« J’aime beaucoup l’or ces temps-ci », a lancé mercredi le grand patron de la Banque Nationale, Louis Vachon, alors qu’il participait à une discussion organisée par le Cercle Finance du Québec.

Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

Le banquier de 58 ans a même mentionné au passage les titres de producteurs aurifères de Newmont et Barrick, qui « payent 2 à 3 % en dividende ».

« L’or n’est pas un placement », a-t-il ajouté. « C’est davantage une forme de police d’assurance contre le scénario de voir la Fed être un peu trop lente à réagir vis-à-vis des anticipations inflationnistes qui pourraient revenir et causer une perte de contrôle sur l’inflation l’an prochain. »

Ce n’est pas un scénario à probabilité nulle, précise-t-il. Selon lui, la Banque du Canada a un meilleur positionnement stratégique avec sa politique monétaire.

CAPTURE D’ÉCRAN

Louis Vachon, lors d’une discussion organisée par le Cercle Finance du Québec

La Banque du Canada s’est donné une meilleure position en signalant qu’elle pourrait peut-être bouger les taux en 2022. Elle a plus de flexibilité que la Fed, avec ses discours qui sont très, très, très dovish [conciliants], en bon français.

Louis Vachon, grand patron de la Banque Nationale

En poursuivant son analyse du marché boursier, il a affirmé que certains segments du secteur technologique étaient « vraiment très chers ».

« Les titres cycliques renferment encore aujourd’hui une meilleure valeur relative à court terme. C’est pour ça que le marché boursier canadien devrait continuer de bien faire au cours des 12 à 24 prochains mois », affirme Louis Vachon.

Il a également rappelé que le marché boursier était un mécanisme d’escompte à moyen terme. « Le marché escompte l’économie dans 18 mois. Il est clair que le marché escompte une reprise économique importante avec le surplus d’épargne maintenant présent sur le bilan des particuliers et des entreprises », dit-il.

Des investisseurs autonomes, oui, mais…

« On vit dans une période de grands changements démographiques, géopolitiques, climatiques et technologiques à un moment où la politique monétaire est extrêmement expansionniste. Il faut faire attention aux évaluations ! Parce qu’il peut y avoir des épisodes spéculatifs dans différentes catégories d’actifs. »

Il cite à titre d’exemples les cryptomonnaies et les SPAC (véhicules d’acquisition à vocation spécifique).

S’il admet qu’une « révolution » se déroule en gestion de patrimoine, la relation et le conseil ont encore leur place, dit-il.

Ce qu’on a vu clairement au pire de la pandémie, c’est que dans le cas des gens qui ont 50 000 $ et plus en portefeuille, le conseil client par un être humain est demeuré extrêmement important.

Louis Vachon, grand patron de la Banque Nationale

« Si le conseiller financier, au printemps 2020, n’a fait qu’une seule chose, c’est-à-dire empêcher son client de vendre au bas du marché dans une panique, alors il vient de payer sa valeur ajoutée pour les 25 prochaines années. C’est la base. Et j’y crois fondamentalement. Un humain a plus de facilité à gérer des émotions qu’une machine. C’est le fun, les robots, mais la façon dont le marché se comportait en mars et avril 2020, il n’y a qu’une minorité de la population qui peut naviguer dans ces eaux-là. La majorité a besoin d’être guidée. Oui, on croit à la technologie, mais on croit aussi au conseil et à la relation. »

Invité à préciser encore plus sa pensée sur les marchés, il a souligné que d’un point de vue stratégique et en matière de placements, il a tendance à vouloir surpondérer les pays émergents comme catégorie d’actifs.

« Un thème que j’aime bien en investissement — et c’est d’ailleurs pourquoi on a acheté une banque au Cambodge —, c’est qu’en regardant d’où viendra la croissance au cours des 25 prochaines années sur la planète, ça sera dans les pays émergents. »

Des leçons de la pandémie

Durant la discussion, Louis Vachon a été appelé à parler de la façon dont la Banque Nationale a été forcée de s’adapter à la pandémie. « Ce qui nous a aidés le plus au Québec, c’est notre climat et nos tempêtes de neige. Par exemple, en janvier 2020, il y a eu une tempête de neige assez importante et on a eu jusqu’à 9000 employés qui ont travaillé à distance cette journée-là. Ç’a été une grande répétition générale. La réalité, c’est qu’à partir du mois de mars, quand on a dû envoyer tout le monde à la maison, nous sommes passés de 9000 à environ 14 000 employés en télétravail branchés sur le réseau virtuel privé de la banque », raconte-t-il.

« Une chose qu’on a identifiée assez rapidement est que les mesures sanitaires qui ont ralenti l’économie se traduisaient par une suspension de l’activité économique, et non pas une destruction de l’activité économique. Une guerre ou une grosse récession détruit la capacité économique en général. Et donc la reprise, en théorie, à l’exception de certains secteurs dans l’économie discrétionnaire, a été beaucoup plus rapide », dit Louis Vachon, tout en admettant que les gouvernements ont été d’un grand secours avec leurs politiques fiscales et monétaires proactives.

Ce qui l’a amené à souligner la capacité d’adaptation de la banque, mais aussi celle des entreprises et de la population. « On a vu la numérisation de l’économie s’accélérer de 18 mois probablement en 18 semaines. Et les modèles d’affaires continuent de s’ajuster. »