Tout un défi: photographier des jeunes, des moins jeunes, des ados, le tout dans leur plus simple appareil. Mieux: ne prendre, en prime, que leur appareil, justement, et ce, en gros plan. Pas évident? C'est pourtant ce à quoi s'est attaqué le photographe Luc Robitaille, pour illustrer l'exposition temporaire du Centre des sciences de Montréal: Sexe, l'expo qui dit tout, qui explore la question sans détour, en répondant à 100 questions que les adolescents peuvent se poser sur la sexualité en général, et sur la leur en particulier.

Silvia Galipeau LA PRESSE

Pourquoi je suis un garçon? D'où viennent mes organes génitaux? Suis-je comme les autres? Impossible, voire impensable, de répondre à toutes ces questions sans passer par l'image.

D'où l'idée, pour illustrer l'évolution du corps humain, de présenter deux fresques de nus: l'une avec des femmes, l'autre des hommes, du bébé à la personne âgée, en passant par l'enfant, le préadolescent, l'adolescent, et l'adulte.

D'où l'idée, en prime, de présenter une variété d'organes génitaux (une cinquantaine en tout), des petits, des gros, des moyens aussi, afin d'illustrer toute la diversité de la chose.

«Le projet m'intéressait beaucoup. J'ai moi-même quatre enfants, de 13 à 20 ans», explique le photographe. Bref, les interrogations entourant la sexualité, il connaît.

Et les nus, il connaît aussi. Car Luc Robitaille, surtout connu pour ses portraits épurés (sa marque de commerce: «la simplicité»), travaille le nu depuis 30 ans. L'an dernier, il a même remporté le grand prix photo du concours Lux 2009 des meilleures photographies et illustrations de l'année, décerné par le magazine Infopresse. Son sujet? L'oeuf et la poule, une série de portraits de serveuses sexys, donc quasi nues, pris dans des restaurants de Montréal, et publiés dans le magazine Urbania.

«Prendre des photos de nu, ce n'est pas évident. Cela prend quelqu'un de diplomate, de patient, et de délicat. Mais vous savez, le monde, une fois nu, une minute après, c'est comme normal.»

Pour trouver ici ses sujets, le photographe a mis une petite annonce dans l'hebdomadaire Voir, appelé différentes agences de mannequins, créé un événement Facebook, même tendu la perche du côté des danseurs contemporains et des associations de nudistes. Quelque 240 personnes sont passées en audition. «Les gens étaient très réceptifs. Oui, je suis très surpris.» Pour faire sa sélection pour les deux fresques évolutives, il a fallu trouver des sujets ayant sensiblement les mêmes traits. «Dans le meilleur des mondes, j'aurais pris la même personne qui vieillit. Mais c'est impossible, même si c'est le rêve du photographe.»

Ensuite, pour le shooting, il a fallu que ses nus soient «le plus naturels possible». Pas évident, on s'entend, avec un adolescent. C'est pourtant le bambin de deux ans qui a été le plus difficile à photographier: «Il bougeait et courait partout!» C'est aussi lui qui a été le plus naturel: on le voit, tête baissée, fixant son pénis.

On s'en doute, pour photographier les organes génitaux, en gros plan de surcroît, il a fallu être encore plus délicat. «C'était quelque chose...» Pas de petite annonce ici. Luc Robitaille a tout simplement pressenti les volontaires (façon de parler, ceux-ci étant tout de même payés «un bon montant») déjà passés par son studio. «Certains ont dit non, parce qu'ils étaient trop gênés, d'autres ont dit oui, raconte le photographe. Mais comme ils savaient que c'était pour le Centre des sciences, pour une exposition scientifique, le monde embarquait.»

Quant à lui, il lui a fallu relever un dernier défi, et non le moindre: «Mon mot d'ordre: que ce ne soit pas érotique, ni pornographique, ni vulgaire. C'est ce sur quoi repose ma démarche. Je fais de la photo de nu, oui, mais de bon goût.» Défi relevé.

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Sexe, l'expo qui dit tout, au Centre des sciences jusqu'en mars 2011. À partir de 12 ans. www.centre­dessciencesdemontreal.com