La secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, a souligné l'urgence d'avancer dans les négociations sur la dénucléarisation nord-coréenne mercredi à Singapour, dans une rencontre inédite avec les cinq autres chefs de la diplomatie des parties prenantes au dossier.

Mis à jour le 23 juill. 2008
Lachlan Carmichael

«La réunion a été bonne, sans surprises», a déclaré Mme Rice à l'issue de la discussion de 80 minutes.

«L'esprit (de la discussion) a été bon parce qu'on pense avoir fait des progrès, mais parce que nous sentons aussi l'urgence d'avancer, que nous ne pouvons pas nous permettre un autre hiatus de plusieurs mois», a poursuivi la responsable, interrogée par des journalistes.

C'était la première fois que la secrétaire d'État rencontrait son homologue nord-coréen, Pak Ui-Chun. C'était aussi, selon les Chinois ou encore les Nord-Coréens, la première fois que les chefs de la diplomatie des Six -- États-Unis, Corée du Nord, Corée du Sud, Chine, Japon et Russie -- tenaient ensemble une réunion informelle.

«Nous avons encore beaucoup de travail», a reconnu le ministre chinois des Affaires étrangères, Yang Jeichi. Mais «cette réunion informelle est très significative, elle a montré la volonté des six parties de continuer à faire avancer le processus de (négociations) à six».

Ces négociations, entamées en 2003, visent à démanteler les installations nucléaires de la Corée du Nord en échange d'une aide énergétique vitale pour le pays, l'un des plus isolés au monde, et pour ses quelque 23 millions d'habitants.

Les pourparlers offrent aussi à Pyongyang, qui avait procédé à un essai nucléaire pour la première fois en 2006, la perspective d'une normalisation de ses relations avec la communauté internationale, États-Unis en tête.

En juin, après des mois de retard, Pyongyang avait remis à Pékin une déclaration détaillant ses programmes nucléaires, un document clé dans le processus.

Le geste avait été salué par la communauté internationale, notamment les États-Unis, dont le président George W. Bush avait même proposé de retirer la Corée du Nord de la liste des États soutenant le terrorisme. Mais, sur leurs gardes, les Américains avait martelé que la déclaration devraient faire l'objet d'une «vérification» minutieuse.

Il y a dix jours à Pékin, lors d'une réunion des principaux négociateurs, la Corée du Nord s'était engagée à démanteler en octobre son principal réacteur en échange d'une aide énergétique des cinq autres parties avant la fin du même mois. Elle avait aussi accepté des inspections des experts des Six.

Mais les États-Unis, notamment, poussent aujourd'hui pour un accord ferme sur les modalités précises de ces vérifications.

Pyongyang, qui estime avoir déjà fait de «sincères efforts» en rendant sa copie en mai, attend aussi davantage des autres parties, des Américains en particulier. La Corée du Nord se félicite de la perspective d'un retrait de la liste des États soutenant le terrorisme, mais elle juge encore incomplet le pas de Washington.

«Les États-Unis ont pris une mesure, mais elle est incomplète», a affirmé le porte-parole de la délégation nord-coréenne, Ri Tong-Il. «Je pense que le plus important est de lever complètement les sanctions et (...) d'abandonner la politique hostile» contre la Corée du Nord, a-t-il poursuivi devant des journalistes.

La rencontre au sommet de mercredi s'est tenue en marge d'une réunion ministérielle de l'Association des Nations d'Asie du Sud-Est (Asean) et du Forum sur la sécurité en Asie (ARF), dont font partie les Six.

Jeudi, la Corée du Nord devrait encore se trouver sous les projecteurs à Singapour. Pyongyang doit en effet signer à l'issue de l'ARF, qui officiellement ne se tient que jeudi, un traité de non-agression avec l'Asean.