affaires américain Morris Talansky, principal témoin à charge dans une affaire de corruption impliquant M. Olmert, était soumis mardi à un cinquième contre-interrogatoire au tribunal de district de Jérusalem par les avocats du premier ministre.

Dans une déposition accablante en mai, M. Talansky avait affirmé lui avoir versé plus de 100 000 dollars en liquide, sous forme d'enveloppes, pendant une quinzaine d'années.

M. Olmert a nié toute malversation et reconnu avoir reçu des fonds pour financer ses campagnes électorales, notamment à la mairie de Jérusalem en 1999 et 2003. Mais, les nombreux scandales qui l'éclaboussent ont terni son image.

Lundi, lors d'une intervention au Centre israélien pour la démocratie, Mme Livni avait estimé, en allusion à M. Olmert, que «lorsque quelqu'un se rend coupable d'un délit punissable de prison, il doit renoncer à ses fonctions publiques».

La ministre est la plus en vue des rivaux pressentis pour la course à la direction du Kadima, Shaoul Mofaz (Transports), Avi Dichter (Sécurité intérieure) et Méir Sheetrit (Intérieur).

Selon les médias israéliens, le procureur de l'État Moshé Lador a laissé entendre que des poursuites en justice pourraient être lancées contre le premier ministre d'ici quelques semaines.

Ce dernier a indiqué que dans ce cas de figure, il démissionnerait. Mais il espère encore pouvoir se laver des affaires de corruption dont il est soupçonné et n'a pas exclu de se présenter aux primaires du Kadima.

Selon plusieurs camarades de parti de M. Olmert cités par la presse, ce dernier est convaincu que ce scrutin se terminerait fatalement par une débâcle pour lui, mais veut garder la tête haute en s'accrochant au pouvoir jusqu'à l'élection de son successeur à la tête du Kadima.

De même source, M. Olmert se réserverait aussi de diriger un gouvernement de transition dans le cas où des élections anticipées seraient organisées, la législature s'achevant normalement en novembre 2010.