Si des enfants se déguisent en Frida Kahlo à l’Halloween, c’est grâce à Sophie Faucher et à Cara Carmina. Ensemble, elles ont signé Frida, c’est moi, et Moi, c’est Frida Kahlo, des albums jeunesse vendus à 11 500 exemplaires. Un troisième livre complètement fictif, Frida, la reine des couleurs, est en librairie dès mercredi.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Entrevue en cinq gorgées de tequila, prises chez Tacos Frida, dans le quartier Saint-Henri de Montréal (où on n’offre que des commandes à emporter pour le moment).

1) « Je t’écrirai toujours avec mes yeux. »

IMAGE FOURNIE PAR ÉDITO JEUNESSE

Frida c’est moi, paru chez Édito jeunesse, a aussi été publié en France, en Corée et en Italie.

Après deux albums pour enfants inspirés de la vie de la peintre mexicaine, Sophie Faucher ne comptait pas remettre ça. « Il restait la fin de la vie de Frida, qui est très pénible : elle s’est fait amputer une jambe, raconte la comédienne et autrice. Je n’allais quand même pas traumatiser les enfants… » Un jour, Sophie Faucher est tombée sur une formidable phrase de Frida : « Je t’écrirai toujours avec mes yeux. »

« L’inspiración, dit-elle en espagnol, est venue avec cette phrase. Cette fois, c’est l’histoire de Tonito, un petit garçon qui ne voit pas les couleurs. Pourquoi ? Est-ce qu’il est daltonien ? Est-ce qu’il ne s’arrête pas pour les voir ? Est-ce qu’il est trop triste ? C’est un enfant unique, qui a une maman malade et ce qu’on appelle une vie drabe. Frida ne peut pas concevoir ça, un monde sans couleurs. »

2) Observer et dessiner

  • Cara Carmina fait des esquisses à la mine…

    PHOTO FOURNIE PAR CARA CARMINA

    Cara Carmina fait des esquisses à la mine…

  • … avant de repasser à l’encre noire.

    PHOTO FOURNIE PAR CARA CARMINA

    … avant de repasser à l’encre noire.

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Pour Sophie Faucher, savoir regarder est essentiel. « Petite fille, j’ai eu la chance d’avoir une maman qui me disait : “Vous avez vu le champ de houblon ? C’est beau, regardez !” L’œil est un sens qui s’aiguise, qui se travaille, alors qu’il y a des gens qui ne voient rien dans la vie. »

Frida, la reine des couleurs, donne envie de sortir papier et crayons pour dessiner. Une activité artistique qu’aucune pandémie ne peut nous empêcher de pratiquer. « J’ai passé l’été à faire les dessins, dit Cara Carmina, l’illustratrice d’origine mexicaine qui a créé la petite Frida aux yeux étoilés. Ça m’a fait du bien d’avoir quelque chose de joli à faire, de coloré. »

3) Visiter Coyoacán

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Cara Carmina, devant une œuvre murale d’Elisa Rank consacrée à Frida Kahlo, au restaurant Tacos Frida de Montréal

Pour réaliser ses œuvres, Cara Carmina s’est remémoré Coyoacán, le quartier de Mexico à l’architecture coloniale où vivait Frida Kahlo. « J’ai grandi très près de ce quartier, précise-t-elle. Quand j’allais à l’université, j’ai passé des soirées à lire dans le jardin de la maison de Frida. À l’époque, elle était moins connue : tu pouvais entrer, prendre un café, marcher dans la maison. C’était une de mes places favorites. Aujourd’hui, c’est la folie, il faut acheter des billets en ligne, sinon c’est impossible d’y aller. »

4) Flamboyant jacaranda

IMAGE FOURNIE PAR ÉDITO JEUNESSE

Extrait de Frida, la reine des couleurs, texte de Sophie Faucher, illustrations de Cara Carmina, éditions Édito jeunesse

La complicité entre les deux artistes, qui travaillent en se renvoyant la balle, est évidente. Sophie Faucher avait imaginé un conifère — plus précisément un araucaria — dans le livre. « Il y a un très, très beau poème de Carlos Pellicer [un poète mexicain] qui compare Frida à un araucaria chantant », explique l’autrice. Cara Carmina lui a plutôt parlé du jacaranda, un arbre à la floraison spectaculaire, magnifique dans Frida, la reine des couleurs.

« Au printemps, si tu arrives en avion à Mexico, tu vois que toute la ville est mauve, témoigne Cara Carmina. C’est plein, plein de jacarandas en fleurs, partout. »

5) Partager la lumière

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

« On a plus que jamais besoin de la couleur et de la lumière dans nos vies », dit Sophie Faucher, qui présente le spectacle Frida Kahlo Correspondance hors des zones rouges.

Autant de beauté, ça tombe à point dans cette deuxième vague de coronavirus, qui n’épargne pas le Mexique. « On a plus que jamais besoin de la couleur et de la lumière dans nos vies, acquiesce Sophie Faucher. Quand j’entends que le Jardin botanique est fermé ! Où va-t-on prendre du répit ?, s’interroge-t-elle. Je suis une femme en colère, qui dit : “Ce n’est pas vrai, on ne m’aura pas.” On va apporter de la fantaisie, de la couleur et de la lumière aux gens. »

Pour Frida Kahlo, qui a connu la douleur et le confinement (la polio et un grave accident l’ont forcée à rester souvent alitée), l’art a été une évasion, une raison de vivre. « Ç’a été son salut, souligne Sophie Faucher. Baudelaire a écrit : “Il portait dans les yeux la force de son cœur.” Ça aussi, ça m’a inspirée. C’est ce que Frida porte dans ses yeux. »

IMAGE FOURNIE PAR ÉDITO JEUNESSE

Frida, la reine des couleurs, texte de Sophie Faucher, illustrations de Cara Carmina, éditions Édito jeunesse

Frida, la reine des couleurs. Texte de Sophie Faucher. Illustrations de Cara Carmina. Éditions Édito jeunesse. Dès 4 ans.

> Pour écouter Frida, c’est moi

> Pour écouter Moi, c’est Frida Kahlo

> Plus d’infos sur le spectacle Frida Kahlo Correspondance