Les avancées sur la prévention de l'infection, comme le microbicide dévoilé lundi, pourraient paradoxalement ralentir les recherches sur la guérison du VIH, prévient un chercheur montréalais qui se trouve à Vienne et assiste aux conférences sur le sida depuis deux décennies.

Mathieu Perreault LA PRESSE

«Une approche qui réussit aussi bien que le microbicide peut mettre à risque les études médicales à l'avenir», explique Mark Wainberg, qui dirige à l'Hôpital juif le Centre de recherche sur le sida de l'Université McGill, en entretien téléphonique. «Si une personne utilise le microbicide, elle ne sera peut-être plus admissible aux essais cliniques sur le vaccin antisida. Une personne peut aussi se dire qu'il est préférable d'utiliser le microbicide plutôt que de recevoir un vaccin dont l'efficacité n'est pas prouvée. S'il y a beaucoup de gens comme ça, il sera difficile de mettre au point des vaccins ou traitements qui guérissent réellement la maladie. Le but n'est pas d'avoir un microbicide qui marche, mais de traiter la maladie.»

L'annonce de la mise au point du microbicide, qui a diminué de moitié le risque d'infection chez les 900 Sud-Africaines ayant participé à l'étude dévoilée lundi, est le fait le plus marquant de la conférence jusqu'à maintenant, selon le Dr Wainberg.

La présentation du grand patron de la recherche sur le sida aux États-Unis, Anthony Faucy, portait justement sur les nouvelles cibles de prévention de l'infection. Le Dr Faucy a notamment souligné que de 10% à 45% des nouvelles infections proviennent d'une personne nouvellement infectée. Le virus est le plus virulent dans les mois suivant l'infection, avant que le système immunitaire ne devienne plus efficace pour lui résister. Le Dr Faucy a aussi cité une étude africaine montrant que le risque d'infection chez les couples hétérosexuels sérodiscordants était d'environ 0,12% par pénétration vaginale, ou une infection par 800 coïts.

Controverses

La prévention des infections bat son plein. Le Zimbabwe a annoncé un ambitieux objectif de circoncire 80% des hommes du pays - seulement 10 % le sont actuellement - grâce à un «travail à la chaîne» où chaque médecin circoncit 10 patients par heure. La circoncision réduit de 40% à 60% le risque d'infection. Un nouvel appareil malais de circoncision rapide, le Tara Klamp, soulève d'ailleurs la controverse en Afrique du Sud à cause d'un risque plus élevé d'infection, rapporte le site All Africa.

Ailleurs dans le continent, les autorités kényanes ont proposé un «mois national d'abstinence sexuelle» pour réduire les infections par les personnes nouvellement infectées.

Une autre controverse entoure toujours une déclaration de 2008 de la Commission suisse du sida, qui avait déclaré que les séropositifs dont les taux de virus étaient indétectables pouvaient être considérés comme non infectieux. Une étude montréalaise dévoilée à Vienne a montré que les spécialistes québécois du sida sont sceptiques devant cette prise de position. Même le Réseau mondial des personnes vivant avec le VIH (GNP+) se montre réservé face à cette perspective, indiquant dans un article d'All Africa que les couples sérodiscordants devraient continuer à porter un préservatif et donc à recourir à l'insémination artificielle pour concevoir un enfant.

Dans plusieurs pays africains, où l'insémination artificielle est hors de portée de la plupart des couples, des ONG considèrent qu'il est sécuritaire pour les couples sérodiscordants qui veulent avoir des enfants d'avoir des relations non protégées aux moments les plus fertiles du cycle menstruel, si la charge virale du conjoint séropositif est très faible.