S’il avait fallu que l’équipe du Bye bye 2020 rate son coup, honnêtement, le Québec aurait vécu sa psychose de trop, déchaînant encore les coucous des réseaux sociaux, qui vomissent leur haine en un puissant jet de violence. Beurk, plus capable de ça, plus les nerfs pour supporter ça non plus.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Dieu merci, le Bye bye 2020, beaucoup mieux réussi que l’an passé, a égratigné tout le monde et a été jalonné de jolis flashs, ce qui a débouché sur une revue de l’année grinçante et rigolote. Le piège de la mièvrerie et du dégoulinage de bons sentiments a été évité. Nous voulions tous nous taper sur les cuisses et tellement oublier cette année de merde, comme l’ont rappelé les amusantes pubs de Mondou. Et c’est ce que la bande de Simon-Olivier Fecteau a livré à un auditoire captif, qui battra sûrement des records d’écoute, confinement oblige.

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Mehdi Bousaidan et Claude Legault, dans le segment Point de presse

L’enfilade de segments courts et punchés a permis au Bye bye 2020 de ratisser large et de satisfaire toutes les clientèles. Si lourdes et inutiles en 2019, les répétitions ont été supprimées, merci.

Avec une matière aussi riche à touiller, bonjour l’apocalypse de 2020, ç’aurait été gênant de la bousiller avec des gags poches, il faut l’admettre. Également, en pandémie, les références communes se dénichent plus aisément : toute la province a été vissée à son téléviseur pendant les neuf derniers mois.

Parmi les excellents sketchs, celui de la famille Bougon en Gaspésie a été hilarant. Tous les personnages de cette comédie culte ont été ressuscités pour rappeler le fiasco des vacanciers montréalais qui ont cochonné la région l’été dernier.

Pour aborder l’épineuse question du racisme, la vignette En audition avec Siméon a visé au centre de la cible. C’était génial, avec un texte habilement écrit, qui a inversé les rôles des Blancs et des Noirs. Le même thème a été exploité avec un peu moins de finesse dans le profilage de la police de Repentigny, avec le commandant Raymond Célestin (Widemir Normil) d’Escouade 99.

« Les dents d’la Morin », très bon pastiche, a chargé contre la multiplication des inconduites sexuelles des artistes québécois, dont un Alex Nevsky vraiment niais qui s’est lui-même jeté dans le filet aux requins. Bien envoyé.

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Marc Dupré, dans le segment sur Kevin Parent

La publicité de la limonade de Kevin Parent, imité avec justesse par Marc Dupré, a cogné sur le même clou, qui méritait d’être enfoncé, vraiment. Et bonne idée que d’avoir confié la ritournelle du générique à Pierre-Yves Roy-Desmarais, le roi des chansons pandémiques.

Postes Canada, rebaptisée Poche Canada, qui livre des cartes de membre du fan-club d’Éric Salvail, des pagettes et une lettre pour la Conscription, est aussi passée dans le tordeur – avec raison – pour ses retards de livraison. Chapeau à Geneviève Schmidt, qui a été parfaite dans son personnage de Sherly, pas loin de la Paidge Beaulieu de Katherine Levac.

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Sarah-Jeanne Labrosse dans le rôle Marie-Mai

Parlant d’imitation, celle de Marie-Mai par Sarah-Jeanne Labrosse a été savoureuse, juste assez baveuse. Elle a été impressionnante, cette Sarah-Jeanne Labrosse, la révélation comique du Bye bye 2020. Guylaine Tremblay a reproduit avec précision les inflexions vocales de Céline Galipeau et a décoché une flèche bien affûtée en direction de Gilbert Rozon. Éric Salvail y a aussi goûté, mais comme il a joyeusement célébré son acquittement à la Veuve Clicquot, qui le prendra en pitié ?

Comme François Bellefeuille a très peu campé des gens connus, il est difficile d’évaluer ses talents d’imitateur. Il a moins brillé que ses camarades. Claude Legault n’a pas hérité des meilleures partitions non plus. Mais bravo pour son clin d’œil à M. Papaille, le vieux monsieur du vox pop du Bye bye 2018.

Mehdi Bousaidan a brillé en Kevin le conspirationniste, entouré de Lucie Laurier, Bill Gates et des imbuvables frères Tadros. Sa chanson sur la PCU avec FouKi, calquée sur la pièce Banana de Conkarah, a été divertissante, un peu longuette.

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Stéphane Rousseau déguisé en Jay du Temple, dans le segment sur Occupation double

Pour OD : cheu nous, la gradation des costumes de Stéphane Rousseau, le cas de COVID-19 détecté sur le plateau du Bye bye, m’a fait pouffer de rire, surtout la fin, en style Marie-Antoinette. C’était super réussi. Des points supplémentaires pour le jeu de mots « boules de nuit ».

Le départ de ce Bye bye 2020, avec l’ennuyeux point de presse de François Legault et la saga Karaté Kid du papier de toilette au « Kostco », aurait pu être plus tonique. Ça faisait craindre le pire, mettons.

Parmi les trucs moins drôles, il y a eu le Panier bleu, le karaoké à 400 $, François Bellefeuille qui se jette en bas du pont et tombe sur la baleine du Vieux-Port et le clip Canada 2179. C’est inhabituel dans un Bye bye, quoique nécessaire cette année, que ce touchant coup de chapeau au personnel de la santé avec Monsieur Caron (Yves P. Pelletier) et Laurent Duvernay-Tardif.

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Laurent Duvernay-Tardif

À la toute fin, Michel-Olivier Girard, le porte-parole d’A&W, a pris sa revanche sur Claude Legault, le porte-parole de l’érable du Québec, un commanditaire omniprésent dans les pauses publicitaires. Ouf. Les souvenirs de confinement auraient pu grafigner davantage. Une occasion loupée d’aborder l’isolement qui nous a tous rendus irritables, à divers degrés.

Moi, irritable et susceptible ? Euh, non. C’est vous qui l’êtes ! Celui qui le dit sur Twitter, c’est lui qui l’est, bon.

À lire demain : la suite de la revue des émissions du 31 décembre, avec une visite chez France Beaudoin, Infoman et À l’année prochaine.