Yves est un « adulescent » accroché à son rêve perdu de faire carrière dans la Ligue nationale de hockey. Jean-Philippe est un adolescent allumé dont le projet de devenir agent de joueurs se concrétise un peu plus chaque jour. Deux trajectoires, un seul destin. C’est l’histoire de ce film de Vincent Biron, qui, en compagnie du comédien Justin Leyrolles-Bouchard, en discute avec La Presse.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

La plus belle surprise du film Les Barbares de La Malbaie, réalisé par Vincent Biron, réside chez cet adolescent qui, contrairement à (presque) tous les garçons de son âge, ne rêve pas d’être joueur de hockey. Il rêve d’être agent de joueurs.

Si, si, le Jean-Philippe en question (Justin Leyrolles-Bouchard), mieux connu sous le surnom de JP, connaît bien le monde des statistiques et a l’œil pour débusquer les talents sur glace. Et ce, même s’il ne sait pas patiner.

Le jeune homme a juste un obstacle sur son chemin : son encombrant cousin Yves (Philippe-Audrey Larrue St-Jacques), ancien espoir repêché par les Panthers de la Floride mais dont les frasques, sur la patinoire et hors de la patinoire, l’ont réduit à devenir l’as marqueur plus ou moins fiable des Barbares, équipe dont le calibre est, comment dire, modeste.

PHOTO FOURNIE PAR ENTRACT FILMS

Justin Leyrolles-Bouchard et Philippe-Audrey Larrue St-Jacques

Voilà un scénario (écrit par Éric K. Boulianne, Marc-Antoine Rioux et Alexandre Auger) qui a plu à Vincent Biron. « Je ne suis pas un grand fan de hockey, mais cette approche sert parfaitement de porte d’entrée pour les spectateurs qui, comme moi, ne sont pas des fans. On défie les conventions du film sportif », lance celui qui a beaucoup aimé le long métrage Moneyball, de Bennett Miller.

Idem chez Justin Leyrolles-Bouchard, qu’on a vu incarner Félix Leclerc dans Pieds nus dans l’aube, de Francis Leclerc. « C’est unique comme rôle, dit le jeune acteur. Jean-Philippe est un adolescent beaucoup plus mature que son binôme [Yves]. C’est cela qui m’a séduit. »

Les personnages se complètent. Ils sont opposés, mais forment une équipe. Dans la vie, on aurait vu le contraire avec le petit ado rebelle et l’adulte mature le rappelant à l’ordre.

Justin Leyrolles-Bouchard, qui incarne JP dans Les Barbares de La Malbaie

Lorsqu’on lui demande si son film est une histoire de trajectoires, Vincent Biron répond oui. « Il y a cette trajectoire de Jean-Philippe qui est montante, et celle d’Yves qui est descendante. Or, nous sommes tous arrivés à la croisée des chemins dans la vie et, parfois, nous avons pris le mauvais. Il faut alors apprendre à pardonner nos erreurs. Grandir en tant qu’être humain, c’est ça. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Très actif comme directeur photo, Vincent Biron aime bien aussi diriger les comédiens. Comme dans ce deuxième long métrage.

Mais ce n’est pas le cas d’Yves qui, chaque jour, se promet de se reprendre en main. Et qui, chaque jour, retombe dans les mêmes ornières. « Yves est perdu dans ses mauvais choix, dit Vincent Biron. Au lieu d’aller de l’avant, il ne fait que les ressasser. On est tous en danger de faire cela dans nos vies. »

Selon lui, le choix des deux acteurs principaux du film a été influencé par leur capacité à apporter des nuances aux personnages. « Philippe-Audrey avait une douceur qui m’a accroché, donne Vincent Biron en exemple. Sur papier, son personnage est sombre. Il a des problèmes de consommation. Il est égocentrique et autodestructeur. Comme nous étions dans une comédie dramatique, il me fallait quelqu’un capable d’avoir une douceur au fond de l’âme afin de rendre son personnage un peu sympathique. »

Road movie, coming of age

Dans l’histoire, JP et Yves prennent la route de La Malbaie pour se rendre dans un championnat de hockey à Thunder Bay. Leur route croisera celles de nombreux autres personnages dont les existences les forceront à regarder au fond d’eux-mêmes.

Or, ce road movie assumé aborde aussi le genre du passage à la maturité (coming of age), fait remarquer Justin Leyrolles-Bouchard.

« Plus JP avance dans son voyage, plus il se rend compte que son cousin Yves est un tout croche », résume le jeune comédien, qui franchira le cap des 16 ans la semaine prochaine. « Et JP finit par comprendre pourquoi Yves agit ainsi. Pour moi, ce scénario est une métaphore de la vie d’un ado qui grandit à mesure qu’il avance dans son périple. »

Vincent Biron évoque aussi la maturité. Mais pour une autre raison. Il a tourné Les Barbares de La Malbaie avec la même équipe de scénaristes que lors de son premier long métrage, Prank.

« Mon nouveau film marque une nouvelle étape, résume-t-il. À cause de Prank, on m’a connu comme le gars qui a fait la comédie avec le gros pénis [les protagonistes peignaient un pénis géant sur une affiche], mais j’ai toujours su que je pouvais faire quelque chose d’un peu plus touchant. »

Les Barbares de La Malbaie sortira en salle le 22 novembre.