Après Milan, Giverny, Barcelone, Fort Worth et Londres, le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) accueille 75 rares chefs-d'oeuvre de l'impressionnisme seul arrêt au Canada jusqu'au 20 janvier.

Mis à jour le 15 oct. 2012
Éric Clément LA PRESSE

C'est grâce à la rénovation du Sterling and Francine Clark Art Institute, de Williamstown, au Massachusetts, qu'on a la chance d'admirer ces oeuvres, qui iront ensuite en Asie avant de retrouver la Nouvelle-Angleterre pour la réouverture de l'institut, en juin 2014.

La présence de cette collection est aussi due à la passion pour l'art que partageaient Sterling Clark, héritier de la société Singer, et sa femme, Francine. Sa constitution est le résultat des achats qu'ils ont faits en Europe et en Amérique, entre 1912 et 1956.

«La qualité de la collection est très forte et exprime le goût de deux passionnés d'art», dit Richard Rand, commissaire au Sterling and Francine Clark Art Institute.

Discret, cultivé et extrêmement riche, l'ingénieur civil Sterling Clark a vécu à Paris au début du XXe siècle, après avoir bourlingué en Asie. Au lieu de financer des projets d'expédition, il s'est intégré à la vie artistique de la capitale française.

Il y a fait la rencontre de Francine Clary, une actrice de la Comédie-Française qui avait joué pour Sarah Bernhardt. Avec elle, il a poursuivi l'usage familial d'acquérir des oeuvres. Le couple a ainsi constitué une collection majeure marquée par son goût pour la peinture française.

Les Clark ont été parmi les premiers collectionneurs à acheter des tableaux d'Auguste Renoir. Exposée à Montréal, la toile Jeune femme au crochet a été achetée à New York par le couple en 1916 pour 20 000$. Le catalogue qui accompagne l'exposition révèle que Sterling Clark avait exigé de la galerie new-yorkaise qu'elle s'engage à racheter la peinture au même prix s'il décidait de s'en séparer...

21 Renoir

L'exposition permet d'admirer 21 tableaux de Renoir, dont son Autoportrait, à 34 ans, L'ingénue, Père Fournaise et Portrait de Madame Monet. Il y a aussi des tableaux de Camille Pissarro, dont La route: effet de pluie et Le Louvre vu du Pont Neuf, Rue Sainte-Adresse et Les Oies dans le ruisseau de Claude Monet, ou encore Pommes et raisins dans un panier, d'Alfred Sisley.

«Sterling et Francine Clark ont été très innovants, affirme Nathalie Bondil, directrice du MBAM. Cette collection exprime le goût qu'ils avaient, un goût décoratif, fleuri, féminin même. Ils ont su mettre ensemble des tableaux que les historiens d'art de leur époque séparaient. C'était sacrément culotté!»

Croissance

Malgré le décès de Sterling et de Francine Clark, la collection continue de croître avec des achats réguliers grâce à des fonds qu'ils ont légués. Le rêve de Sterling Clark d'ouvrir un musée privé et un centre de recherche d'art s'est concrétisé en 1955, peu avant sa mort.

Que ces oeuvres soient exposées à Montréal n'est pas le fruit du hasard. Sterling Clark était très attaché à Montréal. Et pour cause: plusieurs dizaines de tableaux, notamment Baigneuse blonde et Jeune fille endormie de Renoir, ont été transférés de France à Montréal par bateau à la veille de la Seconde Guerre mondiale, de peur de les voir disparaître. En tout, 43 tableaux y sont restés jusqu'à l'ouverture du musée, ce qui a obligé Sterling Clark à venir les voir de temps en temps dans la métropole.

Il aurait pu les transférer à New York, mais il ne l'a pas fait parce qu'il pensait que la ville de la côte Est pouvait être un jour une cible privilégiée pour des attaques ennemies...

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Il était une fois l'impressionnisme: chefs-d'oeuvre de la peinture française du Clark, Musée des beaux-arts de Montréal, jusqu'au 20 janvier.