Incarner les mots et l'univers de l'écrivain Michel Tremblay, le théâtre s'y emploie régulièrement. Mais les arts visuels, rarement. C'est la tâche à laquelle s'est attelé le duo de sculpteurs Marie-Annick Viatour et Gaétan Berthiaume, qui expose, à la maison de la culture de Rosemont-La Petite Patrie jusqu'à la fin juillet, 13 petites oeuvres en bois peintes inspirées de l'oeuvre de l'auteur des Chroniques du Plateau Mont-Royal.

Éric Clement LA PRESSE

Les deux artistes créent depuis une vingtaine d'années des jouets en bois et des sculptures ludiques. Marie-Annick Viatour était marionnettiste et Gaétan Berthiaume sculpteur quand ils ont participé en 1999 à une exposition intitulée L'objet poème. Ils avaient alors créé un bateau à partir d'une comptine de Gilles Vigneault.

«On avait ajouté une corde au bateau et, du coup, notre sculpture est devenue un jouet», dit Gaétan Berthiaume. Le duo a ensuite créé des sculptures-jouets en bois à partir de chansons de Georges Brassens. Puis, ils se sont rappelé qu'ils avaient vécu, en 1989, rue Fabre à Montréal, dans une maison située à la fois en face de celle où avait habité la mère de Gaétan Berthiaume quand le sculpteur était jeune, et à côté de celle où a grandi Michel Tremblay.

La mère de M. Berthiaume, aujourd'hui décédée, est même un des personnages de Bonbons assortis, publié en 2002 par l'écrivain. Elle y est Lise Allard, la voisine qui reçoit de la famille Tremblay un «plat de pinottes» comme cadeau de noces. Après avoir relu les Chroniques du Plateau Mont-Royal, le duo est alors entré en contact avec Michel Tremblay durant le Salon du livre 2006 pour l'informer de son projet de tailler dans le bois des éléments de sa littérature.

«Ce qui nous intéressait, c'était la vision d'enfant qu'il avait eue des adultes qui l'entouraient, dit Mme Viatour. D'où l'idée de faire des sculptures-jouets.» Le duo a ensuite offert à Michel Tremblay une sculpture pour lui montrer ce que sa recherche donnait. «On lui a fait un ange avec des ailes de tôle, mais c'est en fait une épingle à linge, dit Gaétan Berthiaume. C'était Michel Tremblay jeune avec l'épingle en tant qu'élément du Plateau-Mont-Royal. Ça lui a plu.»

Ces incarnations des mots de Tremblay ont été façonnées par Gaétan Berthiaume et peintes par Marie-Annick Viatour, qui donne l'âme au personnage. Une des pièces exposées, Rose, Violette et Mauve, représente les chaises des trois tricoteuses de La grosse femme d'à côté est enceinte. «Lise, Olivette et leur soeur Yolande tricotaient tout le temps sur leur balcon en face de chez Michel, donc on pense qu'il s'en est inspiré pour créer Rose, Violette et Mauve», dit Marie-Annick Viatour.

Une des pièces les plus grandes est L'Oreille gourmande, référence à un épisode de la vie du jeune Michel Tremblay évoqué (par sa tante) dans Bonbons assortis: «C'pas un enfant, c't'enfant-là, c't'une oreille! Y écoute tout ce qu'on dit pis y guette tout ce qu'on fait...» Le duo Viatour-Berthiaume a ainsi créé une grosse oreille en bois avec des trous ce qui donne... un jeu de poches, seule installation que les enfants peuvent essayer.

«C'est une exposition qui s'adresse à la fois aux adultes et aux enfants, dit Marie-Annick Viatour. Pour les amateurs de Michel Tremblay et pour les enfants, à cause des jouets bien sûr.»

Une des pièces ciselées est un bilboquet intitulé Le petit livreur, la boule du jeu étant la tête de Michel Tremblay, âgé de 5 ans et parti livrer le «plat de pinottes». On peut aussi découvrir Thérèse et Pierrette, personnages articulés tirés bien sûr de Thérèse et Pierrette à l'école des Saints-Anges, ou le jeu de quilles Mère Dragon du Yable, tiré du même livre.

Comme on ne peut toucher ces pièces de collection, l'exposition, ouverte depuis hier, propose de voir ces objets bouger grâce à un film d'animation. Le film est aussi disponible à www.cyberpresse.ca/viatour.

Satisfait

Le 27 mai, le vernissage aura lieu en présence de Michel Tremblay, très satisfait de cet hommage rendu à son oeuvre. «Ce qui est intéressant pour moi, au départ, dit-il, c'est la diversification de ce que j'ai écrit, ce que ça inspire à d'autres artistes qui ne sont pas des écrivains. Il est très rare qu'on illustre l'oeuvre d'un écrivain avec des sculptures et cette vision en fin de compte assez éloignée de la littérature me fait voir mes personnages d'un autre oeil.»

Parmi ces 13 oeuvres uniques exposées, quelques-unes sont à vendre: entre 200$ et 1000$. Michel Tremblay a déjà réservé L'Orage, qui le représente sur les épaules de son père, tel que raconté dans Bonbons assortis. Pourquoi ce choix? «Il n'y a pas d'autre raison, je crois, que celle de la beauté formelle, répond M. Tremblay. C'est une très belle sculpture, c'est tout.»

Jouer avec Tremblay: quand le texte devient matière, jusqu'au 31 juillet 2010, à la maison de la culture Rosemont-La Petite-Patrie (6707, avenue de Lorimier)