« Au Québec, quand on pense au vin, on pense à la SAQ. Quand t’as le goût d’une bière, on veut que ce soit naturel d’avoir le réflexe de dire qu’il y a une Tite Frette dans mon coin. »

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

Karl Magnone et son associé Jérémie Poupart ont de l’ambition. Ils posent les pierres d’assise d’une chaîne de magasins spécialisés en bières de microbrasserie qui devrait compter pas moins de 100 franchises un peu partout au Québec d’ici cinq ans. « Je ne comprends pas pourquoi le Québec a un taux aussi bas de consommation de bière de microbrasserie, s’étonne Karl Magnone, cofondateur de Tite Frette. J’ai voyagé pas mal et j’ai comparé : il y a de la bonne bière ailleurs, mais c’est incroyable, la qualité que l’on retrouve au Québec. Mais j’ignore pourquoi c’est encore si peu connu chez nous ! »

Galvanisés par leur association avec Steve Morency, fondateur de la chaîne Yuzu Sushi, à la suite de leur passage à l’émission Dans l’œil du dragon, Karl Magnone et Jérémie Poupart ont décidé de faire passer Tite Frette à la vitesse supérieure. Déjà propriétaires de quatre boutiques à Granby, Saint-Jean-sur-Richelieu, Saint-Hyacinthe et Cowansville, ils offrent maintenant des franchises aux investisseurs d’un peu partout en province, une opération qui a nécessité des investissements d’un demi-million de dollars. Déjà, 21 projets sont en voie de réalisation cette année. Un premier magasin ouvrira ses portes à Farnham à la fin d’avril, suivi de près par un autre à Victoriaville. En mai, ce sera à Saint-Romuald, Salaberry-de-Valleyfield et Saint-Nicéphore, près de Drummondville.

« Ça représente de gros enjeux pour les détaillants indépendants », soutient le jeune entrepreneur.

PHOTO FOURNIE PAR TITE FRETTE

Jérémie Poupart et Karl Magnone, cofondateurs de Tite Frette, veulent ouvrir 100 franchises au cours des cinq prochaines années.

Il n’y a pas d’école pour savoir comment ouvrir une boutique. Les propriétaires ont bien souvent très peu d’expérience en affaires, d’autant plus qu’ils doivent aussi suivre une formation de biérologue. De plus, les marges de bénéfice ne sont pas comme en restauration ou dans la vente de vêtements, par exemple. Le risque est plus important.

Karl Magnone, cofondateur de Tite Frette

Voilà pourquoi Tite Frette entend offrir du soutien, un système éprouvé et une stratégie de différenciation à ses franchisés, ce qui comprend le design uniformisé des boutiques. « Nos conseillers seront formés à l’Académie Tite Frette, ils seront tous sommeliers en bière, insiste Karl Magnone. Ils pourront aussi parfaire leurs connaissances du cidre et des produits du terroir, qui seront aussi en vente dans les boutiques. On va par ailleurs assurer le développement en continu de nos franchisés. »

Karl Magnone est évidemment conscient qu’il existe déjà des boutiques spécialisées en bières de microbrasserie, mais il insiste pour dire qu’il y a de la place pour une chaîne comme Tite Frette. « Notre positionnement de marché se situe entre l’épicerie et le détaillant ultraspécialisé, dit M. Magnone. On va s’installer dans des axes très achalandés que les amateurs de bière ne cherchent pas. On ne vise pas la même clientèle que les détaillants spécialisés. On vise les buveurs de Molson et de Labatt. » Tite Frette soutient ainsi contribuer à faire passer la part de marché des bières de microbrasserie de 15 à 25 %, objectif de l’Association des microbrasseries du Québec.

Pas que des heureux

Évidemment, l’arrivée d’un acteur aussi imposant ne fait pas que des heureux au Québec. « Ce n’est pas parce que tu ouvres une boutique dans un power center que le buveur de Coors va entrer dans un commerce de bières spécialisé, affirme Sébastien Lalande, président de l’association Détaillants de bières spécialisés du Québec (DBSQ), qui regroupe une cinquantaine de boutiques de partout au Québec. On ne sait pas où se trouve la part de marché que compte aller chercher Tite Frette, parce qu’actuellement, il n’y a pas de différence entre leurs boutiques et les nôtres. Il y a deux offres actuellement au Québec : les épiceries, qui s’adressent à un large public, et les boutiques indépendantes, qui offrent un choix un peu plus spécialisé accompagné de conseils. »

Sébastien Lalande, qui ouvrira bientôt avec ses partenaires une sixième boutique Espace Houblon, avoue avoir résisté à plusieurs offres pour lancer des franchises de sa chaîne locale qui compte des magasins à Montréal, à Laval et sur la Rive-Nord. « Les microbrasseries se disent fièrement indépendantes. C’est la même chose pour nous », soutient le président de DBSQ.

Il y a une ambiance de camaraderie qui s’est développée entre les détaillants et les brasseurs. Chaque boutique travaille à faire découvrir de nouvelles microbrasseries à ses clients. C’est comme ça que l’on transforme les buveurs de macro en amateurs de micro.

Sébastien Lalande, président de l’association Détaillants de bières spécialisés du Québec

Karl Magnone comprend que l’arrivée de Tite Frette ne fera pas que des heureux, mais il croit que son offensive contribuera à accélérer le développement de la microbrasserie au Québec.

« Il existe encore beaucoup d’endroits mal desservis, particulièrement en région, affirme-t-il. C’est comme pour les restos de sushi il y a quelques années ; on a vu plein de franchises arriver tout d’un coup quand le marché a été assez mature. Quant à la bière, on a vu apparaître des concepts semblables au nôtre aux États-Unis. Nous n’avons rien inventé. »

190 000 $

C’est le prix maximal jusqu’à maintenant versé pour l’ouverture d’une franchise Tite Frette. De cette somme, 25 000 $ consistent en frais de franchise, le reste sert à la réalisation des rénovations, du mobilier, des décors et du marketing.