Membres de la famille, amis et anciens collègues de travail du cinéaste et directeur photo Jean-Claude Labrecque ont rempli à pleine capacité la grande salle Norman-McLaren de la Cinémathèque québécoise plus tôt aujourd’hui pour rendre un dernier hommage à ce grand homme du cinéma décédé le 31 mai dernier.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Un hommage qui s’est fait autant en mots qu’en images et en musique. Si les moments d’émotion ont été nombreux, la cérémonie de près de deux heures a été plusieurs fois ponctuée de sourires et de rires. Et s’il y avait une constante à retenir des témoignages exprimés, c’était combien M. Labrecque a filmé le Québec, ses gens et ses régions avec amour, tendresse et une vision humaniste. Il a filmé À hauteur d’homme pour reprendre le titre de son documentaire sur Bernard Landry durant la campagne électorale québécoise de 2003.

Animée, à la demande des trois fils de M. Labrecque, par la comédienne Louise Portal, la cérémonie a vu défilé au micro de nombreux amis et admirateurs, de la productrice et ancienne dirigeante de la SODEC Monique Simard au rappeur Biz, du poète Raoul Duguay à la cinéaste Jennifer Allen, du directeur photo Michel La Veaux à la journaliste et chroniqueuse du quotidien Le Devoir Odile Tremblay.

C’est cette dernière qui a été la première à prendre la parole, connaissant Jean-Claude Labrecque depuis une trentaine d’années. « Il n’y avait pas à ses yeux de petites et de grandes histoires, a-t-elle indiqué. Juste une toile où chacun apportait son fil à tisser. »

Monique Simard a bien fait rire les participants en rappelant que Labrecque se fiait d’abord à son flair. « Jean-Claude, pour ceux qui ont déjà travaillé avec lui, n’écrivait pas beaucoup. Mais il voyait son film. Il l’avait dans sa tête. Il disait : Ça va commencer comme ça et finir comme ça. Et lorsqu’on lui demandait ce qu’il y aurait entre le début et la fin, il répondait : tu vas voir, ça va marcher ! »

Absent de la rencontre, la directeur général de la Cinémathèque québécoise, Marcel Jean, a fait lire un mot dans lequel il disait : « Jean-Claude Labrecque était un homme de cinéma mais aussi un homme de mémoire. Il était le complice tout désigné pour une cinémathèque comme la nôtre […] Nos collections sont remplies de ses images, de ses objets. Et le devoir que nous avons de les préserver et de les rendre accessibles dans la fidélité de son esprit est la plus belle des missions. »

Tour à tour, les comédiens Rémy Girard et Gilbert Sicotte, Nathalie Leclerc, fille de Félix à qui Labrecque a consacré un film et fondatrice de l’Espace Félix Leclerc à l’Île d’Orléans et quelques autres sont venus lui rendre hommage. Dans la salle, on a reconnu de nombreux frères et sœurs d’armes parmi lesquels Claude Fournier et Marie-Josée Raymond, Marcel Carrière, Benoit Pilon, Catherine Martin, Rock Demers, etc.

Francine Laurendeau, seconde épouse de M. Labrecque, n’était toutefois pas présente en raison d’importants ennuis de santé.

Louise Portal a chanté et fait chanter la foule entre deux présentations. Un trio mené par Philippe Brault a joué le thème central du court métrage documentaire 60 cycles, premier film de M. Labrecque à titre de réalisateur.

Cette cérémonie hors du commun s’est déroulée alors que le cendres du cinéaste avaient été déposées dans le magasin de pellicule 35 mm de sa caméra Caméflex avec laquelle il a tourné tous ses premiers films. L’objet était déposé sans autre artifice sur une table derrière laquelle était projeté une grande photo du défunt qui avait 80 ans.

La rencontre s’est terminée avec une autre touche d’humour. Tous ceux – et ils étaient nombreux-qui connaissaient bien Jean-Claude Labrecque savaient qu’il a été sa vie durant fidèle à un seul parfum, Pour un homme de Caron. Des petits flacons, acheminés de Paris, ont été distribués à la ronde dans une atmosphère bon enfant.