(Paris) Lucrèce, tableau de la peintre baroque Artemisia Gentileschi, qui met en scène l’honneur outragé d’une femme, a été adjugé près de 4,8 millions d’euros (environ 7 millions CAD), un record pour l’artiste, mercredi à Paris, a annoncé la maison Artcurial.

Agence France-Presse

Après une « longue bataille d’enchères » au téléphone, le tableau a été adjugé 4 777 000 euros à un collectionneur européen, a précisé la maison de ventes française, alors qu’il était estimé entre 600 000 et 800 000 euros.

Le record pour Artemisia s’élevait jusqu’ici à 2 360 000  euros pour un tableau vendu en décembre 2017 à l’Hôtel Drouot, représentant Sainte Catherine d’Alexandrie.

Cette œuvre de cette femme peintre de la première moitié du XVIIe siècle italien (1593-1654) avait été découverte récemment dans une collection lyonnaise où elle se trouvait depuis plus de 40 ans.

De 95,50 cm sur 75 cm, « Lucrèce » est une nouvelle pièce maîtresse de la peinture ancienne mise en vente en France cette année après le Caravage de Toulouse et le Cimabue de Senlis.  

« L’intérêt pour les tableaux anciens est de plus en plus fort », ont commenté Matthieu Fournier, directeur du département Maîtres anciens d’Artcurial, qui a dirigé la vente, et Eric Turquin, expert pour le tableau, dans un communiqué. « Pour la première fois, nous voyons des collectionneurs d’art contemporain migrer vers l’art ancien ».

Un chef-d’œuvre du peintre Bernardino Luini, qui travailla un temps pour Léonard de Vinci, doit être mis aux enchères jeudi à Drouot, avec une estimation à près de deux millions d’euros.

Le tableau d’Artemisia est « digne des plus grands musées du monde » et « nous parvient dans un état de conservation exceptionnel », ce qui est « très rare » pour un tableau de cette époque, selon Eric Turquin.  

L’expert y voit « une volonté de choquer, de percuter, d’aller chercher le spectateur ».

Les œuvres d’Artemisia Gentileschi sont très rares sur le marché. L’artiste mena une brillante carrière internationale, recevant des commandes des grandes cours européennes. Tombée dans l’oubli pendant près de deux siècles, elle fut redécouverte par l’historien de l’art Roberto Longhi dans les années 1910.

Lucrèce a été exécutée dans les années 1630 au cours du premier séjour napolitain de l’artiste.