Raymond Dupuis a 65 ans. L'occasion pour lui de faire un bilan de sa vie, bilan qui s'étend sur quelque 90 pieds de longueur! À la Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce.

Mis à jour le 20 juill. 2011
Jocelyne Lepage LA PRESSE

Raymond Dupuis, artiste d'origine autochtone, n'a pas vécu dans une réserve mais en ville. Surtout à Montréal. Il a toutefois retenu quelques leçons de son père et de sa grand-mère malécites, originaires de Cacouna. De son père, il a conservé une manière d'arpenter un territoire fait de rues et de ruelles, de briques et d'asphalte, d'y trouver des repères et de ramasser des objets. De sa grand-mère, il a retenu le regard singulier sur les êtres et les choses, le secret de certaines plantes; il a aussi gardé la nostalgie de la langue malécite qu'il a entendue, mais jamais apprise.

«Ma grand-mère me gardait souvent, dit-il en faisant avec nous le tour de l'exposition. Elle était complètement perdue en ville. Et triste. Elle lisait dans le feu, dans les cendres, et me racontait des histoires en malécite. Mon père n'aimait pas qu'elle me conte des «folies». Lui était un ramasseur, mais mieux intégré dans la vie en ville.» Quant à Raymond Dupuis, il est tout à fait intégré, et totalement urbain.

On trouvera dans sa longue fresque constituée de 25 «épisodes» divisées par des bannières, des éléments évoquant son enfance et d'autres moments de sa vie. Des photos par exemple - école primaire, garages, maisons où il a habité au fil des ans, ruelles, aussi la première galerie où il a exposé dans les années 60, rue de Bullion. Il y est question de son passage à Taiwan, invité à un symposium de sculpture, de ses voyages au Nevada et au Nouveau-Mexique, et même de la maison où il vit actuellement, à Laval. Autour des photos, empiétant parfois sur elles, des signes de toutes sortes disent autre chose. Signes inspirés de la calligraphie hopi ou navajo par exemple, ou de dessins haïdas, mais aussi des signes graphiques typiques des années 60 (Dupuis fut un temps graphiste), des papiers collés pris dans des magazines ou des cartes géographiques, des gestes de peinture. Il y a là, en fait, tout un ensemble foisonnant rappelant la propre manière de faire de l'artiste à différentes périodes de sa vie. Dupuis est un artiste multidisciplinaire connu autant pour ses sculptures que ses autres formes d'expression.

Les 25 peintures-collages divisées par des bannières sont couronnées de montages en bois représentant des tipis déconstruits «comme on peut encore en trouver parfois dans les bois», précise l'artiste. Il n'y a rien de vraiment malécite dans les constructions de Raymond Dupuis. Ces Amérindiens autrefois nomades, pêcheurs et chasseurs, n'ont pas laissé beaucoup de traces. Ils sont aujourd'hui très intégrés à la vie urbaine, pour la plupart. «C'est une très vieille nation depuis longtemps métissée. Nous ressemblons beaucoup aux Blancs». Et Raymond Dupuis se défend bien de représenter ce groupe. Il travaille, dit-il, à partir de ce qu'il a appris et de ce qu'il est. De ce qu'il voit et aime. Mais il est aussi très sensible à la perte graduelle de l'identité des peuples autochtones dans le monde. Cela se voit et se sent dans cette fresque intitulée justement Tipis de briques.

Tipis de briques, Raymond Dupuis, Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce, 3755, rue Botrel. Ouvert mardi et mercredi, de 13h à 19h; jeudi et vendredi de 13h à 18h; samedi et dimanche, de 13h à 17h. Entrée libre.