(Montréal) Les conditions insalubres dans lesquelles vivent les travailleurs étrangers à l’emploi des serres Demers mettent « en lumière le bien-fondé d’avoir des audits, un respect des normes », estime le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, qui écarte cependant l’idée de retirer une récente aide gouvernementale à l’entreprise.

Michel Saba La Presse Canadienne

« On devrait avoir des points d’évaluation de nos conditions de résidence des travailleurs étrangers, a-t-il dit en entrevue avec La Presse Canadienne, mardi. Ça devrait faire partie des critères pour autoriser le financement. »

Un reportage de Radio-Canada dévoilait lundi que le plus gros producteur maraîcher du Québec loge ses travailleurs de Drummondville, dans le Centre-du-Québec, dans des logements délabrés, où la moisissure était abondante, que leurs lits superposés étaient cordés dans de petits espaces où la chaleur est suffocante l’été et où il manque régulièrement d’eau chaude.

Lisez le reportage de Radio-Canada

Appelé à commenter ces révélations, le ministre Fitzgibbon a déclaré qu’il ne « va pas défendre l’indéfendable », que les entreprises doivent être « extrêmement sensibles » au traitement de leurs employés et que d’attirer des travailleurs « passe par l’hygiène de base ».

Selon le ministre, les critères d’octroi d’aide gouvernementale devraient être précisés de sorte qu’il y ait « dans l’avis sectoriel du ministère concerné, dans ce cas-ci l’Agriculture, une case qui dit que l’entreprise respecte les règles de bien-être pour les travailleurs étrangers ».

Bien qu’il soit « légitime » d’aborder dans ce contexte l’idée que Québec retire son prêt de 30 millions et sa subvention pouvant atteindre 23 millions récemment octroyés aux productions horticoles Demers pour un projet d’agrandissement sur la Rive-Sud de Québec, le ministre estime qu’il « séparerait ce projet-là » puisqu’il est « à Lévis et pas à Drummondville ».

Le syndicat se défend

Dans un communiqué, le syndicat qui représente les travailleurs de la serre soutient ne pas être « resté les bras croisés et a sonné l’alarme ». Une plainte aurait notamment été déposée à la CNESST et une mise en demeure aurait été envoyée à l’employeur pour reloger des travailleurs en début de pandémie.

Selon les TUAC Canada, le problème vient d’abord de l’absence de normes adéquates dans le Programme des travailleurs étrangers temporaires.

« À plusieurs reprises, les inspecteurs de la CNESST et du ministère de l’Emploi et Développement social Canada ont visité les installations des Serres Demers et chaque fois, ils ont conclu que les logements étaient conformes aux exigences, et ce, en fonction des règles qui concernent chacun des organismes », écrivent-ils.

Le syndicat affirme qu’Ottawa est à réviser les normes concernant les logements et qu’ils ont partagé leurs recommandations pour améliorer les conditions de vie des travailleurs étrangers.

Le premier ministre François Legault a très mal digéré de voir les conditions dans lesquelles sont logés les travailleurs temporaires étrangers qui œuvrent pour les serres Demers.

M. Legault a indiqué lors d’une conférence de presse mardi après-midi que c’est au gouvernement fédéral d’assurer les bonnes conditions de ces travailleurs étrangers, mais cela ne l’a pas empêché de mettre son ministre de l’Agriculture au dossier.

« J’espère que c’est un cas isolé, a-t-il déclaré. Le ministre de l’Agriculture, Angré Lamontagne, a parlé avec M. Demers qui a dit qu’il était pour corriger la situation. Il va mettre les travailleurs dans d’autres logements. […] Mais moi, je trouve ça inacceptable et j’étais content que M. Demers pense la même chose et va corriger la situation. »

Pour ce qui est du rôle du gouvernement, le premier ministre a toutefois renvoyé la balle dans la cour d’Ottawa.

« C’est plus au gouvernement fédéral qui doit s’assurer que les conditions sont bonnes pour ces travailleurs temporaires qui viennent au Canada », a dit François Legault.

Une firme de communications embauchée par les productions horticoles Demers n’avait pas répondu à la demande d’entrevue de La Presse Canadienne au moment de publier.