Avec cinq mois de retard, l’exposition consacrée à Geneviève Cadieux à l’espace 1700 La Poste s’ouvre vendredi, donnant à voir des œuvres qui tissent des liens intimes entre portrait et paysage. L’approche est délicate, et les œuvres sont monumentales.

Alexandre Vigneault
Alexandre Vigneault La Presse

Ce n’est pas une rétrospective du travail de Geneviève Cadieux que propose la galerie 1700 La Poste, mais pas non plus une exposition seulement axée sur des créations récentes. Il s’agit plutôt d’un regard posé sur le travail de l’artiste à travers une majorité d’œuvres récentes – Firmament, l’une des pièces maîtresses, a été achevée en mars – et de quelques autres qui datent du début des années 1990.

Les installations photographiques choisies abordent « le corps humain comme un paysage et s’intéressent à celui-ci dans la perspective du portrait », résume la galerie. En photographiant et en transformant un arbre rencontré dans le désert ou en revisitant un portrait de sa mère, l’artiste montréalaise enlumine surtout ces lieux et ces corps que traverse la vie, évoque ce qui passe et ce qui reste, tout en explorant la nature même de son geste créateur.

Son sujet principal, ici, c’est cet arbre à la présence forte : tronc noueux, branches dénudées, figure tordue qui se détache sur un paysage désertique de la région de Santa Fe, au Nouveau-Mexique.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Arbre seul (le jour) est l’une des trois installations photographiques mettant en valeur un arbre photographié dans le désert du Nouveau-Mexique et enluminé par l’artiste.

C’est cet arbre-là qui s’est détaché de tout ce que j’avais fait [comme photos] au cours de cette semaine-là. Je me rappelle très bien : c’est un peu comme une rencontre entre le sujet et le photographe. Pour moi, c’est un portrait.

Geneviève Cadieux

Cet arbre, elle le montre sous trois visages différents dans l’exposition : de jour (sous une lumière crue qui blanchit tout), de nuit (comme radiographié) et à l’aube (interprétation poétique à partir du négatif). Ceux qui suivent pas à pas Geneviève Cadieux les ont peut-être déjà vus à la Galerie René Blouin, où ils étaient présentés au sol, de manière plus « sculpturale », selon l’artiste.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

L’arbre de nuit comme radiographié

« C’est complètement une autre expérience esthétique que de les voir dans l’espace de La Poste », se réjouit l’artiste, qui avait conçu ces œuvres monumentales pour être au mur. Il est fascinant de s’en approcher pour apprécier les transformations opérées sur les images par l’artiste qui a enluminé ses œuvres de reflets argent et or. Elle a notamment ajouté des nervures au tronc et aux branches de son Arbre seul (la nuit), évoquant à la fois les « lignes de vie » qui permettent de lire l’âge des arbres et aussi une autre technique artistique, la gravure.

Geneviève Cadieux juge que le paysage autour de Ghost Ranch, au Nouveau-Mexique, région où la peintre Georgia O’Keeffe s’était installée pour travailler, a quelque chose de « presque mystique ». Et l’arbre qu’elle a choisi traduit bien cette perception : on ne sait pas s’il est mort ou vivant. Peut-être est-il seulement « pétrifié », comme le suggère l’artiste.

En même temps, il est là dans toute sa splendeur. L’être humain entretient un lien très fort avec l’arbre. En peinture, il a été très représenté. En photographie aussi. C’est un peu l’alter ego de l’humain, l’arbre. Et il y a une renaissance, une vie dans un arbre, même dénudé, qui refleurit et reproduit d’autres feuilles.

Geneviève Cadieux

Geneviève Cadieux a trouvé que son arbre avait quelque chose de masculin. Intuitivement, elle a voulu que son exposition ait aussi quelque chose de féminin, et c’est un portrait de sa mère datant de 1993 qui s’est imposé. Il est placé, dans la galerie, face à Arbre seul (à l’aube), de manière à « inscrire le regard de quelqu’un porté sur le paysage ».

Car si l’œuvre d’art n’est activée qu’au moment où on pose son regard sur elle, comme le souligne l’artiste, il en est de même avec le paysage : ce n’est que lorsqu’il est regardé qu’il prend une dimension émotive ou esthétique. Ainsi, afficher le portrait de sa mère dans ce contexte « humanisait » l’exposition, selon Geneviève Cadieux.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Firmament (2020) de Geneviève Cadieux évoque l’immensité d’un ciel étoilé et les questions qui nous assaillent lorsqu’on observe l’infiniment grand et qu’on se sent infiniment petit. L’œuvre est faite de points et de fragments de feuilles d’or.

Firmament, l’œuvre la plus récente de l’exposition, a été terminée dans la galerie elle-même. Il s’agit d’un immense tableau noir serti de points et de fragments de feuilles d’or évoquant l’immensité d’un ciel étoilé. L’idée d’insérer de l’argent et de l’or dans ses installations photographiques s’est imposée peu à peu à Geneviève Cadieux comme une autre façon de jouer avec la lumière.

Pour Firmament, en plus de points dorés posés à plat, elle a collé des fragments de feuille d’or qui flottent au gré des courants d’air et confèrent une troisième dimension à l’œuvre. « La lumière s’accroche à ces fragments d’une autre manière qu’à la surface pointillée, dit-elle. C’est une idée que je voulais tenter depuis un certain temps et je trouve que ça rend la surface vivante, autrement. »

Jusqu’au 20 décembre à la galerie 1700 La Poste, 1700, rue Notre-Dame Ouest

 > Consultez le site du 1700 La Poste