On se souviendra de cette Virée classique comme de celle des rencontres inoubliables: Pressler, Dumay, Hewitt, Armstrong et bien d'autres. Véritable succès d'audience avec plus de 20 000 participants, c'est également une réussite sur le plan musical grâce à des concerts de très haute qualité.

Publié le 18 août 2013
CAROLINE RODGERS LA PRESSE

Selon ces chiffres, fournis par l'OSM, il y aurait donc eu quelque 5000 visiteurs de plus que l'an dernier. C'était visible. Où que l'on aille, on trouvait soit des curieux arrêtés là par hasard ou des mélomanes pressés de se rendre au prochain concert. La circulation était quand même fluide et l'humeur générale, joyeuse. Le seul irritant de la Virée fut le manque de temps pour se rendre d'une salle à l'autre aux concerts dont le début était programmé à une heure d'intervalle.

Les ateliers, conférences et démonstrations d'instrument gratuits à l'Espace culturel Georges-Émile-Lapalme ont attiré un flot continu de visiteurs toute la journée, donnant droit à des scènes tantôt cocasses, tantôt émouvantes. Ainsi, ce monsieur en fauteuil roulant redécouvrant le piano en jouant des petits morceaux appris il y a belle lurette.

D'autre part, la présence des Petits chanteurs du Mont-Royal était une bonne idée. Ils ont charmé les spectateurs de passage et créé une belle ambiance. Le volet jeunesse était aussi grandement amélioré par rapport à l'an dernier, où il n'y avait presque rien eu pour les enfants. Cette année, trois concerts s'adressaient plus spécialement à eux, dont deux furent présentés à guichets fermés.

Coups de coeurs et violon

Nous avions entrepris une tournée des violonistes en commençant par le récital de Hyeyoon Park. La jeune femme a démontré une précision et une technique remarquable, mais un jeu lisse qui pourrait laisser plus de place à l'émotion. À 21 ans, elle aura encore du temps pour se développer. La belle surprise de ce récital est plutôt venue de son accompagnateur, le talentueux Philippe Chiu, un pianiste peintre qui transforme chaque idée musicale en joli tableau de couleurs. Il accompagnait également Andrew Wan, violon solo de l'OSM, dans notre second récital de la journée.

Très impressionnant dans la Sonate en la majeur de Franck, M. Wan, que l'on a rarement l'occasion d'entendre en récital, est un artiste accompli sur tous les plans: technique, musicalité, sonorité, justesse, présence, personnalité et clarté du discours. Bien qu'il soit injuste de se livrer à des comparaisons entre des musiciens d'âges et de niveaux d'expérience différents, le fait d'en avoir entendu quatre en quelques heures (Park, Dumay, Wan et Da Costa) rend la chose inévitable. Malgré les qualités incontestables des autres prestations, ce récital d'Andrew Wan remporte la palme.

L'espace nous manque pour détailler la richesse des expériences vécues en si peu de temps. Mais s'il est une leçon à retenir, c'est que Montréal ne doit plus se passer de la Virée classique. En deux ans, ce concentré de talents, de belle musique et de rencontres marquantes est déjà devenu irremplaçable.

Trois moments inoubliables

Le plus émouvant: Menahem Pressler, 89 ans, dans la Sonate en si bémol majeur de Schubert. Malgré bien des fausses notes, des passages beaux à en pleurer.

La fusion intense: André Laplante, Augustin Dumay et Matt Haimovitz, renversants dans le Trio pour piano no 1 de Brahms.  

La rencontre géniale: Pressler et Kit Armstrong dans le Concerto pour deux pianos K. 365 de Mozart. Magique.