Martine Turcotte, présidente de Bell au Québec, réplique durement à la campagne du concurrent Québecor et présente sa perception du conflit entre les deux géants.

MARC TISON LA PRESSE

Comment interprétez-vous le conflit ?

On parle vraiment d'une dispute commerciale entre deux grandes entreprises. Malheureusement, Québecor a décidé de prendre les fans en otage. Et ça, on n'aime pas ça. Je comprends qu'entre deux grandes entreprises et deux concurrents, on puisse avoir une concurrence très forte. Mais il faut jouer franc jeu. Et faire de fausses déclarations comme Québecor l'a fait, à notre endroit et à nos abonnés, ça a dépassé les bornes.

Vous les considérez comme de fausses déclarations ?

Absolument ! Quand ils disent que Bell pénalise ses abonnés et qu'ils laissent entendre que nous allons couper le signal, alors que c'est eux qui le coupent, je m'excuse, mais c'est eux qui violent la loi, c'est eux qui violent l'ordonnance du CRTC émise hier après-midi [lundi]. La loi exige que vous continuiez à fournir le service pendant les négociations. »

Sur quoi achoppent ces négociations ?

Sur la table des négociations, d'une part, on parle de toutes les propriétés médias de Bell Média qui sont distribuées par Québecor [Vidéotron], et de toutes les propriétés de Québecor qui sont distribuées par Bell Télé. 

Une des problématiques, c'est qu'ils disent - et ça nous surprend -  : TVA Sports est tellement meilleure que RDS que moi, Québecor, je devrais recevoir de Bell un montant de redevances beaucoup plus élevé et moi, Québecor, je devrais payer beaucoup moins cher pour RDS. J'ai juste une nouvelle pour eux : RDS est et demeure la chaîne sportive numéro un au Québec. Les cotes de RDS sont plus élevées que les cotes d'écoute de TVA Sports. Pour nous, il y a une chose qui est certaine en partant : on ne va pas dévaluer la valeur de RDS.

Quand échoient les contrats actuels ?

En 2016. Donc ça fait depuis 2016 qu'on essaie de négocier, et c'est plus récemment que les négociations, naturellement, ont accéléré. 

Je comprends qu'ils veuillent changer certaines choses, dans la façon de faire, les lois et les règlements. Nous aussi, nous avons ce point de vue de temps en temps. Je n'ai pas de problème. Mais ne le fais pas en violant les lois. On n'est pas dans le Far West, on est dans la société civile québécoise.

Songez-vous à une demande d'injonction, pouvez-vous répliquer avec des mesures similaires ?

On regarde tous les moyens à notre disposition. Je ne veux pas entrer dans la stratégie parce que je ne veux pas les aviser. Ça dépend aussi de ce qu'ils vont faire. J'ai encore espoir que Québecor va dire : parfait, on revient à la table, on s'assoit, et on ne va pas prendre les fans en otage.

Vous utilisez souvent l'expression « fans en otage »...

Même sur les médias sociaux, ça revient : l'intimidation de Québecor vis-à-vis des abonnés à TVA Sports. Il y a des gens qui passent de Vidéotron à Bell juste pour ça. Ce n'est pas une façon d'agir en grande entreprise québécoise. 

Ce sont des enfantillages, en ce moment. Ça ne me sert à rien de négocier avec l'enfant qui crie dans la cour d'école. On est des adultes, on est capables de négocier. 

Ce serait bien qu'ils commencent à regarder ce qu'on a mis sur la table, en passant, parce qu'on a fait deux fois des propositions. Mais avec un tout ou rien, tu te mets à risque de te retrouver devant le CRTC.

Si la menace se concrétise, y a-t-il moyen d'indemniser ces amateurs aux abois ou d'offrir une autre option ?

Ce n'est pas nous qui avons causé le problème. Québecor a causé le problème et Québecor devra faire face à la chanson.