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Alexandre Landry, l'art de se transformer

Alexandre Landry ne croit pas au talent, mais... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE)

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Alexandre Landry ne croit pas au talent, mais au travail. Il met d'ailleurs beaucoup de temps à se préparer pour un rôle.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

La première fois que j'ai vu Alexandre Landry, il avait les cheveux jusqu'aux épaules, une dégaine d'urbain métrosexuel et incarnait le jeune dandy gai et endeuillé de la pièce Tom à la ferme de Michel Marc Bouchard. La deuxième fois que j'ai vu Alexandre Landry, c'était au cinéma, mais je ne l'ai pas reconnu. Pendant toute la durée du film Gabrielle, où il joue le rôle de Martin, l'amoureux de Gabrielle, je n'ai pas vu un acteur: j'ai vu un déficient intellectuel jouant son propre rôle.

Ces temps-ci, c'est très à la mode d'embaucher des acteurs non professionnels au cinéma, au théâtre ou même en danse. Et d'autant plus que ces non-acteurs remportent parfois des prix. Le dernier en lice est un Rom ramasseur de tôle qui a remporté l'Ours d'argent du meilleur acteur à la dernière Berlinale.

Même bien mérités, ces prix sont toujours un peu dérangeants dans la mesure où ils semblent dire que n'importe qui, le moindrement bien dirigé, peut être acteur et que ce métier, en fin de compte, n'en est pas un.

Mais les transformations physiques et parfois psychiques de certains acteurs à la recherche d'authenticité disent le contraire: être acteur, c'est un métier qui implique énormément de préparation et de travail et qui exige un penchant pour la mue et la métamorphose.

Alexandre Landry en est la preuve: après avoir incarné un jeune dandy gai et un déficient intellectuel, il a perdu 15 lb et s'est métamorphosé en toxico du crack pour le réalisateur Rodrigue Jean.

Je retrouve Alexandre Landry à l'agence qui le représente. Grand, mince, le regard bleu ardent, un sourire radieux accroché aux lèvres, il traîne encore un peu du Martin de Gabrielle en lui. Il vient à peine de revenir d'une tournée en France, qui l'a conduit de Namur, où il a remporté un prix spécial avec Gabrielle Marion Rivard, puis à Angoulême, où on lui a décerné le prix du meilleur acteur.

Pourtant, il me lance d'entrée de jeu: «Je ne crois pas au talent, je crois au travail.»

La phrase est lourde de sens. Je lui demande de préciser: es-tu en train de me dire que tu n'as pas de talent, mais que tu compenses en bûchant comme un forcené?

Du temps et du travail

Alexandre Landry sourit: «Je ne considère pas être le meilleur acteur au monde, mais je mets beaucoup de temps et de travail dans un rôle. Pourquoi? Parce que je suis dyslexique. Apprendre un texte pour moi, ce n'était pas évident. En secondaire 4, ça m'humiliait tellement de ne pas pouvoir lire comme les autres que j'ai commencé à apprendre par coeur les passages que je devais lire à voix haute et ça a marché. Personne ne s'en est rendu compte.»

Le par coeur est un exemple parmi tant d'autres de la détermination de ce jeune acteur de 27 ans, né à Saint-Étienne-des-Grès, un petit village près de Trois-Rivières.

Issu d'un milieu rural, Alexandre a grandi entre une mère qui tenait une garderie en milieu familial et un père bûcheron et camionneur. Aucun artiste dans la famille. Aucun contact dans le milieu et pourtant, Alexandre a été accepté dès sa première audition à l'École nationale. Il s'était préparé, bien entendu, mais pas qu'au plan dramatique.

Discipline militaire

Pour être en mesure de payer ses études et son appartement à Montréal, il s'est enrôlé dans l'armée. Il a fait son camp de recrues à Borden, en Ontario, en 2004, avant de devenir réserviste pour la marine. Il l'est encore à ce jour, mais il n'aime pas en parler. C'est un sujet qui le gêne. Il est un acteur, pas un militaire. Il ne veut pas faire de pub à l'armée.

Il concède toutefois qu'il a puisé dans les forces armées une discipline et une endurance qui ont bien servi son métier. Depuis, il s'entraîne en boxe, en jujitsu, en arts martiaux et même en combats ultimes, au club d'Ali Nestor, à Montréal-Nord.

Nous sommes subitement très loin de l'univers naïf et lumineux de Gabrielle, l'histoire d'amour entre deux jeunes déficients. Alexandre y revient en racontant qu'il n'a pas obtenu le rôle tout de suite. Une première étape a été franchie quand la réalisatrice Louise Archambault a montré la vidéo de l'audition de l'acteur à son entourage. Certains ont cru qu'Alexandre était un vrai déficient intellectuel. Ce fut un premier bon point pour lui.

La rencontre avec Gabrielle Marion Rivard et la chimie immédiate entre les deux a fait le reste.

«Moi, dit Alexandre, je ne fais pas ce métier pour être connu ni pour devenir une vedette. Je le fais pour aller à la rencontre des autres et comprendre leur univers. Et à cet égard, avec Gabrielle, j'ai été choyé. Gabrielle pose sur la vie un regard tellement beau, simple, naïf. Son émerveillement est contagieux.

«À Paris, on s'est retrouvés dans un salon de thé près de la tour Eiffel. Un air d'opéra jouait et Gabrielle était tellement émerveillée et émue qu'elle s'est mise à pleurer à chaudes larmes. Les yeux de tout le monde se sont gorgés d'eau. Il y a eu un moment de silence et la distributrice du film a dit: «On ne va quand même pas tous se mettre à pleurer.» C'était un beau moment. J'en ai vécu beaucoup avec Gabrielle, qui est comme une petite soeur.»

Gabrielle Marion Rivard, on le sait, n'est pas une actrice, mais une jeune fille avec une oreille absolue qui vit avec le syndrome de William. Sa présence et son naturel enjoué sont en grande partie responsables des succès du film.

Pourtant, on ne peut s'empêcher de penser qu'un jour, après la fin des festivals et des tapis rouges, Alexandre continuera sa vie d'acteur tandis que Gabrielle retournera dans l'ombre.

«Il n'y a rien de triste à cela, dit Alexandre. Gabrielle n'a pas d'attentes face au métier et elle angoisse pas mal moins que la majorité des acteurs qui se demandent quand viendra leur prochain rôle.»

Alexandre n'angoisse pas trop lui non plus. Il répète qu'être acteur pour lui était un but et non une finalité. Il a lancé récemment le site #changer le monde, qui vise à modifier la mentalité des réseaux sociaux et à les rendre moins égocentriques. Il s'intéresse beaucoup aux plantes et aux projets d'agriculture urbaine comme les Fermes Lufa. Il rêve d'avoir un jour une ferme hydroponique.

En attendant, il continue de pratiquer son métier avec passion. Pour les rôles qu'on lui offre, mais surtout pour le plaisir de changer de vie chaque fois qu'il change de personnage.

Les quatre règles d'Alexandre

> Aller à la rencontre des autres.

> Croire en ses idéaux.

> Savoir se relever quand on tombe.

> Aimer sans compter, sans calculs ni attentes.




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