(Toronto) Peu d’investisseurs auraient imaginé que le monde serait toujours aussi instable un an après la dégringolade des marchés boursiers nord-américains.

Ross Marowits
La Presse Canadienne

Toutefois, la relance boursière a été spectaculaire.

Les gens s’étaient placés en mode panique en février et en mars 2020, se souvient Candice Bangsund, une gestionnaire de portefeuille pour Fiera Capital.

« Des investisseurs liquidaient leurs portefeuilles de manière énergique en réponse à l’incertitude et à la nature sans précédent de la pandémie, raconte-t-elle. En conséquence, de nombreux investisseurs ont probablement raté la reprise correspondante qui a suivi. »

Mme Bangsund et d’autres observateurs du marché boursier rappellent que les tourmentes de l’année qui vient de s’écouler sont une bonne leçon pour les investisseurs nerveux et devraient les convaincre de faire preuve de patience.

La Bourse de Toronto avait perdu jusqu’à 38 % de sa valeur en quatre semaines au début de 2020. Son principal indice a chuté de plus de 1000 points pendant trois jours et a glissé à 11 172 points, le 23 mars 2020.

Jeudi, le S&P/TSX a terminé la journée à 18 990,32 points. Quant au S&P 500, il a franchi jeudi le cap de 4000 points pour la première fois de son histoire.

« Le mois de mars [2020] a été particulièrement fou, lance Colin Cieszynski, stratège en chef du marché chez SIA Wealth Management. Il était difficile de lire quoi que ce soit parce que les marchés bougeaient tellement. Ce n’était pas au jour le jour, c’était d’heure en heure. »

La décision des banques centrales mondiales de ramener leurs taux directeurs à des niveaux les plus bas et les mesures de relance budgétaire qui ont suivi ont empêché une dépression. Elles ont fourni le soutien nécessaire à la relance et aux conditions actuelles très lucratives.

Les investisseurs ne s’attendaient pas à ce type de réponse politique sans précédent, reconnaît Mme Bangsund.

« Le moment et l’ampleur du soutien ont complètement dépassé les attentes et ont été la clé de cette reprise que nous avons vue. »

Les analystes prévoient une croissante continue tout au long de l’année 2021.

« À la fin de l’année dernière, les choses étaient positives. 2020 a finalement été une année relativement bonne. De toute évidence, nous avons fait un voyage de montagnes russes », dit Allan Small, conseiller principal en investissement chez IA Private Wealth.

M. Small croit lui aussi que certains investisseurs canadiens ont raté la reprise en cherchant à se renflouer trop tôt ou en adoptant des positions défensives. « Ceux qui se sont débarrassés de leurs actions étaient désolés de l’avoir fait. Ceux qui se sont accrochés au marché ont été récompensés. »

Le nombre de transactions sur les marchés boursiers du pays a bondi tout au long de 2020, selon les statistiques de négociation mensuelles de la TMX, qui exploite la Bourse de Toronto, la Bourse de croissance TSX, la Bourse Alpha TSX et la Bourse de Montréal.

Ainsi, pour le seul mois de mars 2020, le nombre de transactions a plus que doublé par rapport à la même période de l’année précédente pour atteindre 57,5 millions. Leur valeur a grimpé à 350,8 milliards.

Pour l’ensemble de 2020, la valeur des transactions a augmenté de 33,8 % à 2,5 billions $.

Une croissance similaire a été observée dans les bourses nord-américaines.

Selon les données de l’Institut des fonds d’investissement du Canada, les ventes de fonds communs de placement et de FNB (fonds négociés en bourse) ont également augmenté, même si elles avaient dégringolé pendant la forte liquidation du marché.

Bien que la réaction des marchés financiers au début de la pandémie n’ait pas été typique, il aurait été compréhensible que les marchés chutent encore plus qu’ils ne l’ont fait, dit Éric Lascelles, économiste en chef chez RBC Gestion mondiale d’actifs. « C’était une source de frustration pour les investisseurs avisés qu’il n’y ait pas eu d’occasion d’achat plus juteuse au printemps dernier. »

Le marché boursier réagit normalement de manière significative aux chocs économiques, mais cette fois, la réponse a été plus rationnelle que d’habitude.

En effet, il a tiré des leçons importantes de la décennie précédente, lorsque les actions ont chuté de façon importante pendant la crise financière mondiale. Cette fois, les gouvernements ont pu circonscrire le désastre en limitant les activités et en fournissant un stimulant sans précédent.

Pour M. Lascelles, le degré d’enthousiasme était inhabituel si peu de temps après une crise économique.

« Nous nous attendons à une nouvelle croissance rapide au cours des prochaines années, et finalement peu de cicatrices », prédit M. Lascelles.

Il ajoute que si les valorisations sont élevées par rapport aux normes historiques, elles sont d’autant plus attrayantes par rapport au marché obligataire à très faible rendement.

« En d’autres termes, la prime de risque dont bénéficient les actionnaires reste suffisamment importante pour rendre les valorisations actuelles tolérables et vraisemblablement durables. »