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Cannes: histoire de psychanalyse et d'amitié

Le réalisateur de Jimmy P. - Psychothérapie d'un... (Photo : Anne-Christine Poujoulat, AFP)

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Le réalisateur de Jimmy P. - Psychothérapie d'un Indien des Plaines, Arnaud Desplechin, en compagnie de l'actrice britannique Gina McKee.

Photo : Anne-Christine Poujoulat, AFP

Marc-André Lussier

Envoyé spécial

La Presse

(Cannes) Sur papier, Jimmy P. - Psychothérapie d'un Indien des Plaines est inspiré d'une histoire «vraie». Pour son septième long métrage de fiction, Arnaud Desplechin a en effet puisé de nombreux passages dans l'ouvrage fondateur que Georges Devereux a publié aux États-Unis en 1951.

Dans ce volumineux bouquin, on trouve notamment la description intégrale d'une psychanalyse que ce spécialiste dans l'étude des Indiens Mohaves a menée auprès d'un patient Indien Blackfoot, victime de différents troubles après avoir combattu dans l'armée en France. Cela dit, l'auteur cinéaste utilise cette situation de départ pour mettre de l'avant une histoire d'amitié et de solidarité humaine.

«Depuis que je l'ai découvert, ce livre m'accompagne dans ma vie, a déclaré Arnaud Desplechin au cours d'une conférence de presse tenue plus tôt aujourd'hui. Je ne l'ai pourtant même pas lu en entier ! Mais les descriptions de l'analyse sont si précises qu'elles prennent presque la forme de répliques dans une pièce de théâtre. J'en avais même déjà utilisé de petits bouts dans Rois et reine. D'ailleurs, je crois bien que Devereux est le seul à avoir publié la description d'une psychanalyse de cette façon. Je trouvais qu'il y avait là un beau sujet de film.»

Une approche différente

Tranchant nettement sur les films précédents de Desplechin, Jimmy P. - Psychothérapie d'un Indien des Plaines repose essentiellement sur la rencontre entre deux personnages. Atteint de différents symptômes dont la médecine a du mal à trouver la provenance, Jimmy Picard (Benicio del Toro), vétéran de la Seconde Guerre mondiale, est admis à l'hôpital militaire de Topeka, au Kansas, un établissement spécialisé dans les maladies du cerveau. On fait alors appel à un ethnologue et psychanalyste français, installé aux États-Unis, pour rencontrer le nouveau patient. Même s'il n'est pas accepté dans les «cercles officiels» de la psychiatrie, l'avis de Georges Devereux (Mathieu Amalric) se révèle pertinent, car ce dernier est reconnu comme spécialiste des cultures amérindiennes.

«Il s'agit de deux hommes qui ne sont pas pleinement Américains», explique le cinéaste. L'un est Indien et vient du Montana, l'autre de France. Ils se retrouvent à Topeka, au milieu de nulle part. En fait, c'est l'histoire de deux hommes qui deviennent américains.»

Aussi Desplechin n'a-t-il pas le sentiment d'avoir réalisé un film «américain». Même si on sent l'influence du cinéma mythique d'une autre époque - John Ford est son idole -, il reste que Jimmy P. reste très européen d'esprit.

«Comme disait Jean Renoir : «Rien ne ressemble plus à un cordonnier d'Inde qu'un cordonnier de Paris». Je ne me suis jamais dit que c'était mon premier film américain. Je devais faire ce film, et il ne pouvait se faire que là-bas.»

Interprétation sensible

Benicio del Toro, qui offre une composition sensible et sobre (un deuxième prix d'interprétation à Cannes, cinq ans après Che, est fort possible), a accepté la proposition sur la foi d'une rencontre avec Arnaud Desplechin.

«Je n'avais vu qu'un de ses films avant de le rencontrer, précise l'acteur. Il m'a parlé de son projet avec passion. Il m'a aussi offert le livre de Devereux. J'ai apprécié. J'en ai lu des passages bien sûr, mais en tant qu'acteur, je préfère quand même me fier au scénario pour construire un personnage. J'estime qu'un film doit exister par lui-même. C'est le scénario qui prime. Cela dit, c'est bien d'avoir aussi un ouvrage qui te permet d'approfondir ton travail.»

«Et puis, ajoute Mathieu Amalric, Arnaud ne voulait pas d'un biopic. Il avait envie de romanesque. De mon côté, j'ai commencé une analyse pour voir ce que c'était. On entre dans un monde d'aventures qui s'apparente à de la plongée sous-marine. Avec Arnaud, on fait ce qu'on veut de ces gens existants !

«Arnaud et moi, poursuit Amalric, c'est notre cinquième film ensemble. Ça fait peur. Comment peut-on se surprendre maintenant ? Hé ben il m'a demandé de parler en anglais avec un accent hongrois. Du coup, vous avez un os à ronger et ça vous occupe !»

Si les échanges entre le patient et le thérapeute semblent parfois répétitifs, il reste que Jimmy P. se démarque grâce à l'interprétation sensible des deux acteurs en présence, de même que par un humanisme profond. Dans un festival où les rapports humains sont souvent décrits de façon très dure, voilà une bien belle qualité.




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