(Montréal) Le Cirque du Soleil a les reins assez solides, financièrement, pour mener à bien le redémarrage de ses activités, assure Daniel Lamarre, son directeur général. Le « fort engouement » pour les premiers spectacles qui sont revenus sur scène à Las Vegas accroît sa marge de manœuvre financière.

Stéphane Rolland La Presse Canadienne

Quand le groupe de créanciers menés par Catalyst Capital Group a injecté 375 millions dans l’entreprise en novembre dernier, le Cirque avait les moyens de financer ses activités sans aucun revenu pendant « probablement » trois ans.

« Déjà, les revenus ont commencé à entrer de façon importante avec la relance de nos spectacles », commente le dirigeant en entrevue avec La Presse Canadienne, quelques heures avant la reprise du spectacle Michael Jackson ONE, à Las Vegas jeudi.

« À toutes fins pratiques, on a suffisamment de capitaux pour subvenir à nos besoins pour de nombreuses années. »

Les spectacles OMystère du Blue Man Group sont de retour sur La Strip à La Vegas depuis le début de l’été, marquant une première étape dans la relance des présentations de l’entreprise montréalaise. The Beatles LOVE doit reprendre l’affiche le 26 août.

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Le directeur général du Cirgue du Soleil, Daniel Lamarre

M. Lamarre qualifie la demande de « phénoménale ». « On est à peu près sold-out tous les jours et, parce qu’on est sold-out, les ventes à l’avance sont beaucoup plus élevées. »

Une gestion plus prudente

Le Cirque relance ainsi ses activités après avoir connu la pire crise de son histoire. En raison de l’annulation de ses spectacles, l’entreprise fondée par Guy Laliberté en 1984 à Baie-Saint-Paul a licencié près de 3500 employés et a vu ses revenus fondre « à zéro ».

La société a en outre été vendue à un groupe de ses créanciers dirigé par Catalyst Capital Group à la fin de l’année dernière, après avoir été contrainte de demander la protection contre ses créanciers.

Avant la pandémie, le Cirque du Soleil avait accumulé une dette de plus d’un milliard ; le recours à l’endettement était perçu comme un investissement dans la croissance de l’entreprise et de nouveaux spectacles.

Durant « les années folles », l’entreprise, en incluant toutes les divisions comme VStar, pouvait développer jusqu’à cinq spectacles par année, raconte M. Lamarre. Elle vise désormais le développement de deux spectacles annuellement.

« C’est certains qu’après la douloureuse épreuve qu’on vient de vivre avec la pandémie, on va gérer de façon plus prudente, répond-il. C’est sûr qu’on va tenter d’avoir une entreprise plus efficace. »

Le monde du spectacle est une industrie où il faut prendre des « risques calculés », nuance le dirigeant. La prudence financière ne se fera pas au détriment de la créativité, assure-t-il. « Dans le mot anglais “show-business”, “show” vient avant “business”. Si tu n’as pas un bon spectacle, tu ne feras pas de bonnes affaires. »

Reprise graduelle à Montréal

La relance se manifeste également au siège social de l’entreprise à Montréal où les activités reprennent graduellement. Environ 400 employés ont été rappelés sur un total « d’environ 1000 à 1200 » avant la pandémie.

La préparation des tournées représente une partie importante des activités à Montréal. « On prépare les studios pour le retour des répétitions en octobre. Le siège social va être extrêmement occupé à partir de la fin septembre-début octobre et ça va aller de mois en mois en s’accélérant. »

La première représentation dans la métropole est prévue pour le 28 avril prochain avec le spectacle Kooza. L’entreprise a une entente de dix ans avec le Vieux-Port de Montréal qui prévoit la tenue d’un spectacle par année. Un nouveau spectacle sera présenté une année sur deux. L’autre année sera réservée pour un classique du répertoire du Cirque.

L’importance des mesures sanitaires

Pour le moment, la reprise des activités tient bon, malgré la menace que pose le variant Delta de la COVID-19. À Las Vegas, les artistes et les spectateurs doivent porter un masque durant les représentations. « Nos costumes sont extrêmement extravagants et très colorés. Je pensais que ça allait me déranger [les masques], mais ce n’est pas le cas, on a l’impression que ça fait partie du costume. »

M. Lamarre, dont l’entreprise a imposé la vaccination à tous ses employés de Las Vegas, est en faveur du passeport vaccinal envisagé par le gouvernement du Québec. « Tout ce qui est fait pour protéger le public et les employés, on accueille ça avec ferveur et enthousiaste. »

Le succès de la campagne de vaccination est d’une importance cruciale pour le gagne-pain des employés du Cirque du Soleil, poursuit-il. « Chaque spectacle qui ouvre, ça veut dire des emplois qu’on peut recréer », explique l’homme d’affaires dont le visage s’illumine lorsqu’il parle de la première de jeudi.

« Je suis très fébrile. J’ai très hâte de revoir les artistes et de pouvoir célébrer avec eux le retour à une vie un peu plus normale. »