Le peintre saguenéen René Gagnon est décédé, ce samedi, dans sa maison de L’Anse-de-Roche, au bord de son fjord tant chéri, des suites d’un cancer. Âgé de 93 ans, l’artiste était renommé pour ses toiles lumineuses, énergiques et apaisantes décrivant la beauté laurentienne.

Publié le 22 janvier
Éric Clément
Éric Clément La Presse

« René avait ressenti des maux à l’estomac, juste avant la période des Fêtes, explique l’agent de l’artiste, Marc Durand. Il a ensuite été mis sous morphine, avant d’être admis à l’hôpital de Chicoutimi pour y être opéré. Mais ils ont découvert que le cancer n’était pas bénin. Il a alors appris qu’il était en fin de vie. Sa femme, Claire-Hélène Hovington, l’a sorti de l’hôpital, car il était hors de question qu’il y décède. Il a été installé chez lui, dans un lit médicalisé près de la baie vitrée pour qu’il puisse regarder le Saguenay. Il est mort à 6 h, ce samedi, entouré par ses proches, regardant son Saguenay. »

PHOTO ANDRE PICHETTE, LA PRESSE

René Gagnon et son agent Marc Durand en 2015.

Passionné par le paysage laurentien, René Gagnon adorait peindre au couteau, dans le silence de la nature. Le couteau lui rappelait la main et lui permettait de jouer presque charnellement avec la matière, une jouissance pour lui. Tout en trouvant les couleurs qui convenaient à son humeur et bien sûr, au paysage. Avec des rendus bucoliques, des scènes à l’aspect imperturbable, inoffensif et tranquille.

« C’est la magie qui opère, disait-il à La Presse, en 2015. Je tourne autour de mon tableau et je peins parfois à l’envers, ce qui donne des dessins parfois plus intéressants au niveau des structures. »

Il peignait des épinettes solitaires, des ciels déchirés, irradiés, des vues côtières, des lacs semblant inanimés, des aurores boréales et bien sûr nos hivers. Avec des toiles où la neige est partout, des blancs « vrais », des impressions de froid intense ou humide.

Quelques toiles de René Gagnon

  • PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

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  • PHOTO ANDRE PICHETTE, LA PRESSE

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Avec ses cheveux et ses sourcils en broussaille, ses mains de trappeur et son visage buriné de gars qui avait vu neiger, René Gagnon était fort en amitié, talentueux et travailleur. Dans sa jeunesse, il avait fréquenté les plus grands de l’époque. Ozias Leduc, Riopelle, Cosgrove, Pellan et Marc-Aurèle Fortin, qui a changé le cours de sa vie.

« C’est Marc-Aurèle, quand il venait peindre près de notre ferme, l’été, qui m’a le plus influencé, nous avait-il raconté. Par son intelligence, sa façon de voir l’espace et les harmonies, par sa lumière. C’était un peintre de génie. Pour moi, c’est le plus grand. Pour une immense aquarelle, il demandait 2,50 $ à l’époque ! Mon père n’avait pas d’argent pour l’acheter. C’est ce qui m’a donné le goût de peindre et de devenir artiste. »

Les obligations familiales ont amené le jeune René Gagnon à travailler en usine, notamment chez Alcan, tout en poursuivant son apprentissage de la peinture. Son oncle René Bergeron était marchand d’art, mais cela ne lui a pas facilité les choses. Au contraire. Avec sa démarche non conformiste et un ego « supérieur à la moyenne », il n’a pas obtenu, en début de carrière, la considération du milieu de l’art qu’il espérait.

Il est tout de même parvenu à exposer à New York dans les années 60 puis à Paris dans les années 70. Mais, chaque fois, il est revenu auprès de ses cinq enfants et de sa forêt boréale. « Pour retrouver les excursions à pied ou à motoneige afin d’aller peindre en solitaire en pleine nature, disait-il. J’ai commencé à parcourir le Nord à pied et en canot et je me suis installé à L’Anse-de-Roche, que René Richard avait découvert et où Marc-Aurèle a peint. C’est quand même un des plus beaux espaces au monde, reconnu par l’UNESCO ! »

PHOTO JEANNOT LÉVESQUE, LA PRESSE

La vue du fjord, depuis la maison de René Gagnon et de sa conjointe.

Le fait de n’avoir appartenu à aucune école ne l’a pas empêché de se tailler une place honorable. Dans les années 90, il a fait une tournée asiatique, exposant à Manille, Hong Kong, Taïwan et Kuala Lumpur. Il a séjourné plusieurs mois en Malaisie à l’invitation officielle du pays.

Sa galerie montréalaise a présenté quelques-unes des toiles réalisées lors d’un séjour dans le sud du Maroc, en 2004. Son style et son intériorité se prêtaient bien au désert. René Gagnon était un artiste de l’apaisement avec des œuvres reposantes. « Elles dégagent cet instant de réflexion, de concentration, cette quête de composition qui se manifestent dans le silence de la nature ou de l’atelier, écrivions-nous en 2015. Elles dévoilent, en tout cas, un artiste dévoué à son pays de couleurs, d’odeurs, de vigueurs et d’harmonies. »

« René, c’était aussi une force de la nature, ajoute Marc Durand. Il n’arrêtait jamais. L’été dernier, à 93 ans, il a créé un petit lac sur son domaine pour que les gens en chaise roulante puissent venir y pêcher la truite. Il avait toujours des projets. Il a peint jusqu’à la fin. Fin novembre, on avait présenté Peintures de pandémie à la galerie. Quinze nouveaux tableaux peints depuis début 2020. Paul Desmarais, le père, aimait beaucoup les œuvres de René Gagnon. Il y en avait dans la maison de la famille Desmarais. »

  • René Gagnon sur sa motoneige, il y a trois ans.

    PHOTO JEANNOT LÉVESQUE, LA PRESSE

    René Gagnon sur sa motoneige, il y a trois ans.

  • Le peintre et sa conjointe Claire-Hélène Hovington.

    PHOTO ANDRE PICHETTE, LA PRESSE

    Le peintre et sa conjointe Claire-Hélène Hovington.

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