(Toronto) À l’instar de l’industrie de la télévision, dont des émissions peuvent être produites en respectant la distanciation sociale, certains secteurs du cinéma composent avec la pandémie pour créer, poursuivre ou réaliser des projets.

La Presse canadienne

Déjà, le développement et la rédaction d’un projet peuvent généralement se faire à distance de toute façon, et de nombreux compositeurs et producteurs de musique sont équipés pour travailler de chez eux, à peu près tout seuls. Mais pour tourner des images, avec des acteurs, c’est autre chose.

Mais certains cinéastes jouent d’astuce dans des étapes de production ou de postproduction qui se font généralement avec interactions physiques rapprochées. Non pas que ce soit facile. Le documentariste torontois Barry Avrich a ainsi travaillé à distance récemment pour mettre la touche finale à son nouveau film, Made You Look : A True Story About Fake Art, afin qu’il puisse être présenté le mois dernier en première mondiale à l’émission Hot Docs at Home sur CBC.

Le réalisateur a dû trouver comment faire la correction des couleurs, les éléments sonores et graphiques avec des équipes dispersées — ces étapes se font généralement dans une petite pièce, tout le monde autour d’une console. « Maintenant, ils m’envoient un lien, je le regarde, je leur envoie 50 ou 60 changements et notes, ils sont très frustrés parce que les notes et les changements continuent d’arriver, puis ils m’envoient un nouveau lien. Bref, ça prend beaucoup de temps, mais on n’a pas le choix. »

La Montréalaise Nathalie Bibeau termine également le montage de son documentaire The Walrus and the Whistleblower qui sera présenté dans le cadre du festival en ligne Hot Docs, le 28 mai à la CBC. Et elle termine un autre projet pour l’émission The Nature of Things du même réseau.

La documentariste a dû passer par trois monteurs différents, parce que « tout le monde a eu des moments difficiles différents » pendant la pandémie, et elle a travaillé dans un studio avec un mixeur de son, tout en maintenant la bonne distanciation physique. « Pour être honnête, je me considère chanceuse, parce que beaucoup de gens dans l’industrie disent qu’il y aura plein de films bloqués à cause de ça », estime Nathalie Bibeau.

John Christou, directeur des opérations du programme anglais de l’Office national du film du Canada, affirme que certains cinéastes cherchent également des moyens créatifs de faire des choses à la maison. « Un bon exemple serait d’essayer de réaliser un documentaire basé uniquement sur des images d’archives [...] ou un documentaire qui serait un mélange d’appels sur Zoom et de captures d’écran de médias sociaux à partir de son ordinateur », explique M. Christou, fondateur de Prospector Films, qui a récemment sorti le film zombie autochtone Blood Quantum.

Cinéma d’animation

Le cinéma d’animation est une autre forme cinématographique qui peut se poursuivre assez bien en pandémie, à certains égards, en particulier pour les projets d’auteur et indépendants — à condition que les contrats ne se soient pas taris et n’aient pas stoppé la production.

Michael Fukushima, chef de studio et producteur exécutif du Studio d’animation anglais de l’ONF à Montréal, affirme que plusieurs de ses collègues créateurs sont en phase de développement et que certains projets sont en postproduction. « Nous avons quelques cinéastes qui travaillent entièrement en numérique », explique M. Fukushima, en rappelant que les animateurs qui utilisent les logiciels numériques 2D et 3D sont largement autonomes pour travailler chez eux.

Mais tous les animateurs ne disposent pas d’ordinateurs portables suffisamment puissants pour effectuer un travail de production à distance. Et certains types d’animation, comme la technique « image par image », ne peuvent pas se réaliser sans accès à un studio, à des équipes et à certaines caméras. M. Fukushima prédit d’ailleurs que la pandémie entraînera une augmentation de l’utilisation de logiciels de synchronisation coûteux, qui permettent aux équipes de voir à distance sur quoi travaillent les autres.

CBC/Radio-Canada et le Conseil des arts du Canada ont récemment annoncé une nouvelle initiative de financement pour aider la communauté artistique du pays à orienter son travail vers un public en ligne pendant la pandémie.

Nathalie Bibeau prédit que le secteur du documentaire pourrait commencer à voir émerger de cette pandémie des « histoires extrêmement personnelles ».

« Comme une histoire sur votre maman ou sur vos enfants ou sur votre mari, parce que c’est ce à quoi nous avons accès en ce moment. »