Le concept de l'oeuvre d'art totale a été revendiqué par divers créateurs et disciplines artistiques au cours du dernier siècle. Il trouve une résonance particulière dans l'univers des influents Ballets russes de Serge de Diaghilev. L'audacieux imprésario a révolutionné le ballet en le transformant en un lieu d'intégration novateur de différents arts visuels et de la scène.

Mis à jour le 19 juill. 2011
Alexandre Vigneault LA PRESSE

L'influence des Ballets russes, compagnie fondée en 1909, a été considérable. Son rayonnement est associé à l'envergure de ses interprètes (parmi lesquels le légendaire Vaslav Nijinski, Anna Pavlova et Tamara Karsavina) et chorégraphes (Michel Fokine, Léonide Massine ou George Balanchine), mais tout autant à ses innovations esthétiques.

L'exposition à l'affiche du Musée national des beaux-arts du Québec s'attarde principalement au rôle de catalyseur joué par Serge de Diaghilev et sa compagnie dans le développement des arts au début du siècle dernier. Si les audaces techniques des chorégraphes sont évoquées, ce sont principalement les costumes, les affiches, les décors et les représentations des danseurs qui sont mis en valeur.

Les esquisses et réalisations du costumier et décorateur Léon Baskt occupent une place de choix dans l'exposition, essentiellement tirée de la collection du Victoria and Albert Museum de Londres. Celles de Natalia Gontchavora se démarquent par leurs couleurs et l'influence du folklore russe.

Dans cette profusion de costumes se glissent des affiches et dessins qui rappellent la collaboration des Ballets russes avec Cocteau et Picasso. L'espace essentiellement consacré à Stravinsky - avec des extraits de ballets datant de 2008 - s'avère l'un des plus intéressants.

En l'absence de film d'époque, les spectacles du début du siècle dernier sont évoqués par des extraits musicaux et par des oeuvres picturales qui tentent d'en capter l'essence. Le charisme de certains interprètes est quant à lui rendu dans des lithographies (une belle série consacrée à Karsavina), des photographies (de Massine et de Nijinski, en «spectre de la rose») et même en sculpture.

À ce titre, la pièce la plus saisissante de l'exposition est ce buste signé Una Troubridge représentant Nijinski en faune - il a signé les chorégraphies de L'après-midi d'un faune de Debussy. Le plâtre du danseur étoile dégage un mélange de grâce et d'animalité qui donne une idée de son magnétisme.

L'intelligence émotive des vêtements

Inviter la haute couture au musée est dans l'air du temps, comme en témoignent l'exposition consacrée récemment à Denis Gagnon et celle, en cours, à Jean-Paul Gaultier. Les créations de Ying Gao, elles, ne semblent exister que pour être exposées. La designer montréalaise allie avec une grande finesse technologie et sobriété pour mettre au monde des vêtements «intelligents», mais surtout «vivants».

Les créations de Ying Gao réagissent à l'environnement immédiat. Ici, un détecteur de mouvement fait gonfler les replis d'une robe inspirés de l'origami. Là, des tissus photosensibles se contractent ou prennent de l'expansion sous l'effet de la lumière. C'est ludique, mais surtout poétique. Le délicat mouvement de la matière évoque la fragilité de ce corps, de ces émotions, bref, de cette vie, qu'on cache sous une carapace de vêtements.

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Ying Gao. Art, mode et technologie, jusqu'au 28 août. Ballets russes de Diaghilev, jusqu'au 4 septembre.