La réalité virtuelle fait désormais partie de la boîte à outils de Marina Abramović, d’Olafur Eliasson, de Laurie Anderson, d’Antony Gormley et même du sulfureux Paul McCarthy ! Le Centre Phi propose quelques-uns de leurs premiers pas dans ce domaine avec l’exposition Cadavre exquis, présentée jusqu’au 19 janvier dans le Vieux-Montréal.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Associer le concept littéraire du cadavre exquis — créé vers 1925 par les surréalistes français, notamment Jacques Prévert — à la présentation d’œuvres de réalité virtuelle réalisées par quelques artistes contemporains tient un peu du raccourci. Les œuvres de Cadavre exquis — L’art contemporain dans une autre dimension ne peuvent raisonnablement être associées au célèbre exercice inspiré par la notion d’inconscience.

Car la conscience est pleine et entière dans les créations de cette exposition qui met en évidence la grande capacité d’imagination et d’expression de leurs auteurs, avec des premiers pas intéressants… même si le meilleur est sans doute à venir. Et peut-être, un jour, traduit en français ?

Aloft, de Laurie Anderson et Hsin-Chien Huang

États-Unis, 2018, 15 minutes, en anglais

Ce film de Laurie Anderson est particulièrement réussi. On est assis dans un avion, en plein vol, quand l’appareil se met peu à peu à se disloquer au ralenti. Le passager se retrouve en suspension dans le ciel, attrapant ici et là des objets avec ses mains. Ces objets déclenchent des bribes d’histoires, dans une ambiance curieusement très zen. Une belle expérience d’immersion.

Bodyless, de Hsin-Chien Huang

Taïwan, 2019, 31 minutes, en anglais

Film à saveur politique du réalisateur et artiste taïwanais Hsin-Chien Huang, découlant de ses souvenirs des années 70 de la loi martiale à Taïwan (qui dura de 1949 à 1987). On suit le fantôme d’un prisonnier politique et on explore son environnement au moyen de manettes. C’est parfois à la limite du supportable, tant il y a de mouvements dans le vide dans ce film aux effets spéciaux très efficaces. La fin est spectaculaire. Très beau travail.

Lunatick, d’Antony Gormley et Priyamvada Natarajan

Royaume-Uni, 2019, 12 minutes, en anglais

Première expérience de réalité virtuelle entre le sculpteur britannique et l’astrophysicienne de Yale. Assez réussie. Avec une visite en douceur de la Lune et une prise de conscience de notre petitesse au cœur de l’Univers. Le prologue de Lunatick sur une île déserte n’est toutefois pas très probant. Cela demeure une expérience agréable menée avec une trame sonore galactique !

To The Moon, de Laurie Anderson et Hsin-Chien Huang

Taïwan, États-Unis, 2018, 15 minutes, en anglais

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Pièce où est diffusée To The Moon, de Laurie Anderson et Hsin-Chien Huang.

Très belle réalisation, ce regard imaginaire porté sur la Lune dont on explore la surface réinterprétée avec des éléments surréalistes. On avance en survolant le satellite, choisissant notre vitesse de déplacement. Des passages sont plus poétiques lorsqu’on se met, par exemple, à chevaucher un animal. On aperçoit la Terre et on affronte même une pluie de météorites dont une minuscule a fracassé notre casque ! On aurait aimé que ça dure encore plus longtemps !

Chalkroom, de Laurie Anderson et Hsin-Chien Huang

Taïwan, États-Unis, 2018, 20 minutes, en anglais

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Mise en scène de Chalkroom, l’une des expériences de réalité virtuelle de l’exposition Cadavre exquis, présentée au Centre Phi jusqu’au 19 janvier.

On avait déjà vu Chalkroom l’an dernier à Phi. On avait apprécié cette progression dans un dédale de blocs noirs couverts de graffiti. L’exploration d’un monde de lettres puis d’univers différents. On écrit sur un mur, on regarde des gens danser. Voler dans un tel contexte peut finir par donner la nausée, mais on arrête quand on veut ! Chalkroom a remporté le prix de la meilleure expérience de réalité virtuelle en 2018, à la Mostra de Venise.

Rising, de Marina Abramović

États-Unis, 2018, 8 minutes, en anglais

PHOTO MARINA ABRAMOVIĆ, FOURNIE PAR PHI

L’avatar de Marina Abramović, dans son film Rising, menacé par la montée des eaux 

La performeuse Marina Abramović est totalement dans son élément avec Rising où elle joue le rôle de l’humanité sombrant à cause de son inaction pour contrer les effets des changements climatiques. La scène où l’on se trouve sur un radeau en voie d’être submergé par des éléments qui se déchaînent est bien faite. Le message passe très bien, mais 8 minutes, c’est un peu court.

C.S.S.C. Coach Stage Stage Coach VR experiment Mary and Eve, de Paul McCarthy

États-Unis, Danemark, 2017, 9 minutes, en anglais

Voilà un film interdit aux moins de 16 ans. Mais on comprend vite pourquoi quand on sait qui le signe. Paul McCarthy aime choquer, provoquer, voire dégoûter. Et c’est le cas avec ce film où deux femmes interagissent et nous parlent en nous fixant des yeux. Vulgarité, malaise, scènes de viol. On aurait le choix de voir une douzaine de scènes, mais après deux, on en avait assez de l’inconfort. Totalement inutile.

Rainbow, d’Olafur Eliasson

Royaume-Uni, 2017, sans dialogue

Le phénomène de l’arc-en-ciel généré par la lumière entrant dans un rideau de gouttes d’eau, Olafur Eliasson l’a déjà abordé au MAC, en 2017, avec son œuvre Beauty. On l’a retrouvé dans Rainbow avec moins d’intérêt, car on était seul à l’expérimenter. L’intention d’Eliasson dans cette œuvre est de permettre, en même temps, à plusieurs personnes de se voir entrer et sortir du voile de fines gouttelettes. Ce qui correspond à sa volonté de mêler l’intime et le social.

Prerequisites 7, de Koo Jeong A

Royaume-Uni, 2019, sans dialogue

PHOTO NANCY HAMEDER, FOURNIE PAR PHI

Sur le toit du centre Phi, on peut tourner autour d’un gros bloc de glace en suspension grâce à l’œuvre de Koo Jeong A.

Première expérience de réalité augmentée pour Koo Jeong A, artiste multimédia britannique d’origine coréenne, avec Prerequisites 7, une expérience que le visiteur fait au rez-de-chaussée du Centre Phi et sur la terrasse du toit du centre d’art. Avec un cellulaire, on scanne des tableaux qui font apparaître des dessins. Et sur le toit, on peut tourner autour d’un gros bloc de glace en suspension ! Original.

> Cadavre exquis, au Centre Phi, jusqu’au 19 janvier. Info : phi-centre.com.