Mon Doux Saigneur sort de sa coquille avec Horizon, deuxième album qui a la fraîcheur d’un vent d’été. Nous avons discuté avec l’auteur-compositeur-interprète Emerik St-Cyr Labbé des petits plaisirs de la vie, de légèreté et de partage.

Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

Emerik St-Cyr Labbé parle beaucoup. La moindre question appelle une longue analyse et, en entrevue, c’est à peine s’il s’arrête pour reprendre son souffle. « J’aime philosopher », dit celui qui est la voix, l’âme et le cœur du projet Mon Doux Saigneur.

En chanson, Emerik St-Cyr Labbé réussit très bien à canaliser toutes les idées qui se bousculent dans son cerveau. Et Horizon arrive comme une bouffée d’air, deux ans et demi après un premier effort beaucoup plus triste, lancé après qu’il a atteint la finale des Francouvertes en 2016.

Extrait de Tempérance

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« J’ai fait une prise de conscience qu’il y a du beau dans la vie. J’ai eu mon lot d’émotions fortes dans le temps du premier album. Les choses sont allées vite après les Francouvertes, je suis devenu musicien vite, puis j’ai perdu mon père. J’ai réalisé après qu’il fallait juste être plus simple. Je me suis ouvert beaucoup, mais je ne me sens pas vulnérable. »

Dialogue

On sent ce lâcher-prise à travers une musique où l’air circule, « qui a le folk comme moteur » et qui a été créée avec un noyau de musiciens auxquels il a laissé beaucoup de place pour improviser.

« J’ai voulu qu’il y ait un dialogue », raconte le chanteur. Il explique que le disque s’est construit « comme une boule de neige », et a travaillé avec deux réalisateurs – Jesse McCormack et Tonio Morin-Vargas –, « des fous, des génies de technique pure ».

Extrait d’Horizon

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« Moi aussi, j’ai cette obsession, mais pas le langage tout le temps. J’ai fait un truc complet, qui se rapproche de ce que je veux entendre. »

Horizon est donc un album qui respire, « un disque de char », lance le chanteur.

J’ai envie que les gens en ressortent légers, qu’ils le mettent en se levant, qu’ils fassent danser leur bébé en l’écoutant.

Emerik St-Cyr Labbé

Il rêve ainsi que les gens se l’approprient, rappelant que la musique et la poésie ne sont pas qu’un produit. « Ce n’est pas que du divertissement. C’est une mini partie d’histoire, c’est pour ça que j’essaie que ça ne parle pas que de moi », dit Emerik Labbé St-Cyr, qui aimerait redonner le goût de faire de la musique aux jeunes.

« Ce n’est pas quétaine de jouer de la guit dans le salon, d’apprendre les tounes des autres. Je trouve ça cool, les jeux qui n’ont pas besoin d’internet. Et la musique, c’en est un bon. »

Liberté

Les chansons de Mon Doux Saigneur sont écrites dans une langue proche du langage parler – disons une coche au-dessus, dans une langue vernaculaire mise en forme par la poésie.

Extrait d’Aller

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« Pour que ça sonne familier sans l’être. Mais je me suis aussi donné des restrictions. Des fois, ça sort plus comme une chanson à répondre, des fois, c’est un wannabe rap. Je prends toutes sortes de chemins. »

Le résultat est une série d’instantanés qui forme un tout cohérent, comme s’il racontait une journée à travers l’album, explique-t-il.

C’est tout en même temps. C’est la jouissance de la vie dans le meilleur, l’amertume d’avoir le cœur brisé, le poids du monde tout d’un coup. C’est tous les petits problèmes, mais après vient une petite joie si simple de la vie et tellement salvatrice. C’est toute la palette des émotions, des couleurs, des textures.

Emerik St-Cyr Labbé

On pense souvent à Martin Léon en écoutant Mon Doux Saigneur. Pas tant parce que leurs univers musicaux se ressemblent, mais pour l’esprit éminemment libre qui s’en dégage. Awaye, par exemple, a certainement une parenté avec C’est ça qui est ça.

Extrait d’Awaye

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Emerik St-Cyr Labbé aime bien la comparaison, qu’on lui fait souvent. « Ça m’a étonné au départ parce que je l’ai découvert sur le tard. J’ai aimé ça, t’es tout le temps au chalet un peu, dans le salon en bas de laine, c’est sexy, mais en même temps c’est un peu tendu. Alors je suis content, c’est flatteur. »

Surtout que dans la lignée des Martin Léon, Fred Fortin et autres Avec pas d’casque, Mon Doux Saigneur est un genre de non-chanteur qui chante, qui mise plus sur l’intention que sur les prouesses vocales.

« Dylan, par exemple, ses chansons sont tellement habitées. Et même quand il chante le mieux possible, c’est un peu tout croche. Mais c’est fascinant comme on y prend goût. Au Québec, cette musique existe aussi, et ça m’a vraiment réconforté », dit celui qui estime qu’il n’y a pas plus grand bonheur que de chanter ensemble.

« C’est total, c’est complet. Quand j’étais dans la chorale au primaire, même si je ne chantais pas fort fort, ce que j’aimais, c’était de sentir l’harmonie, littéralement. Il n’y a aucun doute à ce moment-là que tout le monde est à la même place. »

Communion

Mon Doux Saigneur s’apprête à partir en tournée, a hâte de recommencer à parcourir le Québec dans tous ses recoins et espère que les jeunes et moins jeunes seront au rendez-vous pour continuer à vivre ces moments de communion.

« J’espère que les salles seront réceptives, que les gens se souviendront. Qu’ils se diront “ah oui, à ce moment, on était tous ensemble et on s’est serré la pince”. C’est ce qui me drive. »

Et deux albums plus tard, il vit toujours très bien avec le nom de Mon Doux Saigneur, espèce de « grand tout hyper personnel et super collectif ». Et il assume toujours le nom.

« Oui, j’aime la curiosité que ça provoque. C’est un peu déroutant, un peu bizarre, et j’aime ça bizarre, des fois. Il y a du mystère, on ne sait pas trop, ça peut être quelque chose d’humoristique, du rap, du metal… Et puis cette expression, je la trouve cocasse. C’est comme tabarouette. J’aurais pu appeler mon band Tabarouette… tu vois, ça marche pas ! »

Horizon de Mon Doux Saigneur

Chanson
Horizon
Mon Doux Saigneur
Grosse Boîte