Les entreprises canadiennes en Bourse auraient mieux résisté jusqu’à maintenant à une réduction significative des dividendes aux actionnaires observée depuis le début de la pandémie parmi les principaux marchés boursiers de la planète.

Martin Vallières
Martin Vallières La Presse

Selon une étude publiée lundi, les dividendes ont chuté de 22 % dans le monde au deuxième trimestre 2020, avec une baisse encore plus marquée en Europe, sous l’effet du choc économique de la pandémie.

Les dividendes mondiaux ont chuté de 108,1 milliards US, pour s’établir à 382,2 milliards au cours du deuxième trimestre.

Le recul de 22 % des dividendes « représente aisément la plus lourde chute trimestrielle depuis la crise financière mondiale », selon le rapport de la firme londonienne Janus Henderson Investors, qui précise que « plus de la moitié » des entreprises « les ont purement et simplement supprimés ».

La chute est inégale selon les régions du monde et les secteurs. En Europe et au Royaume-Uni, les dividendes ont chuté de 45 % et de 54 %.

En France, les versements ont été à leur plus bas depuis « au moins une décennie », précise Janus Henderson Investors.

À l’inverse, les entreprises canadiennes, suisses et japonaises ont le moins diminué leurs versements.

Canada

En Bourse canadienne, la meilleure résistance des dividendes serait attribuable au poids considérable de grandes entreprises où la rémunération trimestrielle des actionnaires est réputée comme étant moins sensible aux fluctuations à court terme de la conjoncture d’affaires.

Et parmi ces secteurs, les grandes banques occupent une place prépondérante, d’autant qu’elles sont sous la loupe des investisseurs cette semaine avec leurs résultats de troisième trimestre.

Même si je prévois une contraction moyenne des bénéfices par action (en espèces) d’environ 28 % d’une année à l’autre pour les six grandes banques, je m’attends à ce qu’elles puissent maintenir leurs dividendes.

Doug Young, spécialiste du secteur bancaire chez Desjardins Marchés des capitaux à Toronto, dans un rapport sectoriel distribué récemment parmi ses clients-investisseurs

« Le consensus parmi les investisseurs au début du choc économique de pandémie, en février et en mars derniers, était que nous allions voir des réductions de dividendes dans des secteurs comme les sociétés d’immobilier commercial et les grandes banques, dont les bénéfices allaient pâtir de l’augmentation des pertes sur prêts et de la persistance de taux d’intérêt très bas », observe quant à lui Brian Belski, stratège en chef des marchés chez BMO Marchés des capitaux, dans une entrevue avec l’agence d’informations financières Bloomberg,

« Or, il y a eu relativement peu de réductions de dividendes dans ces deux secteurs jusqu’à maintenant. Ce qui n’a pas empêché nombre d’investisseurs d’éviter ou même vendre certaines actions à dividendes, alors que les revenus de ce type d’actions seront un élément très important de l’allocation d’actifs et du rendement de placements en Bourse pour l’avenir prévisible. »

Risque latent

N’empêche, la Bourse canadienne n’est pas immunisée au risque de réduction de dividendes dans certains secteurs d’activité où les revenus sont frappés de plein fouet par le choc économique de la pandémie.

À la Banque Nationale, par exemple, les plus récentes prévisions de conjoncture boursière diffusées par son équipe d’économistes et de stratèges de marché font état de dividendes attendus en baisse de 15 % en moyenne en fin d’année parmi les entreprises des indices S&P/TSX au Canada et S&P 500 aux États-Unis.

« Le choc économique de la COVID-19 exerce une pression sans précédent dans la plupart des secteurs, y compris chez les grandes banques canadiennes, qui ont habitué leurs actionnaires à des dividendes sûrs, fiables et croissants. Mais plus la crise du coronavirus durera, plus le risque de réduction de dividendes s’élèvera dans tous les secteurs. Même les meilleurs des meilleurs finiront par ressentir la pression », indique pour sa part l’analyste financière Karen Thomas dans une note publiée à l’intention des investisseurs autonomes sur le portail d’informations boursières The Motley Fool.

Monde

Pendant ce temps, sur le plan mondial, Janus Henderson Investors prévoit, sur l’ensemble de 2020, une baisse de 17 % à 23 % des dividendes. Ils devraient tout de même représenter une somme globale de 1100 milliards à 1180 milliards de dollars.

Sans surprise, les secteurs les plus touchés par la crise ont aussi été ceux qui ont le plus rogné sur les dividendes, notamment « la finance » et ceux de « la consommation cyclique ».

À l’inverse, les entreprises dans la santé et la communication ont davantage maintenu leurs rémunérations en dividendes à leurs actionnaires.

D’ailleurs, pour la première fois cette année, cette grande résilience du secteur technologique a aidé Microsoft et Apple à s’élever dans le top 10 mondial des meilleurs payeurs de dividendes. Le géant industriel alimentaire Nestlé figure toujours en tête de cette liste.

— Avec l’Agence France-Presse, Reuters, Bloomberg News et The Motley Fool