Téléfilm Canada a lancé hier un appel d’inscription pour la 92e cérémonie des Academy Awards, qui se tiendra le 9 février 2020. Or, les critères d’admissibilité ont été resserrés pour la sélection du long métrage qui aura l’honneur de représenter le pays aux Oscars dans la catégorie du meilleur film international (anciennement nommée meilleur film en langue étrangère).

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Ces changements, a-t-on précisé dans un avis à l’industrie envoyé jeudi, « ont pour but d’assurer que le comité de sélection porte son choix sur le film le plus solide dans cette catégorie où la concurrence est très forte ».

Pour être considéré par le comité de sélection pancanadien, un film devra, en plus de répondre aux critères de l’Académie des Oscars, avoir été présenté dans au moins l’un des treize festivals internationaux de cinéma admissibles : Berlin, Cannes, Sundance, Venise, Toronto, Busan, Karlovy Vary, Locarno, Rotterdam, San Sebastián, Telluride, South by Southwest et Tribeca. Si ce n’est pas le cas, il devra être représenté par un agent de ventes, un distributeur américain ou un agent de ventes international.

Un contexte très compétitif

L’an dernier, Chien de garde a créé la surprise en décrochant la prestigieuse candidature, devant les deux films considérés alors comme favoris : La chute de l’empire américain, de Denys Arcand, et Les affamés, de Robin Aubert. Or, l’excellent premier long métrage de Sophie Dupuis n’avait pas été lancé dans un grand festival et n’avait pas bénéficié non plus de l’appui d’un agent ni d’un distributeur américain ou international. Est-ce à dire qu’en vertu de ces critères plus serrés, Chien de garde aurait été disqualifié ?

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

La réalisatrice Sophie Dupuis (au centre) accompagnée de Christa Dickenson, directrice générale de Téléfilm Canada, et d'artisans de Chien de garde

En réponse aux questions de La Presse adressées par courriel, Francesca Accinelli, directrice de la promotion et des communications à Téléfilm Canada, indique que cette décision a été prise pour s’adapter au contexte de compétitivité très élevé régnant dans l’industrie sur le plan international. Ces nouveaux critères ont pour but d’augmenter les chances que les films canadiens « se rendent minimalement à la phase de nomination ». Rappelons qu’aucun film canadien n’a été finaliste depuis Rebelle de Kim Nguyen, en 2013.

La course aux Oscars est une lutte très compétitive et pour nous assurer de mettre le plus de chances du côté canadien, nous nous devons de nous assurer que les films proposés au jury pancanadien soient suffisamment outillés pour avoir des chances de se qualifier.

Francesca Accinelli, de Téléfilm Canada

Elle fait aussi valoir la pertinence de miser sur le travail de vente, de promotion et de marketing à Los Angeles pour promouvoir le film en vue de sa sélection par l’Académie. « Ce type de campagne représente un travail colossal et la concurrence mise de plus en plus sur cet aspect, ajoute-t-elle. Dans ce contexte changeant, la collaboration d’agents de vente expérimentés est requise pour maximiser les chances de réussite. »

Les films « champ gauche » écartés ?

Hélène Messier, présidente et directrice générale de l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM), déplore de son côté l’absence de consultation auprès des gens de l’industrie avant l’annonce de ces changements.

« Nous aurions aimé être consultés, car notre association représente quand même la majorité des producteurs, a-t-elle déclaré à La Presse. On risque maintenant d’échapper des films qui mériteraient d’être à tout le moins considérés. Quand on se donne la peine de former un jury, il me semble qu’il faudrait lui faire confiance et lui permettre d’évaluer tous les films sortis dans la période concernée. »

La présidente de l’AQPM regrette en outre l’aspect plus restrictif de ces critères d’admissibilité et demande leur suspension, du moins pour la prochaine année, afin d’en évaluer les conséquences.

« Qu’un film fasse l’objet de débats au sein d’un comité est très sain, fait-elle remarquer. Ce processus nous réserve aussi parfois des surprises et c’est tant mieux. » 

Empêcher un film plus “champ gauche” d’avoir sa chance, c’est regrettable. Tous n’ont pas la chance de passer par les grands festivals ou d’avoir des distributeurs internationaux.

Hélène Messier, de l’Association québécoise de la production médiatique

L’an dernier, le comité de sélection était formé de 24 délégués issus des principaux organismes gouvernementaux et associations de l’industrie cinématographique nationale. L’annonce du film qui représentera le Canada aux Oscars en 2020 dans la catégorie du meilleur film international aura lieu vers la mi-septembre.

Rappelons que pour être admissible dans cette catégorie, le long métrage qui aspire à succéder au film mexicain Roma doit d’abord avoir été tourné principalement dans une autre langue que l’anglais. Il doit aussi être exploité commercialement en salle pendant au moins une semaine sur le territoire national, entre le 1er octobre 2018 et le 30 septembre 2019.