(Granby) La murale signée Alfred Pellan, mise aux enchères par la Ville de Granby, sera officiellement vendue ce samedi 13 mars. L’œuvre est actuellement affichée sur la plateforme en ligne de la firme montréalaise Iegor. Les mises sont déjà acceptées et l’œuvre susciterait un certain intérêt des acheteurs.

Ugo Giguère, Initiative de journalisme local
La Presse Canadienne

La valeur de la mosaïque de céramique, conçue en 1958 par le célèbre peintre québécois Alfred Pellan, est estimée entre 15 000 $ et 20 000 $ sur la plateforme Iegor Live. En fin d’après-midi, lundi, on pouvait soumettre une mise minimale de 10 000 $ sur l’œuvre identifiée par le numéro de lot 44B.

Toujours selon la plateforme Iegor, l’œuvre de Pellan est inscrite parmi un ensemble de 241 lots qui seront écoulés à compter de 11 h, samedi matin. Parmi les pièces à vendre, on retrouve notamment des tableaux de Riopelle, Ferron, Fortin et Cosgrove, une voiture de marque Rolls-Royce et divers bijoux de luxe.

En raison des consignes sanitaires liées à la pandémie, la vente ne peut pas s’effectuer en personne. Les acheteurs intéressés peuvent transmettre leur mise en ligne sur diverses plateformes au Québec, aux États-Unis ou en France, entre autres. Des mises peuvent aussi être formulées par téléphone.

« On fait ça “ live ”. On accumule les demandes, les gens se mettent en ligne, ils nous donnent des ordres par téléphone ou des mises en prévente que l’on applique pour eux », décrit la présidente de la firme Martine de Saint-Hippolyte.

En entrevue à La Presse Canadienne, elle confirme que des acheteurs potentiels ont déjà manifesté leur intérêt pour la murale de Pellan. « Jusqu’à combien ils vont miser ? Est-ce qu’ils vont l’acheter ? Je ne sais pas, mais il y a des gens qui ont pris des renseignements, des rapports de condition de l’œuvre », assure Mme de Saint-Hippolyte.

À son avis, les coûts élevés associés au démontage de l’œuvre ne seraient pas un obstacle à la vente. « C’est juste une question d’argent ! », s’exclame-t-elle en qualifiant l’opération de « relativement pas cher » dans les circonstances.

Trop cher pour Granby

La mosaïque de « carreaux de céramique avec glaçure », qui représente St-Patrick, orne la façade d’un immeuble qui accueillait à l’origine l’école primaire St-Patrick, où étaient scolarisés les enfants de la communauté irlandaise granbyenne. Ce bâtiment abrite aujourd’hui les bureaux de la MRC de la Haute-Yamaska, mais il doit être démoli au printemps.

Selon un rapport d’expertise commandé par la Ville de Granby et rédigé par la restauratrice Myriam Lavoie, du Centre de conservation du Québec, les coûts sont estimés à 56 095 $ pour le prélèvement de l’œuvre. Une somme à laquelle il faudrait ajouter, selon elle, entre 50 000 $ et 65 000 $ pour sa restauration. Selon d’autres experts consultés par la municipalité, la valeur de l’œuvre de deux mètres sur trois mètres serait estimée entre 50 000 $ et 80 000 $.

De nombreuses voix se sont élevées parmi la population granbyenne pour dénoncer la décision du conseil municipal de se départir de l’œuvre. Des groupes de citoyens, des acteurs du milieu culturel et la Société d’histoire de la Haute-Yamaska (SHHY) ont décrié ce choix.

À l’origine, le plan était de conserver l’œuvre, mais la facture a refroidi les élus qui ont préféré sa mise en vente.

Dans une précédente entrevue, la directrice générale de la SHHY, Cecilia Capocchi, a soutenu qu’il s’agissait d’une perte de bien patrimonial pour la communauté.

Le président du conseil de l’organisme, Maxime Gilbert, avait proposé dans une lettre adressée aux élus municipaux d’entreposer l’œuvre et de réfléchir à un moyen de la mettre en valeur.

Il plaidait que « la précipitation serait bien mauvaise conseillère » et rappelait aux élus que la communauté regrette encore aujourd’hui la destruction d’autres éléments de valeur patrimoniale dans le passé.