Le concept de «Bourse du carbone» s'annonce trop compliqué à implanter et à gérer pour espérer une véritable réduction des polluants de l'air, estime Michael Porter, économiste de renommée internationale en matière de réglementation.

Martin Vallières LA PRESSE

À la place, les taxes sur les émissions de gaz carbonique qui sont mises en place dans certains pays d'Europe et dans quelques gouvernements régionaux ailleurs dans le monde seraient plus efficaces pour abaisser les émissions polluantes et susciter des innovations positives pour l'économie.

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«Dans de plus en plus de secteurs, on constate qu'une réglementation simple et bien appliquée ne nuit pas à la compétitivité d'un pays ou d'une entreprise, mais qu'elle peut en fait la rehausser. Or, en matière de pollution atmosphérique, c'est une mesure simple et directe comme une taxe sur le carbone qui serait la plus efficace au lieu d'une Bourse du carbone», selon M. Porter, directeur de l'Institut de stratégie et de compétitivité qui est lié à l'École de gestion d'affaires de l'Université Harvard.

Économiste connu pour ses analyses de la compétitivité des pays et le développement durable, Michael Porter était de passage hier à Montréal à titre de conférencier principal d'un colloque sur l'impact économique de la réglementation environnementale.

Ce colloque, qui a réuni une soixantaine de chercheurs et d'analystes l'Université McGill, était aussi précurseur du Congrès mondial des économistes en environnement, qui a lieu jusqu'à vendredi à l'UQAM.

Le colloque d'hier à McGill était centré sur «l'hypothèse Porter» émise il y a une vingtaine d'années par le célèbre économiste de Harvard.

Selon cette analyse introduite à l'époque où la déréglementation prévalait dans le monde industrialisé, une réglementation à incidence économique qui est conçue simplement et bien gérée peut devenir un élément de compétitivité et d'innovation pour un pays.

Or, 20 ans plus tard, après sa vérification dans plusieurs secteurs, c'est maintenant en matière de protection de l'environnement et d'une meilleure utilisation des matières premières et de l'énergie que cette «hypothèse Porter» serait la plus pertinente.

«À une époque où certains éléments du capitalisme et de la mondialisation de l'économie sont remis en question, une bonne performance en environnement devient de plus en plus un avantage concurrentiel pour les entreprises et les économies nationales», a expliqué Michael Porter.

D'ailleurs, a-t-il souligné, le gouvernement canadien ferait fausse route en se rangeant derrière Washington pour l'élaboration d'une politique de réduction des gaz à effet de serre (GES).

«Le gouvernement américain a complètement perdu sa voie dans ce domaine. C'est pourquoi le Canada devrait s'en affranchir et prendre les devants. Les citoyens canadiens devraient aussi se mobiliser davantage à ce sujet», a indiqué M. Porter.

Les propos de l'économiste de Harvard ont trouvé écho parmi les autres chercheurs qui participaient au colloque à l'Université McGill.

«Dans l'après-crise financière, un concept comme une Bourse pour les crédits de carbone ressemble de plus en plus à un autre marché obscur qui pourrait être manipulé par Wall Street», a dit Daniel Esty, professeur et chercheur en politiques et lois environnementales à l'Université Yale, aux États-Unis.

En comparaison, l'implantation d'une taxe sur les émissions de GES correspond davantage au besoin des entreprises d'une réglementation «claire, simple et progressive» afin de planifier leurs priorités d'affaires et d'investissement.