(Los Angeles) Choyé dans une maison cossue de la Californie, rien ne destinait Buck à braver les conditions extrêmes du Yukon pendant la ruée vers l’or, à la fin des années 1890. L’épopée littéraire et cinématographique du chien, qui deviendra loup, a autant d’endurance que la redoutable bête, et se poursuit, 117 ans après la parution du récit The Call of the Wild, signé Jack London.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

« Il y a eu d’autres adaptations au cinéma, mais c’est la première fois que quiconque s’attaque à l’œuvre de Jack London en entier, du début à la fin », fait remarquer le réalisateur Chris Sanders, lors d’une entrevue accordée en prévision du lancement du long métrage intitulé, en français, L’appel de la forêt.

Issu du monde de l’animation, ayant coréalisé avec Dean DeBlois Lilo & Stitch (chez Disney) et How to Train your Dragon (chez Dreamworks), Chris Sanders réalise pour la première fois un long métrage avec des prises de vues réelles. Or, son expérience lui a servi, puisque le film est en fait hybride : la majeure partie des images ont été générées ou modifiées par ordinateur.

« Je savais que je pouvais accomplir la première moitié du défi, a-t-il indiqué. Le reste, je l’apprendrais. »

L’histoire de Buck met en lumière le grand rôle qu’ont joué les chiens pendant la ruée vers l’or et leurs dures conditions de vie. L’animal à la stature imposante, mélange de saint-bernard et de colley, attire l’attention d’un malfaiteur dans la vallée de Santa Clara, où il coule des jours heureux. Le voleur s’en empare. Projeté violemment dans une nouvelle vie sans merci, il connaît une succession de maîtres, dont le plus significatif sera sans contredit le prospecteur d’or John Thornton.

Harrison Ford a contribué à donner de la profondeur au personnage, unidimensionnel dans le récit original.

John Thornton n’avait pas vraiment d’histoire. Il a été créé pour donner de la complexité à l’histoire de Buck, qui raconte les effets qu’ont sur lui la nature et ses relations avec les humains. John Thornton n’existe que pour réhabiliter la vision des hommes dans les yeux du chien, qui a souffert et a été maltraité.

Harrison Ford, lors d’une table ronde en présence d’une dizaine de journalistes

L’aventurier est ainsi devenu un père éprouvé par la perte de son fils, qui s’est enfermé dans le silence et a préféré fuir, lorsque son mariage s’est écroulé, pour vivre en solitaire dans le Grand Nord canadien. Il réalise avec Buck ce qu’il aurait aimé faire avec son fils et perçoit l’attrait qu’exercent les loups sur lui.

« Call of the Wild a plus de 100 ans et n’a jamais cessé d’être publié », a souligné Harrison Ford. Pour adapter le récit pour le cinéma, il fallait faire certaines choses, a précisé l’acteur de 77 ans, qui a hâte de commencer « le plus tôt possible » la production du cinquième opus de la franchise Indiana Jones. Pas question, pour lui, de prendre sa retraite !

Comme les autres membres de la distribution, il s’est plié à une expérience inédite en travaillant avec un ancien artiste du Cirque du Soleil tout de gris vêtu, qui s’est littéralement glissé dans la peau de Buck, qui a été par la suite animé. Terry Notary, devenu un chorégraphe de mouvements respecté, l’a accompagné à quatre pattes. Le but ? Aider à diriger les regards et provoquer davantage de réactions qu’une balle de tennis au bout d’un bâton.

Regard contemporain

John Thornton n’est pas le seul personnage à avoir été revu avec un regard contemporain. Les deux employés du service postal du Canada, Perrault et François, qui ont été les premiers à intégrer Buck dans leur attelage de chiens de traîneau et ont parcouru des milliers de kilomètres pour livrer le courrier, sont devenus Perrault et Françoise. Cette dernière est une autochtone, interprétée par l’actrice ontarienne Cara Gee.

PHOTO FOURNIE PAR TWENTIETH CENTURY STUDIOS

Cara Gee et Omar Sy incarnent Françoise et Perrault, deux employés du service postal du Canada

J’ai voulu honorer la tradition des Amérindiens natifs du Yukon. J’avais une conseillère culturelle, dont la grand-mère a été musher dans les années 20. C’était important d’apporter cet élément dans le récit. L’histoire originale a été développée et a pris de l’expansion. Je suis fière de faire partie de sa progression.

Cara Gee, actrice ontarienne, elle-même de la nation ojibwée, lors d’une table ronde avec des journalistes

Omar Sy (Intouchables) interprète son conjoint jovial et plus insouciant qu’elle, Perrault. Dan Stevens (Beauty and the Beast) devient le proverbial méchant, Hal, mû par la haine. Les « Yeehats », qui attaquent le camp de John Thornton avec leurs flèches, à la fin du livre, ont été effacés du film.

L’équipe de tournage ne s’est jamais rendue dans le Yukon. Les scènes évoquant la nature sauvage du territoire canadien ont été tournées dans un ranch, en Californie. « Tout ce que les acteurs touchaient était réel, a toutefois expliqué Chris Sanders. Ils marchaient sur de la vraie neige, qu’on a fait venir par camion. La surface du lac artificiel dans lequel Françoise tombe était vraiment glissante. Les héros méconnus de ce film sont les animateurs de la compagnie québécoise MPC, qui ont créé les effets visuels. »

PHOTO FOURNIE PAR TWENTIETH CENTURY STUDIOS

Tout ce que les acteurs touchaient était réel ; la surface du lac artificiel dans lequel Françoise tombe était vraiment glissante.

Aucun animal n’a été blessé en faisant le film et Buck ne meurt pas à la fin, tient à préciser le réalisateur. « C’est une grande aventure où on voit Buck évoluer et affronter des obstacles tout en demeurant fidèle à lui-même. »

Le chien qui a servi de modèle aux animateurs a été déniché par hasard en cours de tournage par la femme du réalisateur, Jessica Steele-Sanders, qui faisait des recherches à titre personnel dans divers refuges pour animaux, en vue d’en adopter un. Du même mélange de races que Buck, il demeure maintenant avec eux. Son nom ? Buckley… Il leur était destiné !

The Call of the Wild (L’appel de la forêt) prend l’affiche vendredi.

Les frais de voyage de ce reportage ont été payés par Disney.