The Hobbit est à l'affiche. En fait, il s'agit du premier volet d'une nouvelle trilogie de Peter Jackson qui, 10 ans plus tard, nous replonge dans la Terre du milieu, mais en visant cette fois un public plus jeune.

Marc-André Lussier LA PRESSE

Avec ce premier chapitre du «prequel» du Seigneur des Anneaux, injustement nommé «voyage inattendu» tellement rien ne ressemble davantage à un volet Tolkien qu'un autre volet Tolkien, on en prend pour au moins trois ans encore. Auquel il faudra ajouter les trois siècles de suppléments qui débouleront inévitablement lors de la sortie du long métrage sur toutes les autres plateformes. Apparemment, on présume que les admirateurs de ces séries-là n'ont pas de vie. Récemment, le vizir néo-zélandais n'était d'ailleurs pas peu fier d'annoncer que la version «intégrale» de cet Unexpected Journey, disponible en vidéo l'an prochain, sera encore plus longue. À 170 minutes déjà bien comptées au cadran, on croyait pourtant être repus et rassasiés. Comme ces frustes nains qui s'imposent dans la maison de Bilbo et dévorent en une soirée la ration annuelle d'une armée entière.

À défaut de la comprendre, on ne peut qu'être admiratif devant la dévotion que des millions de spectateurs portent à cette oeuvre.

Il y a toutefois aujourd'hui une telle surenchère sur le plan des avancées technologiques qu'une production ambitieuse de cette nature doit miser sur cet aspect pour se faire valoir. La forme de projection suscite d'ailleurs plus de commentaires sur les réseaux sociaux que la qualité intrinsèque de l'oeuvre. Non seulement The Hobbit est présenté en 3D, mais il a aussi été tourné en 48 images par seconde (plutôt qu'en 24 images par seconde, selon la méthode traditionnelle). Ne semblant pas trop vouloir prendre de risques, Warner propose d'ailleurs la version «48» dans quelques salles seulement. Jackson estime de son côté que cette double vitesse de défilement a un effet concret sur la fluidité des images et des mouvements.

En vérité, il faut au spectateur un bon moment avant de s'habituer. Cette nouvelle technique rehausse en effet le caractère déjà artificiel des images de synthèse. Ce qui veut dire que le spectateur aura parfois l'impression que le film est projeté en vidéo, sur un immense plasma 3D plutôt que sur un écran de cinéma. Jackson n'ayant visiblement pas encore satisfait sa fascination pour les sécrétions corporelles de toutes natures, la vision de certaines scènes se révèle, dans ces conditions, carrément dégoûtante. Il ne faudrait pas s'en étonner pour autant. Il suffit de rappeler que le cinéaste, aujourd'hui l'un des plus puissants du monde, a fait ses classes dans le cinéma gore. Son premier long métrage, Bad Taste (suavement rebaptisé Dans l'cul au Québec à l'époque), avait d'ailleurs marqué les esprits dans les années 80. En 24 images par seconde et en 2D, c'était déjà bien assez...

Si la tendance se maintient (bis)

Nous évoquions ici même la semaine dernière le lancement de la saison des récompenses, attribuées par différentes associations critiques et professionnelles. Zero Dark Thirty (Kathryn Bigelow), Lincoln (Steven Spielberg) et Amour (Michael Haneke) semblent se détacher nettement dès le départ. Une autre tendance est apparue de façon plutôt désolante au cours de la dernière semaine: le désamour envers The Master. Le premier crochet est venu de l'American Film Institute, une organisation respectée, qui n'a même pas cru bon d'inclure le (brillant) film de Paul Thomas Anderson dans sa liste des 10 meilleurs films américains de 2012. En cette année où, justement, nos collègues des États-Unis ont toute la misère du monde à trouver 10 productions «locales» dignes de figurer sur leurs listes, cet «oubli» est difficile à comprendre.

Le coup de grâce devait toutefois survenir deux jours plus tard. Les membres de la Screen Actors Guild, dont l'influence est beaucoup plus grande que celle des votants des Golden Globes, n'ont même pas daigné inscrire la performance de Joaquin Phoenix (The Master) parmi les cinq meilleures de l'année. Wow.

En clair, cela veut dire que les pairs de l'acteur n'ont pas estimé cet accomplissement digne d'une nomination. Vrai que The Master, malgré ses évidentes qualités artistiques, n'a pas obtenu la reconnaissance escomptée aux États-Unis. De surcroît, les déclarations intempestives de l'acteur dans une entrevue publiée par le magazine Interview, au cours de laquelle il s'était vertement affiché contre ce genre d'exercice, ont dû être interprétées par ses collègues comme une attaque.

«Je pense que c'est de la merde, avait-il alors dit. C'est de la merde en barre absolue. Et je ne veux pas y participer.»

Phoenix a bien entendu atténué ses propos depuis, mais le mal semble être fait. Cela dit, on peut quand même déplorer l'immaturité collective d'une association professionnelle qui devrait avant tout évaluer la qualité de la composition d'un acteur plutôt que ses humeurs. À cet égard, aucun comédien n'a offert cette année une performance aussi puissante que Joaquin Phoenix. Aucun. Nomination ou pas.