Les valeurs foncières augmentent de 32,4 % sur l’île de Montréal avec le dépôt du nouveau rôle d’évaluation municipale qui entre en vigueur le 1er janvier prochain.

Publié le 14 septembre
André Dubuc
André Dubuc La Presse

Il faut remonter au rôle de 2007 pour connaître une hausse de cette ampleur. À l’époque, le bond avait été de 38,6 %.

La valeur des immeubles de la catégorie résidentielle augmente de 35,5 %, tandis que celle du secteur non résidentiel s’accroît de 23 %. La valeur des terrains vacants bondit de 42,8 %.

Dans le détail, les maisons gagnent 38,6 % en moyenne, soit la plus forte progression dans le secteur résidentiel. La variation des valeurs des copropriétés divises (condos) s’élève à 30,7 %.

Ces résultats correspondent en tous points aux simulations de la firme de données JLR dont La Presse a fait état dans un article paru le 11 août dernier.

Relisez l’article « Vers une hausse de 30 à 40 % à Montréal »

Dans le secteur non résidentiel, les écarts sont importants entre les sous-catégories. L’industriel s’apprécie de 60,5 %, profitant de la popularité du commerce électronique. Les entrepôts se multiplient, ce qui crée une pression à la baisse sur le taux de disponibilité des locaux industriels et fait exploser le niveau des loyers et par ricochet la valeur des entrepôts.

Dans un point de presse mercredi, le chef de l’opposition Aref Salem s’est inquiété d’une éventuelle désertion des PME de l’île de Montréal en raison de l’explosion de la valeur des locaux industriels.

À l’autre bout du spectre, les bureaux n’augmentent que de 6,5 % en réaction à la popularité du télétravail. Les centres commerciaux voient même leur valeur diminuer de 2,1 %. Désertés pendant la pandémie, les hôtels montréalais souffrent aussi, avec des variations allant de 0 à une baisse de 15 %, selon les propriétés.

L’impact du nouveau rôle sur le compte de taxes des propriétaires sera connu avec le dépôt du budget 2023 des villes concernées plus tard cette année.

Il est à noter qu’une augmentation de la valeur d’une propriété ne se traduit pas automatiquement par une augmentation similaire de l’avis d’imposition.

Mercredi, l’administration Plante s’est contentée de répéter son engagement de ne pas hausser les taxes au-delà du taux d’inflation. L’indice des prix à la consommation a cependant dépassé les 8 % au pays en juin dernier. La présidente du comité exécutif, Dominique Ollivier, a indiqué qu’elle allait considérer l’étalement des valeurs du nouveau rôle sur trois ans pour amoindrir l’impact des changements. Cette mesure est régulièrement appliquée par l’administration montréalaise depuis les années 2000.

De façon générale, un propriétaire dont l’immeuble s’est apprécié d’un pourcentage plus élevé que la moyenne va subir un alourdissement de son fardeau fiscal, toutes choses étant égales par ailleurs. À l’inverse, celui dont la valeur de l’immeuble a moins augmenté que la moyenne va profiter d’un allégement de sa facture fiscale.

Quatre faits saillants du nouveau rôle

Des écarts plus faibles que dans le rôle précédent

Contrairement au rôle actuellement en vigueur où l’est de l’île tirait de l’arrière, les hausses de valeur dans le secteur résidentiel sont relativement homogènes entre les villes et les arrondissements. Celles-ci varient entre 30 et 50 % parmi les 16 villes liées et les 19 arrondissements de la Ville de Montréal, à l’exception notable de l’arrondissement de Ville-Marie, qui couvre le centre-ville.

Les condos au centre-ville

La pandémie a fait la vie dure au centre-ville. Le nouveau rôle en témoigne. Les condos dans Ville-Marie affichent la plus faible hausse de valeurs de tout le secteur résidentiel de l’agglomération de Montréal. La croissance des valeurs atteint 20,6 % par rapport à une hausse moyenne de 30,7 % pour la catégorie copropriété divise dans l’ensemble de l’île de Montréal.

Populaires, les maisons de l’Ouest-de-l’Île

Les plus fortes hausses de valeur dans le résidentiel se trouvent dans la catégorie des maisons unifamiliales, en particulier dans les villes et arrondissement de l’Ouest-de-l’Île. Un exemple révélateur est l’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro, habituellement un parent pauvre de l’Ouest-de-l’Île. Cette fois, la hausse atteint 40,8 %. Sur l’île de Montréal, ce sont les maisons de Sainte-Anne-de-Bellevue (49 %), Senneville (48,3 %) et Dollard-des-Ormeaux (47 %) qui enregistrent les gains les plus importants.

Hochelaga se démarque

Dans l’est de l’île de Montréal, l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve se démarque avec une variation à la hausse de près de 40 % des valeurs résidentielles. Les condos notamment s’apprécient de 38,8 %, bien plus que la moyenne observée dans la ville de Montréal pour ce type de logement (30,7 %). Les secteurs voisins, Rosemont (34,4 %), Anjou (33,7 %), Montréal-Est (32,1 %), Saint-Léonard (31,2 %) affichent tous des taux de croissance inférieurs à Hochelaga pour ce qui est des immeubles résidentiels.

Ce qu’il faut savoir

Les valeurs au rôle reflètent la valeur marchande des propriétés à la date de référence au 1er juillet 2021. Les variations de valeurs entre le nouveau rôle et le précédent indiquent l’évolution du marché entre le 1er juillet 2018 et le 1er juillet 2021. Le rôle couvre les 19 arrondissements de la Ville de Montréal, ainsi que les 16 autres villes liées. La valeur totale des 502 789 immeubles inscrits aux rôles 2023-2024-2025 de l’agglomération de Montréal atteint 526,3 milliards, en hausse de 141,8 milliards par rapport au précédent rôle.

Une hausse de l’évaluation municipale n’est pas nécessairement synonyme de hausse d’impôt foncier. Pour vous aider à y voir plus clair, lisez notre article paru le mois dernier.

En savoir plus

  • 840 000 $
    valeur moyenne d’une résidence familiale dans l’agglomération de Montréal
    Service d’évaluation de la Ville de Montréal
    492 400 $
    valeur moyenne d’un appartement en copropriété divise dans l’agglomération de Montréal
    Service d’évaluation de la Ville de Montréal