La grand-messe des prix Numix, qui récompensent chaque année les artisans de l’industrie numérique, sera célébrée virtuellement, cette semaine. Numix/Remix sera surtout l’occasion, selon sa directrice générale Jenny Thibault, d’apprécier le travail des studios de création québécois.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Le gala, qui en est à sa 11e édition, devait avoir lieu au Théâtre Olympia le 30 avril dernier. Mais avec la crise liée à la COVID-19, la direction de Xn Québec — l’Association des producteurs d’expériences numériques — a dû revoir ses plans. L’industrie numérique était prête à remettre ses prix, donc pas question de « sauter » une année.

Numix/Remix est donc né des contraintes créatives qui lui ont été imposées par la crise sanitaire — même si cette industrie, qui réunit chaque année de 500 à 600 personnes pour sa remise de prix, était évidemment toute désignée pour piloter un projet virtuel.

« Ça reste un évènement qui se passe entre nous, et qui réussit rarement à susciter un intérêt plus large, regrette Jenny Thibault. Notre talent est souvent exporté à l’international, on monte des installations interactives dans des musées à Dubaï, de grosses productions aux États-Unis, mais là, c’est le moment idéal de se faire valoir ici et de permettre aux gens de découvrir le talent de nos studios. »

PHOTO FOURNIE PAR NUMIX

Jenny Thibault a pris la direction de Xn Québec en janvier 2017 avec le mandat de repositionner l’Association des producteurs d’expériences numériques et de la rendre plus actuelle.

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, une quinzaine de studios ont ainsi été mis à contribution – parmi les quelque 140 studios membres de l’Association – pour scénariser la remise de prix divisée en quatre rendez-vous virtuels de 20 minutes chacun sur la page Facebook de Numix, de ce lundi à jeudi. « On a pris notre budget de production du gala et on l’a redistribué aux 15 studios pour qu’ils montent le gala », a précisé la directrice générale de Xn Québec.

« Il y a plusieurs studios qu’on connaît, comme Moment Factory, Felix & Paul ou l’ONF, mais il y a de plus en plus de studios qui ont émergé dans les dernières années. Je pense à Float4, qui est méconnu ici, mais qui est très actif à l’étranger. Il y a plein de projets de la diversité, des projets autochtones, de la relève, des studios que même nous ne connaissions pas. »

L’hiver dernier, rappelle Jenny Thibault, Xn Québec a produit une vitrine pour faire valoir sa créativité numérique. Une trentaine de studios québécois ont participé à l’évènement : This is Quebec @ Tokyo.

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Bref, sous la direction de La Base, Antoine Julien, Benoît D. Adam, Charles Beauchesne, DJ HORG, Eltoro Studio, Float4, François Genois, Halo Création, Hub Studio, Khube, MAPP_MTL et Toast Studio, des boîtes en émergence, avaient pour mission de mettre en valeur les projets des 75 finalistes de cette 11e édition.

75 finalistes dans 22 catégories

On parle d’une vingtaine de catégories — balados, webséries, documentaires, installations, réalité virtuelle, jeux éducatifs, etc. —, avec de trois à cinq finalistes chacune.

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« Il y aura une narration assez classique, nous dit Jenny Thibault. Une scénographie immersive permettra par exemple à un animateur de présenter des extraits dans un environnement en 3D grâce au mapping vidéo. Donc c’est vraiment un lieu d’expérimentation, on essaie des choses qu’on n’aurait probablement pas faites. »

Cette édition axée sur la relève compte bien sûr plusieurs œuvres « porteuses » qui sont considérées comme « favorites ».

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Parmi celles-ci, la productrice Geneviève Roy nous cite la balado Trafic, de Picbois Productions, enquête documentaire sur l’exploitation des jeunes filles à Montréal ; Vast Body 22, d’AATOAA (prononcer « À toi »), œuvre numérique interactive où l’on retrouve entre autres la danseuse Louise Lecavalier, dans laquelle on doit reproduire les mouvements que l’on voit ; ou encore Paysages fantastiques, de MAPP_MTL, mapping réalisé par Marc-Olivier Lamothe sur les murs de la Grande Bibliothèque.

D’autres projets attirent notre attention : la balado de François Bellefeuille 3.7 planètes, de Radio-Canada OHdio, la websérie La maison des folles, de St Laurent TV ou encore le documentaire Les murs du désordre, de Martin Bureau et Catherine Benoît, sur les murs de séparation (israélo-palestinien, États-Unis–Mexique, etc.).

Geneviève Roy nous parle également de deux projets de la maison Cadabra : URA, la célébration de l’eau, parcours multimédia en Gaspésie (comparable à ce que Moment Factory avait fait avec Foresta Lumina à Coaticook), et Palava 9D, Vivre le futur, expérience immersive multisensorielle, qui permet de visualiser un projet immobilier en Inde (à l’état de projet).

PHOTO FOURNIE PAR NUMIX

Une installation de mapping

Une main tendue aux autres disciplines

Dans le plan de relance de 400 millions de Québec pour soutenir le milieu culturel, le gouvernement s’est engagé à verser 14 millions au secteur numérique. Jenny Thibault croit qu’une « mise en commun transversale » avec les autres secteurs culturels est souhaitable.

« On doit travailler ensemble, évalue-t-elle. Que ce soit avec le milieu des arts de la scène, les musées, le design d’évènements, pour développer des projets de relance. Le numérique a mauvaise presse dans le milieu culturel, mais il faut arrêter de penser qu’on fait juste de la diffusion sur Facebook. Le numérique est souvent intégré à la production de projets culturels. Il sort des écrans. On parle de parcours, d’installations interactives, d’hologrammes. »

Le cirque et le jeu vidéo ont réalisé de nombreux projets avec des studios de création numérique au cours des dernières années, ce qui fait dire à Jenny Thibault que Montréal est un « terreau fertile » pour l’intégration des arts numériques.

« Il y a une expertise qui a commencé à se développer dans la manière de raconter des histoires en se servant de la technologie numérique. Je pense qu’il faut continuer à travailler dans ce sens et avec les différents acteurs du milieu culturel. »