Il y avait des boîtes partout au bureau cette semaine, empilées pêle-mêle à l’étage B. Le résultat d’un déménagement réalisé après deux semaines de menus travaux dans la salle de rédaction. Dans un OBNL, toutes les économies sont les bienvenues, notamment celles de l’espace.

Marc Cassivi Marc Cassivi
La Presse

J’ai bien des défauts, mais pas celui d’accumuler des objets. J’ai réussi à tout ranger ce qui ornait, encombrait et remplissait mon ancien bureau, non sans fierté, dans une seule grande boîte en plastique orange. En me débarrassant de tout ce que je jugeais inutile. Lundi matin, j’étais l’un des premiers de ma section à avoir un bureau « fonctionnel ».

Comme une Marie Kondo sur 220 volts, je ne me suis pas longuement demandé si tel livre ou tel magazine « provoquait de la joie » en moi, au moment de décider s’il méritait sa place dans ma boîte orange ou s’il devait être recalé au bac à recyclage. J’ai conservé une seule photo. Pas de mes fistons chéris, mais d’un triathlon d’hiver éprouvant, disputé il y a une dizaine d’années pour une œuvre caritative avec mes collègues Yves et François.

Mes collègues m’avaient assigné l’ingrate tâche du patinage de vitesse, se réservant la course à pied et le ski de fond, leurs spécialités. Je m’y suis présenté avec mes patins de hockey, avant de constater que mes concurrents s’étaient entraînés avec un équipement de circonstance (oui, je pense à toi, Sébastien Delorme). Je n’étais évidemment pas de taille devant l’ex-médaillée olympique et future ministre caquiste Isabelle Charest. Une fois n’est pas coutume, j’ai ralenti le groupe.

J’ai conservé cette photo, malgré le douloureux souvenir qu’elle évoque. J’ai placé, par automatisme, tous mes dictionnaires sur mon bureau, même si je ne les ai pas ouverts depuis une décennie. Mon patron, qui prépare son propre déménagement, m’a confié au même moment, avec un sourire malicieux, qu’il se demandait quoi faire avec les vieux dossiers sur les membres du personnel considérés comme « problématiques ». Je ne l’ai pas « pris personnel »…

Je remarque deux grands types de personnalités devant les objets. Il y a ceux pour qui rien (ou presque) ne mérite d’être conservé. Et ceux dont le cœur chavire à la simple idée d’un bricolage d’enfant de 5 ans remisé dans la « filière spéciale » (oui, le bac à recyclage). Je me situe entre les deux. Ni « ramasseux » ni adepte de la table rase.

J’ai, en revanche, besoin que les choses soient rangées pour me sentir l’esprit léger et pouvoir organiser mes idées. Je suis manifestement le seul à souffrir de cette condition, qui peut s’apparenter à un TOC (trouble obsessif-compulsif), dans ma propre maison. Les autres ne se formalisent pas du tout de ce que toutes les armoires restent ouvertes sans raison dans la cuisine.

Chez nous, l’hiver cède sa place au printemps, puis à l’été et à l’automne, sans que les bacs soi-disant personnalisés dans l’entrée se déchargent jamais de leur contenu saisonnier. Les parapluies, les tuques, les foulards, les mitaines et les gants esseulés, les vieux cadenas, les casquettes et les protège-tibias ne forment qu’une masse indistincte. Essayer de trouver une paire de gants de course dans ce fouillis est un exercice de patience auquel je ne m’adonnerai jamais dans la sérénité.

Il y a longtemps que j’ai abandonné l’idée de résoudre le mystère du bac à chaussettes dépareillées au sous-sol, que nous faisons tous semblant de ne plus voir depuis des années. Mais je n’ai pas renoncé au fantasme de ranger MA cave. (À chacun ses fantasmes !) Cet été, j’ai enfin consacré quelques jours de vacances à cette pièce encombrée d’objets inutilisés et poussiérieux (et de dizaines de boîtes de carton de tout acabit).

PHOTO GETTY IMAGES

Notre chroniqueur a subi un déménagement réalisé après deux semaines de menus travaux dans la salle de rédaction.

Le grand (dé) rangement m’a fait le plus grand bien, comme je l’avais anticipé. Devant le sentiment de bien-être procuré par le transport de deux télévisions cathodiques à l’écocentre, comblé par une paix intérieure relevant presque de la mystique, j’ai soudain eu moins envie de me moquer de Marie Kondo et de ses adeptes.

J’ai (un peu) mieux compris le désir sans cesse renouvelé de mon ami de vendre ses biens sur Kijiji. Je savais bien qu’il ne le faisait pas pour arrondir ses fins de mois. Je l’ai toujours soupçonné de l’envisager davantage comme une expérience psychosociale. La dame qui lui a acheté des guitares, en deux temps, et qui lui a raconté ses progrès. L’homme qui promettait de faire deux heures de route pour un skateboard et qui n’est jamais venu. Mon ami s’est même débarrassé de sa haie de cèdres sur Kijiji ! Quelqu’un est venu la récupérer, en voiture…

Je le répète, il y a deux grands types de personnalités devant les objets. Heureusement qu’elles se complètent.

La charge mentale

Je lisais ma collègue Valérie Simard (« Partager le poids de la charge mentale »), vendredi, et je me demandais si je fournissais ma juste part d’efforts dans la vie familiale. S’il est vrai que je ne m’occupe pas des rendez-vous médicaux des enfants, je me rends souvent disponible pour m’y rendre. C’est moi aussi qui vais généralement chez le coiffeur avec Fiston et qui vais reconduire son frère à ses entraînements et ses matchs de soccer (hier Gatineau, aujourd’hui Saint-Bruno). Je prépare tous les repas de la famille, incluant les lunchs. C’est moi qui fais l’épicerie et qui accompagne les garçons à l’école tous les matins. 

Mais ne me parlez pas du « portail mystique » (référence au film Histoire de jouets, ici) qui donne accès aux bulletins ou aux informations transmises par l’école. Si Fiston est malade ou a un rendez-vous l’après-midi chez le dentiste, ce n’est pas moi qui contacte l’école pour en aviser le secrétariat. Ce n’est pas moi qui me charge des prescriptions à la pharmacie, de la coordination des devoirs et des leçons, du suivi avec les enseignants, de l’inscription aux camps de jour, de la planification des vacances, de remplacer la botte perdue (une seule !) dès le début de l’hiver, les chaussures trop petites parce que les pieds de Fiston ont grandi d’une taille et demie pendant l’été, de s’assurer que tout le monde a sa carte Opus pour rentrer de l’école ainsi qu’une clé pour rentrer dans la maison (ce qui sous-entend les remplacer lorsqu’elles disparaissent inévitablement). 

Les rouleaux de papier toilette et les boîtes de papiers mouchoirs se remplacent d’eux-mêmes, sans effort particulier. Même les taxes municipales et scolaire se paient chaque année, sans moi, comme par magie. Mais c’est bien moi qui tonds le gazon trois fois par été et qui remplis le lave-vaisselle quasi une fois sur deux. Bref, tout ça me semble assez équitable… si l’on ne tient pas compte du fameux travail invisible.