Bonne nouvelle pour les studios de doublage et de surimpression vocale qui pourront reprendre du service à partir de lundi prochain. Une première relance, très partielle, dans l’industrie culturelle qui permettra à au moins 300 artistes, interprètes et directeurs de plateau de recommencer à travailler.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

La nouvelle a été annoncée par l’Union des artistes (UDA), qui discutait depuis plusieurs jours avec des représentants de l’Association nationale des doubleurs professionnels (ANDP) d’un retour au travail le 27 avril, dans le respect des consignes de la Direction de santé publique.

Le directeur général de l’UDA, Alexandre Curzi, a précisé qu’il faisait actuellement une tournée des studios concernés « afin de s’assurer que toutes les mesures nécessaires soient mises en place », en particulier les mesures de distanciation physique de deux mètres.

« Les acteurs sont en extase, dont moi qui ne gagne ma vie qu’avec ça depuis que je n’ai plus de série à la télé, s’est exclamé le comédien Jacques Lussier sur sa page Facebook. Vous me direz que ce n’est pas un service essentiel, mais le gouvernement pense autrement et quand vous n’aurez plus rien à la télé dans quelques mois ou moins, vous serez bien content, je crois. »

En entrevue avec La Presse, Alexandre Curzi s’est réjoui de voir que les studios qu’il a visités sont « beaucoup plus sécuritaires que [le fait] d’aller à l’épicerie ou au dépanneur ».

PHOTO FOURNIE PAR L’UNION DES ARTISTES

Alexandre Curzi, directeur général de l’Union des artistes

Dans son protocole de retour au travail, l’Association nationale des doubleurs professionnels (ANDP), qui regroupe 10 maisons de doublage, dont les studios MELS, Pixcom, Cinélume ou Difuze, s’est engagée à « limiter la présence en studio à un interprète à la fois », tout en excluant l’enregistrement des « séances d’ambiance ».

Les acteurs devront se laver les mains en entrant dans l’édifice et « apporter leurs propres écouteurs, crayons et bouteilles d’eau ». « Des articles de protection sanitaires (masques ou gants) pourraient être mis à disposition », a écrit le président de l’ANDP, Joey Galimi, dans le protocole d’entente.

« Chaque maison de doublage appliquera également des règles qui lui sont propres, spécifiquement adaptées à son environnement et son type d’activités, a-t-il ajouté. Par exemple, une désinfection rehaussée des lieux, nettoyage fréquent des poignées de porte, micros, lutrins, barres, etc. »

« Les convocations sont faites cette semaine pour que les artistes puissent travailler dès la semaine prochaine, a détaillé M. Galimi dans un court entretien avec La Presse. On parle d’au moins 300 artistes qui vont reprendre le travail de doublage de longs métrages, de séries, c’est une bonne nouvelle pour nous. »

PHOTO FOURNIE PAR L’ASSOCIATION NATIONALE DES DOUBLEURS PROFESSIONNELS

Joey Galimi, président de l’Association nationale des doubleurs professionnels

La présidente de l’UDA, Sophie Prégent, a confirmé que l’information a été envoyée à 1949 membres inscrits aux ententes ANDP comme comédiens ou directeurs de plateau, « qui ont travaillé sous cette entente-là au cours des deux dernières années ».

« Combien d’entre eux seront convoqués à partir de la semaine prochaine ? On ne le sait pas, a-t-elle dit. L’estimation de 300 artistes est probablement réaliste », a-t-elle confié, en précisant que ces activités ne représentaient que 6 % des revenus de ses membres.

C’est un marché extraordinaire, mais ce n’est pas là que nos membres gagnent le plus leur vie.

Sophie Prégent, présidente de l’UDA

M. Galimi a indiqué qu’au moins 5 ou 6 des 10 maisons de doublage allaient rouvrir la semaine prochaine à temps plein.

« MELS a toujours du travail, ils fournissent TVA en contenu, Difuze fait beaucoup de surimpression vocale, ils font aussi des longs métrages pour des plateformes numériques, donc tout va commencer à se remettre en place tranquillement. On pense qu’avec les mesures de précaution qu’on va mettre en place, ce sera sécuritaire. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

À compter de lundi prochain, les activités de doublage et de surimpression vocale vont reprendre dans les studios MELS, a-t-on appris mardi, ainsi que dans au moins cinq autres studios du même genre dans la métropole.

Des effets bénéfiques pour d’autres travailleurs

La reprise du doublage aura évidemment une incidence sur d’autres corps de métier, comme les détecteurs et les adaptateurs de doublage, qui écrivent les textes en français, et qui pourront recommencer eux aussi à travailler dans les prochaines semaines pour alimenter les acteurs.

L’UDA, qui dit avoir reçu un avis favorable du ministère de la Culture et des Communications du Québec, s’engage à « effectuer une vigie continue afin de s’assurer que ces mesures de santé et de sécurité soient respectées ».

Au cabinet du Ministère, on confirme avoir fait l’analyse de ce dossier et répondu favorablement. « Le gouvernement a établi que les studios de doublage se qualifiaient dans la liste des activités prioritaires, conformément aux directives de la Santé publique », a simplement indiqué une porte-parole du Ministère.

Sophie Prégent se doutait que le doublage et la surimpression de voix allaient redémarrer assez vite.

« On se doutait que le travail recommencerait par là, a-t-elle confié. On parle d’un studio où il y a une seule personne, avec un directeur de plateau, c’est un environnement très contrôlé, on n’est pas dans une dramatique.

« Je ne pense pas qu’on peut parler de reprise, parce qu’on ne peut toujours pas soustraire le mot promiscuité des plateaux de tournage ou des arts de la scène, mais pour le doublage, oui, c’est possible de le faire de façon sécuritaire. »